16 octobre 2008 - 00:00 |

Chronique : le Rendez-vous Matières du Jeudi

Les matières subissent la conjoncture

(16/10/08)

La chute du brut durant trois jours consécutifs, clôturant à $ 72 le baril, soit au plus bas depuis 3 ans et demi, a entrainé dans son sillage l’ensemble des matières premières, les investisseurs vendant pour se prémunir contre un effondrement de la demande et surtout pour dégager des liquidités dont ils ont de plus en plus besoin pour couvrir des pertes sur d’autres placements. L’indicateur Reuters-Jefferies CRB, qui traque 19 matières premières, est tombé aujourd’hui à son plus faible niveau en quatre ans.

Cacao. Les cours du cacao à New York ont terminé la période en baisse, à $ 2 124 la tonne, leur plus faible niveau depuis le 4 janvier. Les marchés attendaient les statistiques américaines de broyages pour le troisième trimestre : selon les analystes, elles pourraient révéler une baisse allant de 5 à 15% par rapport à il y a un an. En Europe, les broyages sur ce troisième trimestre ont glissé de 0,7%, à 348 501, selon l’Association européenne du cacao basée à Bruxelles.
Au Cameroun, la récolte prend son envol avec des volumes croissants. Pourtant, les prix au planteur demeurent élevés, oscillant entre FCFA 970-1000, alors que les cours mondiaux ont chuté de près du tiers sur les marchés mondiaux depuis qu’ils ont touché leur pic en juillet à $ 3 290 la tonne.
Sur les trois premières semaines de la campagne ghanéenne, les achats ont totalisé 78 282 t, en forte baisse par rapport aux 215 883 t sur la même période l’année dernière, selon le Cocobod, et ce malgré un quasi triplement du prix au planteur destiné à juguler la contrebande vers la Côte d’Ivoire. Rappelons que le deuxième producteur mondial a démarré sa campagne 2008/09 le 12 septembre, soit plusieurs semaines en avance par rapport aux années précédentes.
En Côte d’Ivoire, la hausse la semaine dernière de 40% du prix indicatif bord champ aurait, selon les exportateurs, suscités des attentes peu réalistes chez les planteurs. De ce fait, ils ont été peu enclins à céder leurs fèves et les arrivages aux ports ivoiriens ont légèrement baissé au cours de la deuxième semaine de la campagne 2008/09.

Café. Entre vendredi dernier, jour de forte baisse sur les marchés de matières premières, et la clôture de ce soir, le café a perdu $ 70 la tonne. « Rien d’exceptionnel », note un courtier. Le café a subi, comme toutes les autres matières premières, la dégringolade générale des marchés. Mais ce qui est plus inquiétant est la vente de café par des sociétés car leurs banques leur demandent. « Ce café est détenu dans des mains faibles, dans des filières de Londres qui appartiennent à des fonds financés par des banques. »
Quant à l’industrie, elle est mal couverte actuellement. Aussi achète-t-elle mais en faibles volumes car elle sait que les prix devraient encore baisser. Et surtout, elle achète moins chère que ce qu’elle avait prévu….
Dans les origines, « ça pleure… _» Et le prix du café n’est pas prêt de remonter de sitôt. Au Rwanda, le directeur du Coffee Marketing Board Alex Kanyankole a déclaré aujourd’hui que les prix du café local ont baissé de 23% au cours du dernier mois : la livre de café rwandais se vend actuellement en moyenne de $1,17 contre $ 1,53 « _avant la crise » : rappelons que 20% du café rwandais est exporté aux Etats-Unis. En outre, la récolte serait inférieure aux attentes, à 23 000 t contre les 29 000 t prévues, mais bien supérieures aux 14 000 t en 2007.

