16 juillet 2019 - 18:27 |

L’Afrique de l’Ouest face à des inégalités croissantes

« En Afrique de l'Ouest, les inégalités ont atteint un niveau de crise. Alors qu'un nombre faible mais croissant d'individus s’enrichit de manière inouïe, l’immense majorité́ de la population se voit privée des éléments les plus essentiels à une vie digne, tels qu’une éducation de qualité́, des soins de santé et un emploi décent, et cela en dépit d’un essor économique remarquable sous l’impulsion des industries extractives » affirme le rapport The West Africa Inequality Crisis élaboré par l’ONG Oxfam et Development Finance International.

Pour de nombreux pays, croissance ne rythme pas avec réduction de la pauvreté. La croissance n’est pas assez inclusive et n’a semblé profiter jusqu’à présent qu’à une minorité. « Les inégalités ont atteint des niveaux extrêmes dans la région, de sorte qu’aujourd'hui les 1 % les plus riches des Ouest-Africains gagnent plus que le reste de la population de la région réunie ».

Au delà des « phrases choc »- au Nigeria, l’homme le plus riche du pays touche des revenus environ 150 000 fois supérieurs aux dépenses que les 10%; les plus pauvres consacrent en moyenne à leur consommation de base en un an ;  au Ghana l'un des hommes les plus riches du pays gagne plus en un mois qu’une des femmes les plus pauvres du pays ne pourrait gagner en 1 000 ans ; les femmes de familles nanties au Mali sont 15 fois plus susceptibles d'avoir suivi un enseignement secondaire que celles issues de familles pauvres ; les pays d’Afrique de l’Ouest perdent environ $9,6 milliards par an grâce aux incitations fiscales offertes aux entreprises multinationales, soit l’équivalent de 100 hopitaux modernes– le rapport cherche à mesurer l’engagement des gouvernement à réduire ces inégalités. L’indice de l’engagement à la réduction des inégalités (ERI) classe les données des pays selon trois grands domaines d’actions : consacrer des dépenses progressives à des secteurs comme l’éducation, la santé et la protection sociale ; imposer les plus riches davantage que les plus pauvres et payer aux travailleurs un salaire minimum vital. Il ressort que les gouvernements d’Afrique de l’Ouest sont les moins engagés de tout le continent en matière de réduction des inégalités. Dans cette moyenne, le Burkina Faso et le Sénégal font exception notamment au niveau des dépenses sociales.

 

Investir dans l’agriculture une des façons de réduire les inégalités

Les inégalités ne sont pas une fatalité affirme le rapport. Le soutien à l’agriculture est l’une des solutions préconisées  pour les vaincre. Pour ce faire, les Etats doivent consacrer au moins 10% du budget national à l’agriculture. Un objectif affirmé et pris dès 2003 par les pays africains à Maputo mais quasiment pas respecté, seul deux pays sur 15 dans la région le respecte. En outre, ils doivent élaborer un plan national d’investissements agricoles intégrant les questions de genre et en se focalisant sur les agriculteurs familiaux des cultures autres que celles de rente. Mais aussi rééquilibrer les investissements publics entre le milieu rural et le milieu urbain. Oxfam souligne aussi la nécessité « de mettre pleinement en œuvre le cadre sur les politiques foncières de l'Union africaine, en axant les efforts sur l'élimination de la pauvreté́ foncière agricole, de la privation de terres agricoles et de l'insécurité́ de l’usage foncier parmi les populations les plus pauvres, et surtout chez les femmes », de rationaliser les processus d’enregistrement foncier afin de limiter les formalités administratives et le coût.

En dehors du secteur de l’agriculture, Oxfam enjoint aussi les gouvernements à adopter une fiscalité́ progressive, augmenter les dépenses sociales et renforcer la protection du marché du travail. Au plan de la Cedeao, elle doit mettre en haut de l’échelle de ses priorités la lutte contre les inégalités avec l’élaboration d’un plan d’action régional.

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