19 janvier 2017 - 22:30 |

La Chronique Matières du Jeudi (19/01/2017)

Un jour en moins cette semaine pour les grandes places internationales de marchés de matières premières, les Etats-Unis ayant fêté lundi la journée de Martin Luther King. Les Etats-Unis qui dominent l'actualité internationale avec l'arrivée au pouvoir du nouveau président Donald Trump et sa nouvelle politique, notamment en matière de commerce mondial. Semaine aussi dominée par l'avancée des Britanniques sur le 'Brexit'. Dollar et livre sterling se voient  ainsi impactés ce qui, à son tour, joue sur les cours des matières premières.

CACAO

Le monde cacaoyer a les yeux rivés sur la Côte d'Ivoire, le premier producteur et exportateur mondial  connaissant depuis le 5 janvier une vague de mécontentement de la part de militaires et de fonctionnaires, mécontentement qui a impacté hier le port d'Abidjan. Des gendarmes ont fait irruption dans le premier port cacaoyer au monde en tirant en l'air et en obligeant les gens y travaillant à rentrer chez eux. Le calme est vite revenu et le port a rouvert dans l'après-midi. Cependant, à la tombée de la nuit hier, c'était au tour du port de San Pedro d'enregistrer des coups de feu. Mais aujourd'hui, la situation est rétablie et le chargement de navires en cacao a repris.

Comme il a été rappelé hier en Conseil des ministres, tout a commencé "dans la nuit du 5 au 6 janvier lorsqu'un groupe de militaires a fait irruption à l’Etat-major de la 3e région militaire de Bouaké en faisant usage d’armes à feu pour présenter des doléances, notamment le paiement de primes, la hausse des soldes, la réduction du temps de passage d’un grade à l’autre et des précisions à propos d’une supposée prime dite ' ECOMOG'." Il s'agirait d'une prime qui a été octroyée par le gouvernement aux membres de l'ancienne rébellion alors de la crise politique de 2002 à 2011, et plus particulièrement de 2010 à 2011. "Parallèlement à cette situation dans l’armée, des syndicats de fonctionnaires ont appelé à une grève, du 9 au 13 janvier, reconduite du 16 au 20 janvier, dont la doléance principale est le retrait de l’ordonnance N°2012-303 du 04 avril 2012, portant organisation des régimes de pensions gérées par la Caisse générale des retraités et agents de l’Etat (CGRAE)", a-t-il été souligné en Conseil des ministres.

Cette situation a fait brièvement, en cours de séance hier, grimper de £ 25 à 30 la tonne de cacao sur le marché à terme de Londres mais le marché est vite redescendu, s'intéressant, semble-t-il, davantage à la faiblesse de la livre sterling et aujourd'hui à l'annonce de chiffres de broyages asiatiques en hausse.

Ainsi, la tonne de cacao a clôturé hier soir à Londres à £ 1 799, quasiment inchangée par rapport aux £ 1 797 vendredi dernier. New York a davantage gagné sur la semaine, terminant hier soir à $ 2 233 la tonne sur l'échéance mars contre $ 2 213 vendredi dernier. A noter que les spéculateurs ont des positions très courtes sur le marché du cacao à New York, les cours étant actuellement au plus bas en quatre ans, et si les prix devaient remonter, leur situation serait délicate.

D'autre part, le monde du cacao en Côte d'Ivoire est agité par des rumeurs selon lesquelles le Conseil du café-cacao (CCC) envisagerait d'annuler 300 000 t de contrats achetés l'année dernière aux enchères par des exportateurs locaux et qui feraient potentiellement défaut, et les remettre sur le marché, rapporte Reuters. Rumeurs que le CCC a démenti hier mercredi. Les pertes financières sur ces contrats achetés au prix fort par rapport aux prix actuels seraient d'environ FCFA 350 le kilo, ce qui représente un total de FCFA 105 milliards (environ € 170 millions).

Mardi, des exportateurs internationaux ont reproché au CCC d'avoir permis à des entreprises locales de contourner la règle du dépôt financier et de la preuve d'un contrat, ces entreprises locales ne s'étant ainsi pas couverts pour leurs achats aux enchères de fèves. Il y aurait ainsi 200 000 à 300 000 t de contrats sur la campagne 2016/17 pour lesquels aucun dépôt en garantie n'a été demandé, a expliqué à Reuters un exportateur.

