18 juin 2008 - 13:48 |

Rapport 2008 de l'Africa Progress Panel

(18/06/08)

Créée en 2006 et présidée par Koffi Annan, African Progress Panel est L’Afrique est une institution destinée à faire respecter par les chefs d’Etats leurs engagements envers l’Afrique . Le Panel accorde une attention particulière au renforcement de la gouvernance et au soutien économique, qui sont des facteurs cruciaux pour atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire.
Nous reprenons ci-dessous les conclusions du rapport 2008 publié le 16 juin sur la crise alimentaire, le commerce, le changement climatiques, les infrastructures, les niveaux de l’aide et la qualité de l’aide et la bonne gouvernance.

La crise alimentaire. La flambée soutenue des prix alimentaires dans le monde est très inquiétante. Si on ne parvient pas à trouver le moyen d’arrêter et d’inverser la tendance actuelle des prix alimentaires, on assistera à une forte augmentation de la faim, de la malnutrition et de la mortalité infantile. De nombreux pays se trouvent déjà confrontés à l’inversion de plusieurs décennies de progrès économique et 100 millions de personnes sont en train de repasser sous du seuil de pauvreté absolue. Et tandis que les pays adoptent des interdictions d’exporter des matières premières essentielles comme le riz, les prix augmentent encore davantage sur les marchés mondiaux.


Dans l’immédiat, il faut augmenter l’apport de nourriture aux populations les plus vulnérables du monde en relevant le niveau de l’aide financière aux gouvernements des pays touchés et aux agences d’aide. Il faut également faire tout ce qui est possible pour augmenter la quantité de nourriture sur les marchés internationaux, afin que le Programme alimentaire mondial (PAM), les organismes humanitaires et les différents gouvernements puissent acheter la nourriture dont ils ont besoin. Les pays développés doivent revoir immédiatement leurs politiques économiques et financières pour veiller à ce que la production d’une quantité de nourriture suffisante pour nourrir le monde ne soit pas menacée.
À court et moyen termes, il faut également réexaminer les dispositifs de sécurité, l’aide alimentaire ciblée, les programmes de bons de caisse et les autres types d’interventions, et les remodeler si nécessaire afin de répondre au défi de la flambée soutenue des prix alimentaires.

À plus long terme, des politiques adaptées et de nouveaux investissements importants sont nécessaires pour augmenter la productivité agricole et renforcer la production alimentaire en Afrique et dans le monde. Ces mesures passeront nécessairement par des investissements dans les intrants essentiels comme les engrais, l’amélioration des aliments pour animaux, la gestion efficace de l’eau et les nouvelles variétés de cultures, ainsi que par la mise en relation des fermiers et des marchés grâce à des investissements dans les routes et les autres types d’infrastructures.

Commerce. La refonte des politiques commerciales est une nécessité vitale pour stimuler la production agricole dans le monde. Actuellement, les négociations commerciales multilatérales ne s’intéressent pas aux subventions pour les biocarburants ni aux contrôles des exportations, mais ces sujets doivent être traités dans le cadre d’une stratégie globale de libéralisation de la production agricole. Il faut également inclure dans les négociations multilatérales les politiques commerciales applicables aux marchés des engrais — actuellement, le marché des engrais ne génère pas les quantités nécessaires pour remédier à l’insuffisance de la production alimentaire. Il faut aussi revoir les politiques relatives au stockage des céréales et aux stocks régulateurs.
De plus, compte tenu du changement climatique et de la baisse de la productivité agricole dont il s’accompagne dans certaines régions d’Afrique, un accès élargi aux marchés, des règles de commerce mondial équitable et une amélioration de la capacité à participer aux échanges commerciaux sont essentiels pour la création d’emplois, le revenu et les achats alimentaires qui les accompagnent.

Pour résumer, les efforts en vue de libéraliser les échanges doivent aller de concert avec une réflexion stratégique sur les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans l’économie mondiale.
Les négociations commerciales multilatérales n’ont pas progressé depuis 2005. Le G8 a rappelé à maintes reprises l’importance des Accords sur le développement de Doha, mais les discussions sont restées dans l’impasse depuis 2006. Tout en appelant à la résolution de l’impasse autour des accords de Doha, nous demandons la moisson anticipée des progrès de la libéralisation des échanges pour l’Afrique. Le G8 et les gouvernements africains devraient également accorder la priorité au développement rural, en renforçant les mécanismes permettant aux pauvres d’accéder aux marchés.
Ce n’est qu’ainsi que les avantages d’un système de commerce ouvert pourront se concrétiser. Il ne faut pas que les accords commerciaux prennent en otage la réalisation des promesses d’aide au commerce.

