18 septembre 2019 - 18:47 |

La crise climatique accéléra -t-elle la diversification des économies dépendantes des produits de base ?

De nombreux pays en développement demeurent très dépendants des produits de base, ce qui intrinsèquement les fragilise. Alors qu’ils ne sont que faiblement responsables du changement climatique, ils seront profondément touchés par les impacts directs du changement climatique, ainsi que par les effets des mesures d'atténuation et d'adaptation au climat prises par d'autres pays. «La crise climatique constitue une menace existentielle pour les pays en développement tributaires des produits de base et entraînera l'effondrement de certaines économies si aucune mesure décisive n'est prise maintenant», a déclaré le secrétaire général de la Cnuced, Mukhisa Kituy à l’occasion de la publication du rapport sur les produits de base et le développement 2019 intitulé La dépendance à l’égard des produits de base, les changements climatiques et l’Accord de Paris (Commodity Dependence, Climate Change and the Paris Agreement).Le changement climatique est donc un nouveau défi auquel sont confrontés ces pays en plus de leur dépendance aux produits de base.

Le rapport souligne l'interaction entre les produits de base et le changement climatique et son impact direct sur ces pays via l’élévation des températures de surface de la mer sur les produits de la pêche, la baisse des rendements dans l’agriculture, la probabilité accrue d'événements météorologiques extrêmes tels que les inondations et les sécheresses, etc. Un impact qui nécessite de prendre des mesures d’atténuation mais aussi d’adaptation dont le coût est élevé. Mais le rapport montre aussi que ces pays devront faire face aux externalités négatives découlant de l’accord de Paris. Ainsi, les réductions envisagées de la demande mondiale pour certains produits de base, en particulier les produits à forte intensité de carbone, impacteront directement certains pays. Par exemple, observe la Cnuced, la Chine, premier importateur mondial de produits de base, s’est engagée à augmenter de manière substantielle la part des combustibles non fossiles dans sa consommation d’énergie primaire en tant que stratégie d’atténuation du changement climatique. Ainsi, les exportateurs de produits énergétiques traditionnels vers la Chine risquent de perdre une part importante de leurs marchés d'exportation et ne trouveront pas nécessairement des marchés alternatifs. Cela pourrait être le cas de l’Angola où ses exportations de pétrole vers la Chine représentaient 47% de ses recettes d’exportation totales en 2017 ! Ce qui est vrai pour la Chine l’est aussi pour l’Europe ce qui exposerait particulièrement l’Algérie par exemple (ses exportations de pétrole et de gaz naturel vers l'Union européenne ont représenté 56% de ses recettes d'exportation totales en 2017).

Le maître mot : la diversification

Pour faire face à la crise climatique et à ses répercussions en chaîne sur les économies des pays en développement tributaires des produits de base, la Cnuced estime que la meilleure réponse est la diversification. "La malédiction des matières premières" n’est pas nouvelle, en particulier pour l’Afrique soumise aux soubresauts des marchés et des cours. A ce titre le Nigeria en est un parfait exemple qui aujourd’hui prône la diversification pour réduire sa dépendance au pétrole. Mais peu de pays ont à ce jour réussi à diversifier leur économie. La crise climatique permettra-t-elle d’accélérer le processus ? La diversification doit être à la fois horizontale avec la mise en valeur de nouveaux produits et de nouveaux secteurs et verticale en créant plus de valeur ajoutée à partir d’un produit de base recommande l’organisme onusien.

En outre, le rapport estime que la lutte contre le changement climatique pourrait aussi offrir des opportunités aux pays en développement tributaires des produits de base. Elle mentionne le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique qui soutiendra la demande en cobalt pour les batteries des voitures électriques, ou encore celui de la production de substituts à la viande et au lait d’origine bovine. « Dans certaines régions arides d’Afrique, l’augmentation de la fréquence des sécheresses et la moindre disponibilité des aliments pour animaux ont incité les éleveurs à faire l’acquisition de chameaux en complément ou en remplacement des bovins »observe la Cnuced.

La CNUCED estime que 35 pays en développement sont dépendants des matières premières agricoles. Parmi ceux-ci 15 se situent en Afrique, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée Bissau et le Sénégal pour l’Afrique de l’Ouest.

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