Mais la Côte d'Ivoire n'est pas le seul élément qui a attiré l'attention du marché du cacao cette semaine. L'annonce aujourd'hui, de broyages en hausse de 16,9% en Asie au quatrième trimestre 2016 par rapport à fin 2015, à 188 493 tonnes (t) est de bon augure. Ainsi, sur l'année 2016, ces broyages ont progressé de 9,1%, à 651 494 t, selon la Cocoa Association of Asia (CAA) qui regroupe la Malaisie, Singapour et l'Indonésie.

En revanche, les broyages européens au 4ème trimestre ont baissé de 0,9%, à 339 379 t, par rapport à fin 2015, selon l'Association européenne du cacao (lire nos informations ). En Allemagne, la chute est considérable, de l'ordre de 10,1% sur ce dernier trimestre 2016 par rapport à fin 2015, à 94 909 t. Sur l'ensemble de l'année 2016, la baisse est de 2% en Allemagne, à 385 515 t.

CAFÉ

Le Robusta a clôturé hier soir en hausse, à $ 2 245 la tonne, mais en-deçà de son prix le plus élevé en 4 ans et demi atteint la veille au soir, à $ 2 259. Ceci dit, la hausse est belle sur la semaine puisque le Robusta avait clôturé à $ 2 202 vendredi dernier sur le marché à terme de Londres. L'Arabica, quant à lui, a terminé en baisse, à $ 1,492 la livre, quasiment inchangé par rapport au $ 1,493 à la clôture vendredi dernier. Rappelons qu'il caracolait la semaine dernière à des niveaux de prix les plus élevés en 6 semaines.

Le Robusta est fortement soutenu par le temps très sec dans la région de production brésilienne d'Espirito Santo. Une sécheresse qui devrait persister, selon les prévisions météorologiques de MDA Information Systems. Or, à cette période de l'année, les caféiers ont besoin de pluie.

Rappelons que l'agence gouvernementale brésilienne Conab estime que la récolte 2017 pourrait baisser à 43,65 et 47,51 millions de sacs de 60 kilos (Ms) contre 51,37 Ms l'année dernière. La production d'Arabica est estimée atteindre entre 35,01 et 37,88 Ms contre 43,38 Ms en 2016, et le Robusta entre 8,64 et 9,63 Ms contre 7,98 Ms. Au total, le Brésil, n°1 mondial du café, devrait exporter quelque 30 Ms en 2017.

Une hausse des cours qui se ressent, bien évidemment, au Vietnam, n°1 mondial du Robusta, qui atteint ses niveaux de prix les plus élevés depuis septembre 2011. Ils se situent actuellement à $ 2 092-$ 2 093 la tonne ce qui conduit les producteurs à vendre. Le Robusta Grade 2, 5% brisures et grains noirs se vend aujourd'hui avec une décote de $ 60-70 par rapport au marché de Londres contre une décote de $ 80-85 en début de semaine. En Indonésie, le Robusta Grade 4, 80 défauts, se vend à prime de $ 20 sur le contrat mars.

Le Vietnam qui a exporté 1,78 million de tonnes (Mt) de café en 2016, ou encore 29,7 Ms, selon les douanes vietnamiennes, soit un bond de 32,8% par rapport à 2015. En valeur, la progression est de 24,9%, à $ 3,34 milliards.

Toujours sur le Robusta, les exportations en Côte d'Ivoire ont totalisé 70 233 t entre janvier et fin novembre 2016, en hausse de 23% par rapport aux 11 premiers mois en 2015, selon les données portuaires provisoires.

Au Kenya, l'Arabica se vend plus cher, ce qui compense la baisse de volumes due à la sécheresse. Ainsi, au quatrième trimestre, le prix moyen du café kényan sur le Nairobi Coffee Exchange a augmenté de 30% par rapport à fin 2015, à $ 228,64 le sac de 50 kg, ce qui a fait faire un bond de 69% aux recettes.

CAOUTCHOUC

La poursuite des pluies en Thaïlande sur une période normalement sèche a propulsé lundi les cours à un plus haut de quatre ans à 307,3 yens ($2,70) le kilo pour clôturer à 305 yens le kilo. La perspective d’un resserrement de l’offre - la Thaïlande premier producteur et exportateur mondial, représentant  37% de l’approvisionnement mondial en caoutchouc naturel – a soutenu les cours les jours suivants avec quelques prises de bénéfices. 