Changement climatique. Le changement climatique touchera l’Afrique plus gravement que les autres régions du monde et aura un impact dévastateur sur la production alimentaire et les moyens de subsistance des communautés rurales pauvres. Une grande partie des populations les plus pauvres, en particulier dans les zones urbaines, est déjà confrontée aux conséquences de la flambée des prix alimentaires et cette situation ne fera qu’empirer avec le recul de la productivité agricole.

Le G8 se doit d’apporter un niveau de soutien important pour résoudre les problèmes liés au changement climatique, en investissant dans l’adaptation et la prévention de la déforestation et en augmentant les financements pour l’énergie renouvelable en Afrique. L’énergie renouvelable, comme l’énergie solaire, éolienne et géothermique, est très viable en Afrique ; il faut tout faire pour s’écarter des projets au charbon pour s’orienter vers ces sources.

Infrastructures. La disponibilité des infrastructures est essentielle au développement du secteur privé en Afrique, et notamment une alimentation fiable en énergie et des routes sûres. Il est devenu tout particulièrement urgent de relier les fermiers aux marchés. Il faut mettre au point des stratégies permettant de répondre à ces besoins, parallèlement aux efforts dans le domaine de l’accès à l’eau et des installations sanitaires – un Objectif de développement du millénaire rendu encore plus pertinent par la crise alimentaire et la sous-utilisation du potentiel d’expansion de l’irrigation en Afrique.
Actuellement, les infrastructures représentent un frein fondamental au développement des entreprises : presque 60 des entreprises indiquent qu’il s’agit de la limite principale à leur expansion. Il existe un potentiel énorme d’amélioration des infrastructures, en mettant l’accent sur les projets régionaux. L’augmentation des financements provenant de diverses sources (publiques et privées) pour les projets d’infrastructures régionales est vitale.

Les gouvernements africains doivent faire tout leur possible pour attirer des capitaux privés afin de financer des projets d’infrastructure.
Pour atteindre cet objectif, il faudra accélérer les réformes de la réglementation et des méthodes de fixation des prix, ainsi que la mise en place de mécanismes de contrôle visant à éviter la corruption. Les gouvernements doivent également inciter les fonds souverains à investir dans les infrastructures africaines : on estime que la solution du 1
proposée par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, pourrait générer des investissements de 30 milliards de dollars US dans les infrastructures. Les banques multilatérales et les autres acteurs du développement peuvent imaginer de nouveaux instruments, plus adaptés, pour assurer la souscription et garantir les placements dans les marchés pionniers ainsi qu’aux niveaux régionaux et sub-nationaux.


La Chine et l’Inde, ainsi que la Malaisie, les Émirats Arabes Unis et d’autres, sont devenus de gros investisseurs dans les infrastructures africaines. La Chine est maintenant le troisième partenaire commercial de l’Afrique et, aux côtés d’autres nouveaux entrants, elle a introduit un nouveau dynamisme et de nouvelles ressources considérables. Ces pays ont fait naître des opportunités superbes pour le développement africain, en particulier dans les domaines des infrastructures, du financement du développement et du commerce. Pour que le développement de l’Afrique continue à se dérouler comme prévu, il est crucial que les anciens et les nouveaux intervenants respectent les principes de coopération convenus dans les domaines de l’aide, du commerce, du financement du développement et de la viabilité de la dette.

Niveaux d’aide et qualité de l’aide. Le G8 doit jouer un rôle directeur pour résoudre la crise alimentaire, mais il doit également tenir ses engagements existants envers le progrès de l’Afrique. Le G8 a fait de gros progrès dans le domaine de l’allégement de la dette, ce qui a permis de sortir plusieurs millions d’Africains de la pauvreté. Les différents pays ont également réalisé des progrès importants concernant leurs niveaux d’aide. Cependant, la promesse de doubler l’aide à l’Afrique d’ici 2010, faite au Sommet du G8 à Gleneagles en 2005, ne sera sans doute pas tenue.
La volatilité de l’aide reste elle aussi problématique et pèse lourdement sur la capacité des pays à planifier les investissements.

