16 février 2015 - 00:00 |
L'assureur français AXA, avac la Banque mondiale  se lance dans l'assurance indicielle pour protéger les agricultuers notamment d'Afrique de l'Ouest contre les alés climatiques

AXA, appuyé par la Banque mondiale, se lance dans l'assurance indicielle en Afrique de l'Ouest

En annonçant jeudi 12 février la signature d’un protocole d’accord avec le Programme global pour l’assurance indicielle (Global Index Insurance Facility – GIIF) géré par la Banque mondiale, l'assureur français AXA Corporate Solutions se lance dans la protection des agriculteurs du Sud contre les aléas climatiques.

L'assurance indicielle est un contrat par lequel l’assureur accepte à l’avance de verser une somme déterminée à un assuré en cas de survenance d’un évènement précis, lui aussi déterminé à l’avance. Il n’y a donc pas d’évaluation du dommage de l’assuré mais simplement une constatation de la survenance d’un évènement précis, qui déclenche à elle seule une indemnisation. Ceci réduit considérablement les coûts souvent lourds de gestion des sinistres surtout pour des agriculteurs détenant de petites surfaces.

Explications de Tanguy Touffut, directeur du département d'assurance paramétrique chez AXA CS, à CommodAfrica.

 

L’assurance indicielle serait plus accessible aux petits agriculteurs car son coût serait moins élevé que l’assurance classique. Pouvez-vous nous donner des chiffres plus précis ?

Un des intérêts de l'assurance indicielle est de ne pas avoir (ou très peu) de coûts de gestion de sinistre. Souvent, dans les pays développés, 4 à 6% de la prime sert à payer ces coûts. Dans les pays émergents, comme les surfaces sont plus petites, ces coûts sont proportionnellement plus élevés, pouvant atteindre 10%, 15% voire plus de 20% de la prime. Or, avec le schéma indiciel, nous sommes proches  de 0%.

Ensuite, AXA essaie de travailler localement avec des « agrégateurs », par exemple des coopératives, des banques, des gouvernements, qui ont déjà des réseaux par lesquels les primes pourront être collectées et les sinistres payés. En se greffant à ces structures existantes, il est possible de réduire encore la prime de 10% à 20%. Par conséquent, l'assurance indicielle en appliquant ce type de schéma peut être beaucoup plus compétitive que l’assurance indemnitaire.

Pour un petit agriculteur avec un champ de manioc sur 0,5 ha, quel est le coût de ce type d'assurance?

Tout dépend de la couverture choisie. Il existe des schémas plus ou moins protecteurs : par exemple, l’agriculteur peut choisir d’être couvert contre une sécheresse qui n'interviendrait statistiquement que tous les 5, 10 ou 20 ans. En fonction de cette fréquence et des risques couverts (sécheresse, excès d’eau), le prix varie. Tout dépend du niveau de protection que les agriculteurs veulent avoir.

Ensuite, la prime se calcule en fonction de la masse assurée. Typiquement, pour des récoltes de coton, on peut avoir une prime allant de moins de 1% à 10-15% de cette masse assurée.

Cette assurance indicielle est donc liée au prix de la matière première cultivée?

En fait, nous nous mettons d'accord à la signature du contrat sur un prix à la tonne – en Afrique de l'Ouest, cela dépend des pays et des filières mais, souvent, le prix d'achat qui sera payé à l'agriculteur est fixé en amont – et en fonction des niveaux de protection, nous pourrons couvrir 20%, 30% voire 50% de la perte.

Mais un planteur qui a du café et de l'hévéa, et en fonction des cours des matières premières, s'il décide une année de saigner davantage ses hévéas que de cueillir ses grains de café, comment faites-vous?

Chaque année et avant la récolte, nous nous mettons d’accord sur le volume de production à couvrir et à un prix donné. Il n’y a pas de surprise, tout est transparent dans la police.

Vous évoquez la sécurité alimentaire. Donc ciblez-vous précisément les producteurs vivriers par rapport aux producteurs de produits d’exportation?