Toutefois, le Tokyo Commodity Exchange (Tocom) pourrait rentrer dans une phase d’ajustement après la déclaration de l’Autorité thaïlandaise du caoutchouc spécifiant qu’elle allait vendre aux enchères 98 000 tonnes de caoutchouc issues de ses stocks  pour une valeur de $187 millions. Le contrat de juin  sur le Tocom a clôturé jeudi à 301,5 yens le kilo, celui de mai à Shanghai a perdu 120 yuans à 21 555 yuans ($3 081) la tonne.

La production mondiale de caoutchouc naturel est susceptible de diminuer sur le premier trimestre de 2017 a estimé  l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC). Elle pourrait baisser de 0,8% à 2,44 millions de tonnes (Mt) par rapport au 1er trimestre 2016. Cependant, la production annuelle des membres de l’ANRPC, qui représentent ensemble environ 92% de la production mondiale, devrait augmenter de 4%  à 11,2 Mt en 2017, après avoir stagné au cours des trois dernières années, selon un communiqué de l’association. « En raison des inondations, la Thaïlande produirait  4,381 Mt de caoutchouc naturel en 2017 contre 4,741 Mt attendues initialement », a déclaré l’ANRPC.

Les inondations  si elles se prolongent deux à trois mois pourraient coûter jusqu’à $3,4 milliards, soit 0,5-0,7% du PIB,   à la Thaïlande, une perte essentiellement causée par les pertes potentielles sur lE caoutchouc, selon la Chambre de commerce de Thaïlande.

La Côte d’Ivoire a exporté 471 904 tonnes de caoutchouc naturel entre janvier et novembre 2016, en hausse de 19% (cf. nos informations Hausse de 19%).

COTON

Le rapport sur l’offre et la demande mondiale (WASDE) du département américain de l’Agriculture (USDA) plutôt baissier publié  jeudi dernier ainsi que la baisse des stocks certifiés ont fait glisser les cours du coton qui ont clôturé vendredi à 72,75 cents la livre affichant une baisse de 2,3% sur la semaine. Les cours se sont maintenus autour de 72 cents les jours suivant.

Le WASDE a montré une production américaine de coton en hausse à près de 17 millions de balles et des exportations également en augmentation à 12,5 millions de balles. Au niveau mondial, la hausse de la production – aux Etats-Unis mais aussi en Chine – a été le principal facteur de la hausse de 1,5 million de balles des stocks mondiaux de clôture en 2016/17. La consommation a été réduite pour l'Inde, le Mexique et la Turquie, mais cette baisse est en grande partie compensée par une augmentation pour la Chine.

Au Burkina Faso, la production de coton devrait atteindre 750 000 tonnes en 2016/2017 par rapport à environ 600 000 tonnes réalisées lors de la  récolte précédente. Avec l’abandon total du coton OGM sur cette campagne, le coton burkinabè a renoué avec une meilleure qualité de la fibre, les fibres courtes ayant disparues (Cf.  notre interview du directeur général de la Sofitex).

La Côte-d'Ivoire a exporté 329 586 tonnes de coton de janvier à novembre 2016, en baisse de plus de 17% à la même période de l'année précédente, selon les données portuaires provisoires.

HUILE DE PALME

Les cours de l’huile de palme en Malaisie se sont abaissés mercredi avec le renforcement du ringgit et des anticipations de production plus élevée. Sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange, le contrat d’avril a clôturé à  3 150 ringgits ($709 $) la tonne.

« La production va commencer à se reprendre en février-mars. Nous nous attendons à ce qu’elle augmente après le Nouvel An chinois, et ensuite nous verrons une baisse des prix »,  a indiqué un négociant à Kula Lumpur. Les célébrations du Nouvel An en Chine commencent  le 28 janvier et génèrent une demande en huile de palme pour reconstituer les stocks. Sur les dix premiers jours de janvier, la demande chinoise pour l’huile de palme malaisienne a progressé de 30% par rapport à la même période en décembre. Les exportations de la Malaise ont grimpé de plus de 8% sur les dix premiers jours de janvier.