Il existe plusieurs moyens qui pourraient permettre au G8 d’apporter son aide de manière plus efficace, en particulier dans le domaine de l’aide programmable :

°Le G8 doit communiquer rapidement les sources et calendriers de financement, en même temps que les promesses déclarées. Chaque pays membre doit fournir un exposé détaillé du potentiel et de la disponibilité des financements, ainsi que des méthodes et des dates de décaissement des fonds pour les promesses déclarées. Ces informations devraient être publiées juste avant ou après chaque sommet, pour assurer que les promesses et déclarations faites lors des sommets sont honorées en totalité. Enfin, il faut remédier immédiatement aux déficits de financement par rapport aux objectifs de 2010, via un plan spécial destiné à tenir les promesses faites à Gleneagles.
°La part liée de l’aide doit être identifiée clairement par tous les membres du G8, et elle doit diminuer progressivement.
°Le G8 doit prendre des mesures en vue de réduire la volatilité de l’aide et de soutenir les nouveaux efforts visant à améliorer la qualité de l’aide. La communication rapide d’informations sur les futurs décaissements d’aide contribuera à réduire la volatilité, de même que les engagements pris sur un horizon pluriannuel.
°Compte tenu des promesses existantes, ainsi que du besoin de ressources supplémentaires pour résoudre la crise alimentaire et les problèmes du changement climatique, le G8 devrait reprendre ses discussions sur les mécanismes de financement novateurs.

Bonne gouvernance. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) lancé par le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), la Convention sur la corruption de l’Union Africaine et l’Initiative de transparence des industries extractives (ITIE) ont remporté un succès considérable en matière d’amélioration de la gouvernance. Des démocraties viables sont en train d’émerger dans de nombreuses nations, bien que les revers électoraux observés dans certains pays aient beaucoup déçu. Les gouvernements africains augmentent l’assiette de leurs recettes et affectent une plus grande partie de ces ressources à la satisfaction des coûts du développement économique. De plus, la société civile joue un rôle important dans de nombreux pays pour contraindre les gouvernements à rendre des comptes.

Mais il reste encore beaucoup à faire. Certains pays ne sont pas encore dotés de démocraties saines, en état de fonctionnement. Et d’autres régions d’Afrique sont toujours en proie à des conflits terribles et violents, ainsi qu’au chaos économique et social. En particulier, les conflits au Darfour et au Congo oriental continuent à faire de nombreuses victimes et menacent la stabilité de la région. Le Zimbabwe est en plein effondrement économique, avec de graves implications politiques et sociales. La résolution de ces crises nécessitera des efforts plus importants et plus cohérents de la part de l’Union africaine, ainsi qu’un véritable encadrement de la part des différents gouvernements africains et de l’ensemble de la communauté internationale. Une action énergique du G8 en vue de mettre un terme à la corruption de ses propres entreprises en Afrique doit venir compléter les efforts de l’Afrique pour une meilleure gouvernance.

Il est également vital que le G8 soutienne le NEPAD et le MAEP. Si le G8 a exprimé son soutien à la formation de soldats de la paix et à la Force africaine en attente, les niveaux de financement restent insuffisants. Les contraintes en matière de ressources et de capacité limitent énormément le rôle potentiel que l’Union africaine pourrait jouer en tant qu’organisme interne de maintien de la paix et instance régionale. Jusqu’ici, les donateurs ne sont pas parvenus à financer et à équiper comme il convient les opérations de l’Union africaine au Darfour. Cette tragédie nécessite maintenant des efforts exceptionnels de la part de toutes les parties impliquées. Les gouvernements africains doivent également apporter un soutien financier plus important à l’Union africaine afin de progresser vers la réalisation des objectifs déclarés : lutte contre la corruption, renforcement des institutions, cessation des conflits et amélioration de la gouvernance.

Les membres du Panel sont : Tony Blair, Michel Camdessu, Peter Eigen, Bob Geldof, Graça Machel, Linah Kelebogile Mohohio, Général Olusegun Obsanjo, Robert E. Rubin, Tidjan Thiam, Professeur Muhammad Yunus.

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