18 mars 2019 - 17:20 |

Au Ghana, le maïs tiraillé entre l'alimentation humaine et l'aquaculture

Les stocks de poisson de mer sont surexploités au Ghana, ce qui tombe mal car la demande est croissante,  liée tant à la démographie qu'à la croissance économique. D'où la volonté du Ghana d'imposer des périodes de fermeture de la pêche en 2019, ce qui sera une première, souligne le Département américain de l'Agriculture (USDA) dans un rapport publié la semaine dernière. Il l'avait envisagé en août 2018, à l'exception du thon, mais avait dû revenir sur sa décision suite aux pressions considérables de l'industrie.

Pour 2019, le gouvernement envisage donc deux périodes de fermeture, du 15 mai au 15 juin -ce qui n'impactera que la pêche traditionnelle (60 à 70% de la production totale de pêche), souligne l'USDA, et du 1er au 31 août. S'agissant de la pêche semi-industrielle et industrielle, elle porte essentiellement sur le thon avec un potentiel de prises dans la zone économique exclusive (ZEE) de l'ordre de 60 000 à 80 000 t par an. A noter que la plupart des navires, jusque là spécialisés dans la crevette, se sont tournés vers le thon, car la ressource en crevette diminuait drastiquement.

Quelques chiffres

Pour faire face à la demande nationale croissante en poissons (26 kg/personne, selon les autorités, mais les chiffres varient, contre une moyenne de 14 kg dans le reste de la Cedeao et 19 à 20 kg dans le reste du monde), le pays développe son aquaculture et importe. Quelques chiffres. La production nationale de poisson a été de l'ordre de 450 000 t en moyenne sur les cinq dernières années, avec une production aquacole qui est passée de 10 000 t en 2010 à 57 000 t en 2017. Face à cela, la consommation nationale est estimée de l'ordre de 775 000 t .

Ainsi, toujours en 2018, le pays a importé 370 000 t, notamment des maquereaux, des sardines et des merlans et merlus, représentant une valeur de $ 311 millions. L'USDA rappelle qu'en 2014, les autorités nationales avaient interdit l'importation de tilapia afin de protéger la filière nationale.

 

Ghana : importations de poissons et produits de la mer (en US $)

 201620172018
Monde349 367 617297 531 341311 425 294
Mauritanie72 777 55556 391 72869 053 768
Chine50 041 85250 561 87165 623 035
UE110 056 77367 422 20343 198 035
Maroc32 775 85739 488 78328 143 086
Angola10 516 06917 785 58227 954 748
Japon11 976 95220 203 49926 588 168
Sierra Leone4 198 0576 846 23913 691 961
USA589 9807 851 2777 313 950
Guinée-Bissau9 928 3494 694 1893 205 312
Nelle Zélande185 3511 127 3523 086 209
Indonésie1 549 5701 320 0192 614 309
Sénégal4 549 7012 580 2372 468 076
Norvège10 580 0095 330 2312 145 994
Corée du Sud2 946 3451 424 4751 665 306
Autres26 695 19714 503 65614 673 337
Source : https://gain.fas.usda.gov/Recent%20GAIN%20Publications/Fish%20and%20Seaf...

 

Quant aux exportations de poisson du Ghana, essentiellement du thon, l'UE est le principal client avec 80%,  devant la Chine, puis la Colombie, l'Iran et le Japon.

On court après le maïs

Quant à l'aquaculture -notamment sur le Lac Volta, sa croissance annuelle en volumes est de l'ordre de 15%, avec une production qui a atteint 57 400 t en 2017, l'objectif du gouvernement étant de 100 000 t ; le tilapia représente 80% de cette culture, le reste étant essentiellement du poisson chat.

L'essor de l'aquaculture va de pair avec ses besoins en alimentation, estimée à 50 000 t. Le maïs, les tourteaux de maïs, les sous-produits animaliers et le blé sont produits localement, tandis que les tourteaux de soja, les pré-mix vitaminés, les acides aminés et les minéraux sont importés. De façon classique, le maïs représente 50 à 60% de l'alimentation aquacoles, mais son prix ne cesse d'augmenter depuis au moins 2017 car il y a une concurrence croissante entre la demande pour le maïs pour la consommation humaine et celle pour l'alimentation animale.

D'où l'importation de tourteaux de soja et autres ingrédients, ce qui concurrence les produits fabriqués localement. Ces achats de tourteaux de soja sont passés de 56 000 t en 2017 à 117 000 t en 2018, tandis que sur cette même année, les importations de graines de soja ont atteint 22 000 t contre 1 000 t l'année précédente. Actuellement, c'est l'Argentine qui est le principal fournisseur du Ghana.  L'USDA, dans son rapport, souligne que les exportations américaines de graines et de tourteaux de soja ont atteint $ 4,6 millions en 2018 et les ventes au Ghana de poissons et de produits de la mer $ 7,3 millions.

A noter que la contribution de la pêche à l'économie nationale va en déclinant, ne représentant plus que 1,2% du PIB contre 6,6% pour l'agriculture.

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