16 avril 2007 - 09:31 |

L'Afrique ne parvient pas à répondre à la demande en bois certifié

Le Commerce du Bois sensibilise à sa Charte environnementale

La première semaine d’avril était en France celle du Développement Durable. A cette occasion, l’association professionnelle française Le Commerce du Bois (LCB) a organisé le 3 avril, en collaboration avec le Comité National pour le Développement du Bois ainsi que les ministères de l’Ecologie et du Développement durable et de l’Agriculture, un forum sur l’achat et la vente responsable de bois. Une occasion pour le LCB de présenter sa Charte environnementale qui porte précisément sur ces achats et ventes responsables. De leur côté, les ministères ont fait le point sur la politique d’achat public de bois, tandis que deux cabinets d’architectures ont décrit des projets réalisés avec du bois éco-certifiés.
Un thème apparemment très franco-français mais qui, en réalité, ne l’était pas du tout : les deux défis majeurs sont bien d’une part de sensibiliser les Français à utiliser (exiger…) du bois éco-certifié comme le font déjà bon nombre de consommateurs dans d’autres pays européens et américains ; d’autre part, d’accroître la capacité d’approvisionnement notamment en bois tropicaux certifié.

La revendication ne vient pas du consommateur français

En France, la demande en bois certifié n’est pas une revendication émanant du consommateur. Si aujourd’hui on constate l’émergence de cette préoccupation, c’est parce que l’Etat en a fait une obligation (circulaire de 2005 et son annexe technique) dans le cadre de la passation de contrats publics. Ce qui, en terme de volume, est loin d’être négligeable puisque environ 25% des achats de bois en France dépendent directement ou indirectement de contrats avec la puissance publique. Des contrats très divers, allant de la construction de bâtiments à l’achat de lots de chaises scolaires. Dans ce dernier exemple, lors de l’examen des offres soumises par les différents prestataires, le volet développement durable et environnement pèse aussi lourd que le facteur prix dans la décision de l’administration. Il sera tenu compte de la gestion durable de la forêt d’où vient le bois utilisé à la fabrication de la chaise, du type de vernis utilisé, de la pérennité de l’emballage (ratio poids du produit/emballage), du label NF environnement, etc.
Les pouvoirs publics veulent tendre, d’ici 2010 a une traçabilité totale du produit, le seuil de 50% devant être atteint d’ici 2008. Cette réglementation rejoint, bien évidemment, des dispositions européens et mondiales allant dans le même sens que ce soit la nouvelle nomenclature européenne, le Cites, l’Agenda 21, ou autre.
Avant que ceci ne soit rendu totalement obligatoire de par la loi, le LCB a lancé en juin 2006 sa Charte environnementale à laquelle 27 entreprises ont déjà adhérée. L’objectif de l’association est de remporter l’adhésion de l’ensemble de ses membres d’ici fin 2008. Une charte qui se veut, d’ailleurs, évolutive, révisable tous les deux ans afin de pouvoir s’inscrire « dans une démarche de progrès ». Mais il faut veiller à l’existence d’une concurrence loyale inter-matériau, a relevé Eric Boiley du LCB : on ne saurait exiger du bois une traçabilité et une éco-certification qu’on ne demande pas à d’autre matériau concurrent.
Le fondement de cette Charte repose sur le principe suivant : « soutenir les efforts des fournisseurs dans leurs efforts concernant la gestion durable des forêts en demandant le certificat de légalité a minima et en augmentant d’année en année les achats de produits bois et dérivés du bois issus de forêts ayant reçu une certification de gestion durable ou en cours de certification. »

Il faut des efforts côté offre

Toutefois, outre la faible sensibilisation des consommateurs à cette préoccupation, l’approvisionnement en bois certifié pose aussi problème. « La circulaire tendant à imposer l’éco-certification du bois ne sera efficace que si elle est accompagnée par des efforts côté offre », a-t-il été souligné lors du Forum. Or, actuellement, à travers le monde, seulement 5% des surfaces forestières sont certifiées et 95% d’entre elles se trouvent dans des pays occidentaux. En France où 75% des forêts sont privées, environ 30% seulement sont certifiées, « mais il existe une véritable volonté des producteurs à avancer vers des pratiques durables d’exploitation forestières », a-t-il été noté.
En Afrique, comme dans d’autres régions du Sud, peu de bois sont certifiés ce qui pose d’importants problèmes d’approvisionnement, selon Eric Proeschel du groupe Lapeyre. « Aujourd’hui, 84% des volumes de bois que nous achetons sont certifiés. Mais on ne peut guère faire mieux car on se heurte au manque d’offre, que ce soit en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Je suis aujourd’hui incapable d’acheter sur ces continents par manque d’offres de bois certifiés. Dans un ou deux ans, nous ferons partie de la Charte environnementale. Mais nous aurons alors besoin de l’aide des gouvernements. Car si nous avons augmenté ces dernières années nos taux de bois certifié acheté, aujourd’hui, on stagne car il n’y a pas d’offre ».
Deux autres difficultés sont soulignées par les architectes : l’incertitude à être approvisionné en bois certifié de qualité homogène pendant toute la durée d’un chantier d’une part, et le surcoût qui atteint 10 à 15% lorsqu’on veut utiliser des bois tropicaux certifiés. « Ce surcoût tempère l’ardeur des consommateurs ».
Un dossier difficile qui, d’ailleurs, est totalement tributaire de l’évolution dans la perception du consommateur a l’égard du bois notamment tropical. Un bois qui ne serait plus perçu comme un pillage en ressources naturelles mais comme un matériau écologique, naturel, respectueux de l’environnement. C’est une des ambitions de la Charte lancée par le LCB. Mais pour pouvoir accompagner cette mutation des mentalités, il faut pouvoir assurer que toute la chaîne de transformation et de valeur ajoutée du bois est éco-certifiée. C’est là où le bât blesse : « Actuellement, on a les bases de la certification mais on n’en a pas les garanties », a souligné un intervenant. «  Il faut soit marquer les bois, soit labelliser les sociétés intervenant tout au long de la chaîne. »

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