La production d’huile de palme de Malaisie a diminué de 6,4% en décembre se situant à un plus bas de sept mois. Toutefois, les analystes estiment qu’elle devrait rebondir au deuxième et troisième trimestre 2017, les effets d’El Nino se dissipant. La production pourrait croitre de 12% cette année à 19,4 Mt, contre 17,4 Mt en 2016, selon le Malaysian Palm Oil Board.

La Malaisie va augmenter sa taxe à l'exportation sur l’huile de palme brute pour la porter  à 7,5% en février, contre 7% en janvier,  selon une circulaire sur du Conseil malaisien de l'huile de palme.

Les importations d’huiles végétales de l’Inde ont chuté de 15% en décembre à 1,2 million de tonne avec l’amélioration de l’offre locale et les conséquences de la démonétisation. Les importations d’huile de palme ont baissé de 8,5 % à 723 158 tonnes, tandis que celles de soja ont plongé de 53% à 232 132 tonnes, selon  la Solvent Extractors' Association of India.

RIZ

Les prix du riz en Inde ont progressé cette semaine avec l’amélioration de la demande des acheteurs africains tandis que les marchés d'exportation en Thaïlande et au Vietnam étaient calmes en l'absence d'acheteurs avant les vacances du Nouvel An lunaire.

En Inde, le riz étuvé 5% de brisures a grimpé de $7  la  tonne à $352 -$357 $ la tonne avec une hausse des achats des pays africains mais aussi des organismes gouvernementaux.  La décision du gouvernement de démonétiser les billets de grosses coupures a perturbé l'approvisionnement en novembre et décembre et beaucoup d'acheteurs nationaux n’ont pas pu reconstituer leurs stocks, a déclaré un trader basé à Mumbai.

Le  Thaï 5% est demeuré au même niveau que la semaine dernière à $360- $365. De même le Viet 5% est stable à  $335- $345 la tonne.

Dans son rapport de janvier 2017, le département américain de l’Agriculture (USDA) a réduit de 1,5 million de tonne sa prévision mondiale de riz à 480 Mt en 2016/17, niveau toutefois record et en hausse de 2% par rapport 2015/16. Une hausse imputable essentiellement  à l’accroissement des superficies cultivées qui sont projetées à 161,3 millions d’hectares.

Au niveau de la consommation mondiale 2016/18, elle devrait atteindre aussi un record de 477,8 Mt.  Quant aux stocks de clôture, ils devraient se situer à 118,7 Mt, soit 2% au-dessus du niveau de 2015/16 et au plus haut depuis 2001/02. Enfin, le commerce mondial est estimée à 40,8 Mt en 2017, en hausse de 2,7% par rapport à 2016. Le commerce mondial reste en deçà du record de 44,1 Mt de 2014. Les achats en provenance des principaux marchés d'importation en Asie du Sud-Est, Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne restent inférieurs aux niveaux de  2014 et ont plus que compensé l'augmentation des importations de la Chine. Quant aux exportations, l'augmentation des livraisons en provenance d'Australie, de la Birmanie, de l'Egypte, de la Thaïlande, des Etats-Unis et du Vietnam devrait plus que compenser la baisse des exportations de l'Inde, du Pakistan et de l'Uruguay en 2017.

SUCRE

En fin de séance hier soir, mercredi, les cours du sucre roux ont grimpé, clôturant à 20,98 cents la livre après avoir touché les 21 cents en cours de séance; il cotait 20,52 cents vendredi dernier. Le sucre blanc sur le marché à terme de Londres a terminé, quant à lui, à $ 542,50 la tonne contre $ 534,69 vendredi.

L'Inde, plus important consommateur de sucre au monde, ne devrait pas abaisser ses doits à l'importation sur le sucre, du moins à court terme, a annoncé hier un responsable gouvernemental. Les prix sur le marché national ont grimpé de 10% au cours du dernier mois. Sa production devrait baisser de 4,3% en 2016/17, à 22 Mt, des raffineries devant fermer plus tôt en raison d'un manque de canne.

En Thaïlande, la production devrait baisser de 3,1% en 2016/17, à 9,3-9,4 Mt en raison de la sécheresse, a annoncé mardi un responsable gouvernemental. Il est estimé que le pays pourrait exporter 6,8 Mt cette année contre 7,1 Mt en 2015/16.

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