19 août 2016 - 09:45 |

La Chronique Matières du Jeudi (18/08/2016)

Un dollar plus faible a tiré vers le haut les prix de nombreuses matières premières en cette fin de semaine. L'indice Thomson Reuters CoreCommodity, qui regroupe 19 produits de base, a grimpé durant 6 séances consécutives, atteignant son niveau le plus élevé en un mois.

 

CACAO

En début de semaine, le prix du cacao a touché son niveau le plus élevé en un mois, puis s'est contracté suite à des ventes ghanéennes et au raffermissement de la livre sterling face au dollar, les prix du cacao étant une des rares matières premières à s'échanger en livre sterling sur le marché à terme de Londres.

Ainsi, la tonne de fèves a clôturé à Londres à £ 2 455  contre £ 2 378 il y a une semaine, tandis qu'à New York, elle terminait la période sous revue à $ 3 113 la tonne, parti de $ 2 981 la tonne vendredi dernier. Le seuil des $ 3000 a donc été franchi.

La tendance générale demeure nettement haussière avec un important déficit mondial qui se confirme sur la campagne actuelle 2015/16 et beaucoup d'incertitudes quant à la campagne à venir 2016/17 qui va démarrer au 1er octobre. Un temps très sec a pu endommager les cabosses naissantes.

Selon un négociant, la récolte principale, qui démarre le 1er octobre en Afrique de l'Ouest, pourrait enregistrer un léger retard et les arrivages aux ports sur la première partie de la campagne pourraient être à la traine par rapport à l'année dernière. Mais ce retard pourrait être rattrapé au premier trimestre 2017. Trop tôt encore pour le dire assurément. A noter que la récolte au Cameroun a déjà démarré, depuis el 1er août.

Quant à la campagne encore en cours en Côte d'Ivoire, les arrivages de fèves aux deux ports d'Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1 444 000 t du 1er octobre, début de la campagne, au 14 août, contre 1 682 000 t sur la même période la campagne dernière.

Le Nigeria a réduit de 10% ses prévisions de production sur la campagne 2016/17, à 300 000-305 000  t contre 340 000 t, après que de fortes pluies aient occasionné al maladie de la pourriture noire des cabosses et que les cacaoculteurs doivent faire face à des coûts de production croissants notamment parce que le naira a perdu 40% de sa valeur depuis le mois de juin lorsque les autorités ont décidé de laisser flotter la monnaie, selon Sayina Riman, président de la Cocoa Association of Nigeria (CAN). En 2015/16, le n°4 mondial devrait produire 268 000 t.

La sécheresse au Brésil  devrait faire chuter de 30% la récolte de cacao durant la campagne 2016/17, à 150 000 tonnes (t). Entre le 1er mai, début de la campagne au Brésil, et le 14 août, les livraisons dans les entrepôts, que ce soit du cacao importé ou des régions productrices brésiliennes, ont chuté de 43%. Ceci va obliger le pays a fortement augmenter ses importations, ce qui est une mauvaise nouvelle car le Brésil traverse sa pire récession en 8 décennies.

Ainsi, on estime qu'il devrait importer 80 000 t en 2016 contre seulement 11 000 t l'année dernière, selon l'association industrielle locale AIPC, qui comprend des membres comme Olam, Cargill, Barry Callebaut, entre autres acteurs majeurs.  Actuellement, le Brésil n'importe du cacao que du Ghana mais l'AIPC préfèrerait importer de Côte d'Ivoire, une origine moins chère que le Ghana. L'AIPC fait donc pression sur les autorités pour lever l'interdiction qui touche l'importation de cacao de Côte d'Ivoire, la raréfaction de fèves renchérissant considérablement les coûts de production de l'industrie chocolatière.

Depuis le début de l'année, 50 000 t de fèves ont déjà été importées, déclare à Reuters  Eduardo Bastos, directeur exécutif d'AIPC. Ceci dit, l'industrie estime que, par an, 69 000 t de dérivés du cacao comme le beurre ou la poudre sont exportées du Brésil.

CAFE

L'annonce d'un week-end à venir plutôt frais dans certaines régions de production caféière au Brésil alors qu'il pleut dans d'autres, a soutenu les cours de l'Arabica en cette fin de semaine. En effet, ceci peut occasionner une floraison précoce mais pourrait aussi limiter l'avancée de la récolte qui est déjà partiellement achevée. Dans la zone de production de la plus importante coopérative caféière du Brésil, Cooxupe, la récolte est achevée à 82% contre 73% à pareille époque l'année dernière.

L'Arabica, qui avait terminé mercredi à son niveau de prix le plus faible en 7 semaines, s'est ressaisi jeudi, clôturant à $ 1,4145 la livre ; vendredi dernier, il avait terminé à $ 1,4035. Quant au Robusta, coté à Londres, il clôt la période sous revue à $ 1 823 la tonne contre $ 1 803 vendredi dernier.

