20 février 2017 - 13:30 |

Le "Airbnb" du matériel agricole bientôt en Afrique de l'Ouest

We Farm Up va lancer d'ici 2018, en Afrique de l’Ouest, le concept de l'économie de partage adaptée à l'équipement agricole. Une sorte de 'Airbnb' du matériel agricole.

Entretien avec Jean-Paul Hébrard, cofondateur de We Farm Up et de www.tvagri.info .

 

En quoi consiste We Farm Up, ce concept "Airbnb" en matière d’équipement agricole ?

On a lancé en 2015 une plateforme wefarmup.com qui permet aux agriculteurs de pouvoir partager leur matériel. Partager du matériel, cela veut dire que ceux qui l'ont acheté peuvent mieux le rentabiliser en le louant à d’autres qui peuvent l’utiliser sans s'endetter.

Nous avons été la première plateforme au monde à être parti sur ce modèle de l’économie du partage adapté à l’agriculture. On développe ce concept aujourd’hui sur le marché français mais on va aller à l’international assez rapidement.

Que cela apporte-t-il de neuf par rapport aux organisations d'agriculteurs qui déjà mettent en commun leur matériel ?

Historiquement, il y a toujours eu de l’entraide entre agriculteurs : je partage du matériel ou je fais des travaux en commun, normalement dans un rayon de 2 km, soit une très grande proximité. En France, il y a eu les Coopératives d'utilisation de matériel agricole (Cuma) qui ont la capacité à investir à plusieurs,  sur un rayon plus large, de 5 à 10 km, et qui achètent en commun du matériel. Nous, nous intervenons de façon plus étendue, dans un rayon plus large, peut-être d'une heure de tracteur, donc à 40 km à la ronde car un tracteur fait du 40 km/h. 

Les Cuma, c’est un investissement en commun ; chacun doit tout de même aller à la banque pour permettre l’acquisition du matériel. Nous, nous ne nous positionnons pas en terme d'investissement mais nous rendons visible une offre de matériel. En réalité, en France, nous sommes complémentaires des Cuma. On fait de l’économie de partage : on loue de l'équipement pour 1 jour, 2 jours ou 3 jours, mais le soir c’est fini. On a une charge mais on n’a pas un investissement sur le long terme.

Quels sont vos résultats sur cette première  année ?

Aujourd’hui, en France, 3 700 agriculteurs se sont inscrits sur la plateforme et 2 500 matériels sont en location. Ce qui est satisfaisant pour une première année.

C’est une première mondiale ? Comment expliquez-vous qu'on n'y ait pas pensé avant ?

Le lancement en octobre 2015 est le fruit de deux ans de réflexion. Avant, on ne parlait pas beaucoup d’économie de partage. Tout va très vite. Il faut toujours un certain temps avant que l’innovation arrive dans la pratique. 

Qu’est-ce qui vous conduit à vouloir aller si vite à l’international ?

Parce qu’on pense que cette notion de plateforme permet de résoudre le problème du sur-équipement. C’est-à-dire qu’un agriculteur utilise, en définitive, trop peu son matériel par rapport à ce qu’il pourrait faire. Par exemple, en France, un tracteur est en moyenne utilisé 400 heures par an, alors qu’il pourrait l’être 2000 h/an globalement. Donc cela donne un meilleure rentabilité s’il pouvait le louer à d’autres.

Mais à l’inverse, c’est aussi un outil qui permet d’accéder à l’équipement. C’est-à-dire que lorsqu’un agriculteur n’a pas l’argent pour acheter de l’équipement parce qu’il n’a pas la capacité derrière de pouvoir l’amortir, si à un moment donné il peut avoir les financements, le fait de pouvoir faire de la prestation lui permet d’en faire l’acquisition. Donc c’est valable à la fois pour le sous-équipement que le sur-équipement.

En Afrique, il y a cette aspiration à mécaniser l’agriculture. Mais les conditions de  marché sont très différentes. Donc le concept de We Farm Up peut-il s’appliquer ?

Oui, on pense que ça peut tout à fait s’appliquer à l’Afrique. D'ailleurs, on vient de voir apparaître en Inde une plateforme du même type , où les petits agriculteurs indiens peuvent partager entre eux du matériel.  

En Afrique, nous examinons comment nous appuyer sur des bailleurs, par exemple, pour pouvoir accéder au premier équipement, pour après le rentabiliser avec d’autres agriculteurs.  Car il faut trouver ce premier prêt au départ qui permet de faire l’acquisition du matériel.  Ce bailleur, ce peut être la Banque mondiale, l’Etat ou même un constructeur qui aura envie, à un moment, de pouvoir s’appuyer sur la location plutôt que sur la vente pour lancer la mécanisation de l'agriculture. Ce peut être aussi une ONG : autant l’agriculteur n’aura pas toujours les moyens d’acquérir le semoir correspondant, mais il pourra peut-être le louer à une ONG qui en aura fait l’acquisition et qui pourra le mettre à disposition des agriculteurs.

Dans un premier temps, on pense que les premiers loueurs seront des regroupement de producteurs ou des coopératives et pas directement des agriculteurs à titre privé. Mais au fur et à mesure, en fonction de la taille des exploitants, cela pourra être aussi des agriculteurs.

Dans quelle région d'Afrique souhaitez-vous vous développer en premier ?

Nous envisageons de nous développer d'ici 2018 en Afrique de l'Ouest essentiellement, et l’Afrique francophone dans un premier temps, mais aussi ailleurs. Nous sommes tout à fait au début de notre démarche.

Comment abordez-vous la question de l’entretien des machines ?

C’est un véritable problème en Afrique comme ailleurs. En réalité, il existe deux configurations : dans les pays comme la France, par exemple, le matériel est assuré.  Mais dans le cadre des modèles qu’on essaie de développer en Afrique, il n’y aura pas forcément une assurance et on devra s’appuyer sur un réparateur local qui sera capable d’entretenir le matériel.

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