Nous couvrons différents types de récolte, vivrière ou commerciale. Dans certains pays, le coton, par exemple, peut peser 10 à 20% du PNB les bonnes années. Par conséquent, si une région du pays est confrontée à une sécheresse ou à un problème d’excès d'eau affectant ce type de récolte, cela peut entraîner une crise financière qui conduira à son tour à une crise alimentaire.

Vous allez donc travailler essentiellement avec des organismes faîtières, des coopératives un monde rural très structuré et non l'agriculteur pris individuellement…

Cela nous permet, effectivement, d'avoir des primes très compétitives : peu ou pas de coûts de distribution et de gestion de sinistre. C’est un modèle optimal qui vient appuyer le développement de l’assurance en complément des organismes de micro-assurance. Néanmoins, nous travaillons également très efficacement avec nos partenaires courtiers, notamment quand les structures de distribution font défaut.

Vous avez souligné à la presse que ce produit sera développé tout d’abord en Afrique de l’Ouest? Dans quels pays prioritairement ?

Nos efforts se sont effectivement portés d’abord en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, régions dans lesquelles les besoins en assurance sont criants.  Dans plusieurs de ces pays, nous pouvons nous appuyer sur nos filiales ou sur des partenaires avec lesquels nous travaillons déjà sur des problématiques connexes. Maintenant, le partenariat avec la Banque mondiale couvre une zone géographique très large avec un souci d’apporter des solutions dans la zone ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) par exemple. Elle englobe plus de 800 millions de personnes très vulnérables.

Quel a été le facteur technologique qui a déclenché votre décision de lancer ce produit maintenant?

Les premiers schémas d'assurance indiciels ou paramétriques se sont appuyés sur des données issues de stations météorologiques. Ces données étaient plus ou moins fiables selon les pays et parfois très éloignées des zones de production. Il y avait donc ce que l’on appelle dans l’assurance un « risque de base » : un écart entre le risque qui est modélisé grâce à ces données et la réalité du terrain. D'autres solutions ont donc dû être trouvées pour arriver à une appréhension plus fine des risques de chaque agriculteur.  Dans ce contexte, l’utilisation des images satellitaires est un vrai pas en avant.

Ces images satellitaires apportent bien sûr des informations météorologiques comme la pluviométrie sur une zone donnée. Mais on peut également récupérer des données sur la production de biomasse, c'est-à-dire la production de matière végétale durant une période donnée. Cela fonctionne très bien sur des récoltes annuelles – blé, maïs, riz par exemple. Ce que l’on assure, c’est une déviation par rapport à une production « normale » de biomasse pour la récolte en question.

Il y a quelques années, ces informations étaient à la fois compliquées à obtenir et difficilement traitables avec les capacités des ordinateurs de l’époque. Ce qui a changé c'est la capacité, toujours croissante à pouvoir utiliser pleinement les images satellitaires tant au niveau du stockage que de l’extraction des informations qu’elles contiennent. Dans les prochaines années, de nouveaux satellites seront lancés qui permettront d’aller encore plus loin.

 “L’assurabilité” est-elle synonyme de “bancarisation” pour le petit agriculteur et donc d’adhésion à des structures formelles, établies, avec titre de propriété à l'appui ?

Si votre question est de savoir si la souscription d'assurance est nécessaire pour l'obtention d'un prêt, ce n'est pas toujours le cas. Inversement, certains agriculteurs peuvent souscrire une assurance sans être bancarisés. Ce n'est qu'une option parmi d'autres.

Les membres d'une coopérative couverte par votre schéma ne sont pas, chacun, obligés d'avoir un droit de propriété bien établi sur leur terre pour que vous puissiez mettre en œuvre une police d'assurance?

Dans nos schémas, c’est souvent à la coopérative voire au gouvernement de redistribuer équitablement l’argent des sinistres à ses membres. Notre objectif est surtout de casser certains cercles vicieux enfermant des agriculteurs dans la pauvreté. Par exemple, dans de nombreux pas d’Afrique, un agriculteur ayant subi une très mauvaise récolte n’a plus les fonds pour pouvoir racheter des semences, des produits phytosanitaires et des engrais. Il n'est donc plus capable de « relancer la machine » l'année suivante. C'est dans ce contexte que l'assureur peut jouer un rôle important en permettant de recommencer à produire.

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