Le Vietnam, n°1 mondial du Robusta, a enregistré une baisse de 11,8% de ses exportations de Robusta en juillet, à 139 800 t, selon les douanes. Ceci dit, d'octobre à juillet, soit sur les 10 premiers mois de la campagne, les exportations ont totalisé 1,46 Mt, en hausse de 31,5% par rapport à il y a un an.

Pour sa part, l'Organisation internationale du café (OIC) a abaissé ses estimations de production mondiale de café sur 2015/16, suite à une forte baisse de production au Mexique ( à 2,8 Ms contre 3,9 Ms estimés précédemment) car la maladie de la rouille de la feuille ("leaf rust") continue d'impacter les caféiers. Ainsi, la production mondiale ne serait plus que de 143,3 millions de sacs de 60 kg (Ms) contre une estimation antérieure de l'OIC de 144,7 millions. La production d'Arabica ne varierait guère mais celle de Robusta augmenterait de 1,7% en 2015/16 en raison de meilleures récoltes au Vietnam et en Indonésie.

Les exportations mondiales de café ont augmenté légèrement, de 0,2% à 85,1 Ms sur les 9 premiers mois de la campagne qui a démarré en octobre et par rapport à la même période l'année dernière, les exportations de Robusta ayant chuté de 6,5% alors que ceux d'Arabica ont grimpé de 4,6%. La consommation mondiale en 2016 serait 2% plus élevée qu'en 2015, à 152,1 Ms contre 150,2 Ms en 2014, toujours selon l'OIC.

CAOUTCHOUC

Ce matin, sur le marché leader de Tokyo, le prix du caoutchouc naturel  a rebondi après avoir touché jeudi son plus bas en une semaine, terminant à 157,5 yens ($ 1,57) le kilo contre 158,2 yens ($ 1,55) vendredi dernier.

Une semaine très volatile avec des prix au plus haut depuis 3 semaines lundi et mardi car la valeur du yen face au dollar est retombée après avoir touché son cours le plus élevé en 7 semaines. Un yen moins cher incite les intervenants étrangers sur le marché japonais  à acheter et donc à faire grimper les cours du caoutchouc naturel.

Si le marché subit fortement actuellement les fluctuations monétaires, son "driver" principal reste la santé économique du géant chinois qui continue d'être le vrai déterminant de  la demande sur ce marché. Or, les marchés financiers en Chine, en début de semaine, ont très bien performé, laissant augurer d'une bonne dynamique économique ce qui peut impacter l'achat de véhicules et donc de pneumatiques et donc de caoutchouc naturel.

Troisième facteur, la hausse des prix du pétrole qui renchérit le prix du caoutchouc synthétique, grand concurrent du naturel.

COTON

La livre de coton a terminé hier soir, sur le marché à terme de New York à 69,01 cents, tirée par de bons chiffres d'export des Etats-Unis sur la semaine, un dollar plus faible et des stocks certifiés de fibre au plus bas en 3 mois. Si ce prix est en hausse par rapport à la clôture de la veille, il est plus bas que celui de vendredi dernier, New York ayant alors clôturé à 70,20 cents la livre. Or, la semaine dernier, la fibre avait enregistré sa plus forte baisse de prix hebdomadaire depuis mai 2014.

En Afrique de l'Ouest (lire nos informations), la production 2015/16 a baissé de 16% à cause des pluies insuffisantes mais elle devrait bondir de 24% en 2016/17, selon l'analyse du département américain de l'Agriculture (USDA).

Cette baisse de production, et donc de disponibilités, a conduit les filatures au Pakistan , notamment, à se tourner vers l'Australie pour s'approvisionner car l'Afrique ne pouvait pas honorer la demande, selon des responsables industriels pakistanais interrogés par Reuters. Le Pakistan qui, par ailleurs, est devenu le premier client du coton indien, s'étant porté acquéreur de 425 000 t, ce qui représente 40% des expéditions du n°1 mondial du coton qui a déjà exporté 1,1 Mt  depuis le début de la campagne en octobre dernier, selon l'Indian Cotton Federation. En effet, la production au Pakistan aurait chuté de 35%, à 1,6 Mt en 2015/16, renchérissant le prix de la fibre nationale et incitant donc les industriels à se tourner vers l'import.

Le Pakistan a donc détrôné la Chine comme premier client du coton indien car Beijing a considérablement réduit ses achats sur le marché international ces derniers mois, ses stocks étant pléthoriques. En 2013/14, la Chine a importé 1,3 Mt d'Inde et moitié moins la campagne suivante.  

De toutes origines, sur les 7 premiers mois de l'année calendaire 2016, les importations chinoises ont chuté de 49,5%, à 525 000 t. Sur le seul mois de juillet, dont les chiffres viennent d'être publiés, la Chine a importé  94 800 t de coton, soit une baisse de 10,2% par rapport à juillet 2015, selon la China Cotton Association. Les raisons ? Beijing, cette année, a émis moins de quotas d'importations à tarifs réduits que les autres années. D'autre part, le prix du coton chinois a été faible, rendant moins attractif les importations.