Caoutchouc. Les cours du caoutchouc ont chuté de 8,9% ce soir en affichant la perte limite de 16 yens, à un nouveau plus bas en raison de la crainte d’un ralentissement de la demande. Des acheteurs chinois ne se sont pas acquittés sur plus de 10 000 tonnes de caoutchouc en Asie après que les prix aient perdu plus de 30% ce dernier mois, selon des négociants, ce qui a accru la pression baissière. Le contrat de référence mars a perdu 16 yens ou 8,9% à 162,1 yens le kilo, son plus bas depuis août 2005.
Le marché est aussi miné par la baisse de l’indice Nikkei qui a perdu 11,41%, et par le recul du pétrole.
Les principaux producteurs mondiaux de caoutchouc, la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie, sont en réunion à Bangkok dans le but de contrôler la production et inverser la tendance baissière des prix. La réunion s’achèvera demain. L’Indonésie, le numéro deux mondial, a annoncé un plan de réduction de sa production de caoutchouc de 30%.
Notons que cette chute des cours profite à un établissement comme Michelin, très actif sur l’Afrique à l’achat. Vendredi dernier, alors que les marchés financiers étaient en déroute, Michelin a été la seule valeur du CAC 40 à résister, profitant de la rechute des cours du caoutchouc. Dans une note publiée ce 10 octobre, Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank, soulignait que le prix du caoutchouc est retombé autour de 2,10 dollars le kilo, contre un prix moyen de 2,80 dollars sur l’année. Or, ”Une baisse d’un cent du prix du kilo de caoutchouc revient à neuf millions de dollars de résultat d’exploitation en plus par an. Un recul de 70 cents, cela donne 630 millions”, dit-il.

Céréales. L’Afrique du Sud a exporté 34 210 t de maïs blanc la semaine du 6 octobre, soit en forte chute par rapport aux 81 592 t commercialisées la semaine précédente, selon le South African Grain Information Service (Sagis). Sur ces 34 210 t, 11 700 t sont parties à destination du Zimbabwe, du Botswana et de la Somalie. Le reste a été à destination de la Namibie, du Mozambique, Swaziland et Lesotho.
Quant au maïs jaune, les exportations ont grimpé à 2 574 t contre 1 892 précédemment, avec pour destinations majeures la Namibie, le Swaziland, le Botswana, le Mozambique et le Lesotho.
Rappelons que la récolte de maïs chez le plus important producteur du continent et un des premiers exportateurs au monde, devrait atteindre un record de 12,02 Mt. Dores et déjà, la récolte suffit à couvrir la demande nationale qui est de 8 Mt.
Quant au blé tendre, les exportations françaises atteignent près de 2,7 millions de tonnes deux mois après le début de la campagne céréalière 2008/09 (juillet/juin), en hausse de 19% comparé à la saison dernière à la même époque, selon des chiffres publiés lundi par les douanes. Pour le seul mois d’août, la France a expédié près d’1,4 million de tonnes de blé tendre dont 60% vers les pays tiers. L’Algérie est la première destination étrangère du blé français avec un total de près de 832 000 t exportées au 1er septembre, soit 4 fois plus que l’an dernier à la même époque.
Signe des temps, en Europe, le Comité de gestion des marchés agricoles a approuvé aujourd’hui la restauration des droits à l’importation sur les céréales pour prendre en compte la baisse des cours tant sur le marché européen qu’international, a dit la Commission européenne. ”Etant donné l’interdépendance des marchés des céréales et l’impact rapide des variations de prix d’une céréale sur les autres, les droits de douane vont être réintroduits simultanément sur toutes les céréales”, a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Coton. « Tout baisse. Tout le monde est perdu, ne sait pas dans quelle direction aller », note un négociant. « La demande est très limitée, chaque jour apportant son lot de mauvaises nouvelles. » Les fournisseurs poussent pour honorer les contrats, tandis que les clients font tout pour pouvoir contester les embarquements et se désengager étant donné la baisse des cours. Parallèlement, on ne parvient pas à confirmer auprès des banques des lettres de crédit.
Côté prix, la livre de coton a terminé aujourd’hui à 47,15 cents alors qu’elle était à 58,34 cents le 1er octobre. Si on considère l’évolution de la valeur du dollar par rapport à l’euro, les 47 cents actuels équivalents à 30 UScents de 2001, soit le niveau des prix d’alors.

Sucre. Les cours du sucre roux ont fortement chuté, entrainant avec lui le sucre blanc. Toutefois, le négoce demeure optimiste : une fois que les fonds d’investissement auront terminé de liquider leurs positions, le marché repartira à la hausse car les fondamentaux demeurent haussiers.

Thé. La crise ne semble pas toucher le marché du thé, notamment aux ventes aux enchères de Mombassa, au Kenya. La demande a été soutenue, les acheteurs recherchant de la qualité. Plus globalement, la Kenya Tea Development Authority a annoncé lundi que les petits planteurs devraient percevoir $ 260 millions cette année de la vente de leur thé, des recettes en hausse de 3,7% sur l’année précédente. Pourtant, la filière doit combattre la hausse des couts et un affaiblissement de la monnaie locale, le shilling kényan, qui a chuté lundi à un plus bas en trois ans.

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