16 juin 2020 - 19:27 |

Le marché du cajou va-t-il connaître une crise de l’offre ?

La pandémie du Covid-19 a perturbé de nombreux marchés de matières premières. Sur le marché de la noix de cajou, le coronavirus n’a pas impacté la demande, ni la production mais la chaîne d’approvisionnement. La relation entre la demande et l’offre est tendue, pourrait-elle se tendre d’avantage et provoquer une crise de l’offre ? Explications de Jim Fitzpatrick lors du iForum organisé le 10 juin par l’Alliance pour le cajou africain (ACA).

La demande en amande de cajou a été particulièrement soutenue pendant la pandémie du Covid-19 et les mois de confinenement en Europe et aux Etats-Unis, qui représentent à eux deux environ 37% de la demande mondiale. Les importations ont été croissantes de janvier à juin enchainant des records de mois en mois. Pour Jim Fitzpatrick cette hausse va au delà des achats de panique suite à la pandémie, elle est le reflet et la poursuite d’une tendance observée depuis trois ans.

Si l’on regarde du côté du Vietnam, premier transformateur mondial assurant environ 80% du volume international, les exportations d’amandes de janvier à avril 2020 ont progressé de plus 58% par rapport à la même période en 2019. Elles ont été soutenues sur l’ensemble des marchés, même en Italie, par exemple, pays très fortement impacté par le Covid-19. Seules exceptions l’Espagne et de la Chine. Troisième marché d’exportation, après les Etats-Unis et l’Europe, la Chine après un arrêt des importations pendant le confinement, les achats semblent reprendre et rattraper leur retard.

Le Vietnam devra importer au minium 946 000 tonnes de cajou en 2020

 

La demande devrait se maintenir à un niveau élevée en 2020, estime Jim Fitzpatrick, ce qui engendra des besoins élevés en importation de noix de cajou brute pour le Vietnam. Si l’on projette la même tendance qu’en 2019, le Vietnam devra importer 946 000 tonnes en 2020 avec une production vietnamienne de noix de cajou brute  à 400 000 tonnes et des stocks d’ouverture de 208 000 tonnes au 1er juin. Avec ces mêmes hypothèses, si la poursuite de la hausse de la demande constatée sur le premier semestre , soit plus 15%, se poursuit sur le second semestre 2020, alors les besoins s’élèveraient à 1 255 007 tonnes !

En revanche, en Inde la situation est plus difficile. Du point de vue sanitaire où la pandémie est loin d’être arrêtée mais aussi au niveau des usines de transformation où les mesures de distanciation sociale entravent leur fonctionnement. Les besoins en importations de noix de cajou brute seront plus faibles qu’en 2019 mais représentant tout de même entre 427 000 tonnes et 564 000 tonnes suivant le scénario d’une baisse de 20% ou de 30% de la demande et avec l’hypothèse d’une baisse de production de 15%.

L’offre ouest-africaine sera insuffisante

Cumulés les besoins d’importations en noix seront pour les deux transformateurs mondiaux compris entre 1,4 et 1,8 million de tonnes en 2020. Or, la pandémie du coronavirus a révélé une crise de la chaîne d’approvisionnement, en particulier en Afrique de l’Ouest où on observe de grandes difficultés dans le transport des noix brutes des régions où elles sont produites vers les ports. Ainsi au Mali, Jacques Traoré indique que le Covid-19 a impacté les exportations avec des volumes expédiés au 4 juin inférieurs de 10 000 tonnes par rapport à la même période en 2019 mais aussi la transformation, l’ensemble des usines étant fermées aujourd’hui. Au Sénégal, le démarrage de la campagne depuis deux mois est très timide en raison de la pandémie, certains acheteurs sont la mais sans la présence des vendeurs, souligne Lamine Sene. De même au Nigeria, le confinement de la population est intervenu en fin mars en plein pic de la récolte et des expéditions. Si les ports sont restés ouverts, les déplacements à l’intérieur du pays étaient limités. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, seulement 270 000 tonnes ont été exportées, 300 à 400 000 tonnes seraient encore disponibles, dont 150 000 tonnes aux mains des producteurs. En Guinée Bissau, alors que la récolte est bonne autour de 200 000 tonnes, les mouvements sont très lents alors que les pluies s’approchent.

Les montants disponibles de noix de cajou brutes en Afrique de l’Ouest seraient entre 650 000 et 890 000 tonnes. Un montant insuffisant par rapport aux besoins de l’Inde et du Vietnam même dans le cas du scénario bas. Une crise de l’offre se profile affirme Jim Fitzpatrick. Une tension au niveau de l’offre mais les prix des noix de cajou brutes sont relativement stables, ce qui reflètent surement la baisse de la qualité disponible explique-t-il. En revanche, les prix des amandes sont bas. Des prix, à environ $2,8 la livre, qui selon Stephen Quyen Tang du Vietnam, ne permettent pas de générer des profits. Aujourd’hui, seules les grandes unités de transformations sont en activité et elles disposent de suffisamment de stocks, en provenance du Vietnam et du Cambodge, pour fonctionner. Ajoutant que les premières noix de cajou brute en provenance de l’Afrique de l’Ouest sont arrivées en mai et sont en baisse de 27% par rapport à mai 2019.

Au delà de la crise engendrée par le Covid-10, Jim Fitzpatrick estime que certains défis de la chaîne d’approvisionnement persisteront en matière de traçabilité, d’environnement, de transparence ou de qualité. Mais aussi d’adéquation avec la demande du consommateur qui affiche une préférence pour des des produits transformés sur leur lieu de production. « Mais la situation actuelle serait très différente si seulement 50% des noix brutes produites en Afrique de l’Ouest seraient transformés dans la région » affirme Jim Fitzpatrick .

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