Jeudi, la Chine a vendu 13 500 t de coton sur les 30 000 t mises aux enchères, au prix moyen de 13 730 yuan ($2 070,95) la tonne.

HUILE DE PALME

Il semblerait que l'huile de palme enregistre sa troisième semaine consécutive de hausse de ses cours, boostée par une offre mondiale étroite liée au phénomène météorologique El Niño et la perspective d'exportations soutenues. Mercredi, l'huile de palme à Kuala Lumpur a enregistré un gain de 4%, sa plus forte hausse sur une seule séance en 10 mois. Sur la semaine, elle a pris 4,6% et hier, la séance a clôturé à $ 646 la tonne.

En Malaisie, la production a, certes, augmenté de 3,5% en juillet, à 1,59 Mt, mais est à son niveau le plus faible en 6 ans pour un mois de juillet, à cause de l'impact d'El Niño.

D'autre part, un comité d'experts de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a décidé vendredi dernier que la Russie a enfreint ses engagements en matière de commerce international en relevant ses droits de douane sur certains produits agricoles provenant de l'Union européenne, dont l'huile de palme. La décision intervient après que l'UE ait déposé une plainte, accusant la Russie d'avoir imposé en 2014 des droits de douane supérieurs à ceux autorisés sur certains produits. C'est la première décision de ce type prise par l'OMC depuis l'adhésion de la Russie en 2012. La Russie a déclaré vendredi qu'elle avait déjà procédé à réduire les droits sur l'huile de palme.

RIZ

Les Philippines, un des importateurs majeurs de riz au monde, a annoncé devoir importé 1 Mt l'année prochaine afin d'assurer une bonne disponibilité de la céréale sur son marché national. D'ores et déjà, le 9 août, le gouvernement a annoncé acheté 250 000 t et une deuxième tranche de 250 000 t a été annoncée. Le prochain achat sera de 500 000 t, a annoncé hier le secrétaire à la planification économique Ernesto Pernia. Au total, 750 000 t seront achetées dans le cadre d'accord de gouvernement à gouvernement, tandis que le reste, 250 000 t seront importées par des opérateurs privés. Rappelons qu'en 2015, le pays avait acheté 1,8 Mt. Sa production devrait être de 18,135 Mt cette année, soit l'équivalent de ce qui a été récolté en 2015.

Cette perspective soutient quelque peu les cours mondiaux du riz qui ont baissé ces derniers temps car la demande de l'Afrique et des autres pays asiatiques a faibli. Ainsi, jeudi, le Thaï 5% brisures se vendait à $ 410 la tonne, en baisse de 7,5% par rapport à son prix le plus haut atteint en près de 3 ans, le 22 juillet ; durant la semaine, son prix a oscillé dans une fourchette allant de $ 400 à 423 la tonne FOB. Les stocks en Thaïlande soient bien remplies alors que la nouvelle récolte arrive.

Les brisures 5% d'Inde ont glissé de $ 2 la tonne cette semaine, à $ 378-388 la tonne  FOB, tandis que celles du Vietnam ont trouvé preneur entre $ 350 et $ 353 contre $ 355 la semaine dernière. Le 25% brisures s'est vendu entre $ 334 er $ 340, relativement inchangé.

Le Vietnam dont les exportations pourraient chuter de 25% cette année par rapport à 2015, a rapporté la presse citant la Vietnam Food Association.  Là encore, la demande internationale, notamment africaine, est faible, et la concurrence de la Thaïlande, son grand rival, est de plus en plus vive avec d'importants volumes disponibles.

SUCRE

Le sucre roux ne semble pas vouloir décoller de son prix avoisinant les 19,50 cents la livre, toute hausse étant de suite enrayée par de fortes disponibilités physiques à court terme car les broyages de cane au Brésil vont bon train actuellement. Ainsi, jeudi soir, le roux a clôturé à New York à 19,98 cents la livre soit un niveau de prix proche de la fin de la semaine dernière (19,71 cents) , tandis que le blanc coté à Londres terminait à $ 535,60 la tonne ($ 534,10).

Selon la Commerzbank, l'offre abondante de sucre au Brésil devrait réduire le déficit mondial, bien que des sociétés de consultance comme Datagro ou encore Unica ne soient pas aussi optimistes que l'agence étatique de Conab quant à la récolte brésilienne à venir. Ceci dit, le principe d'un déficit en 2015/16 comme en 2016/17 semble être admis par tous. "Nous considérons les perspectives à long terme comme potentiellement très haussières", a  déclaré Michael Liddiards de chez la société de consultance Agrilion.

En Afrique du Sud, pour des raisons de santé publique, le Trésor a proposé une taxe de 20% sur les boissons sucrées, ce qui de suite a soulevé un tollé parmi les industriels utilisant du sucre. Selon Phil Gutsche, président de Coca-Cola Beverages Africa, une telle mesure pourrait entrainer la perte de 60 000 emplois dans ce secteur qui en totalise environ 200 000.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +