20 décembre 2007 - 19:41 |

Le rendez-vous Matière du jeudi

Les perdants seront peut-être les gagnants !

C’est une fin d’année en fanfare sur les marchés des matières premières agricoles. Les « softs », celles qui avaient accusé une moindre performance cette année, se rattrapant ces dernières semaines grâce à des placements financiers qui quitteraient les marchés des métaux et de l’énergie car très volatiles pour se diversifier et goûter à une plus large gamme de denrées agricoles. Ainsi, des fonds d’investissements s’intéressent actuellement de près aux matières premières telles que le café, le cacao et le sucre, qui ont été éclipsées durant la majeure partie de l’année par la flambée des cours du pétrole, des céréales et de l’or. A Londres, les contrats à terme de sucre blanc ont grimpé lundi à leur plus haut niveau depuis le 1er août, le Robusta a atteint un pic de cinq semaines et le cacao s’est maintenu du plus haut de quatre mois atteint la semaine dernière.
Selon Romain Lathière, gestionnaire de fonds chez Diapason, le rééquilibrage en fin d’année des indices de certaines matières premières devrait soutenir celles qui ont connu les performances les plus faibles et dont la pondération a diminué en raison de la hausse des prix du pétrole, du blé et du soja, rapporte Reuters. Les cours du sucre blanc à Londres ont diminué d’environ 10% depuis le début de l’année alors que le cacao a augmenté de 20% et le Robusta de 19%. Ces évolutions sont faibles si on les rapporte au doublement du prix du blé à Chicago et à l’augmentation de 50% du prix du pétrole brut sur le marché à terme américain cette année.
Les investisseurs institutionnels étant investis à hauteur de plusieurs milliards de dollars dans le suivi d’indices tels que le S & P GSCI et le Dow Jones AIG Commodity Index, toute modification de pondération peut avoir un impact marqué sur les cours. “Ce type d’analyse (par les indices) n’existaient pas ces dernières années mais depuis 2005-2006, les gens sont vraiment conscients de la tendance haussière du marché des matières premières et donc que tous les actifs des fonds liés aux indices augmentent”, explique M. Lathière.
Quid de 2008 ? Pour Rodolphe Roche, gestionnaire de fonds chez Schroders, l’analyse doit être fine, par filière. “Pour le café, le tableau est extrêmement haussier simplement parce que les stocks sont extrêmement faibles et qu’en même temps la demande est en hausse”, a t-il dit. “Pour le sucre, je reste baissier. (...) Peut-être y a-t-il un effet de rattrapage, mais je ne vois pas de raison de changer de point de vue. Fondamentalement, le monde est inondé de sucre”, a t-il déclaré.

BOIS Depuis la fin novembre, les prix des grumes d’Afrique n’ont guère évolué. Des anciens stocks d’okoumé au Gabon inquiètent certains producteurs qui considèrent que cela pourrait perturber ces prix stables. En effet, la demande d’Asie et d’Europe est constante, sans à-coups. Le premier trimestre 2008 pourrait donc réserver des surprises.
Quant aux bois sciés, l’étroitesse de l’offre soutient les prix : les disponibilités en sapelli et en d’autres essences dans le Nord du Congo Brazzaville et de la République Centrafricaine seraient faibles. Globalement, ces derniers mois, les prix des sciages ont été affectés par des changements brutaux dans la demande, ce qui a créé une plus grande volatilité.

CACAO. Les cours du cacao sur le marché de New York ont fortement augmenté cette semaine, suivant en cela un mouvement haussier ces derniers jours sur l’ensemble des matières premières agricoles.
Au Cameroun, la hausse des cours internationaux a permis au prix bord champ payé à Kumba, dans la province du Sud-Ouest, là d’où émane la moitié de la production cacaoyère du pays, de grimper à FCFA 720 le kilo en décembre contre 680 au mois de novembre. Cela faisait 10 ans que les coopératives n’avaient pas perçu des prix aussi élevés ! Dans la province du Centre, ils ont même touché les 750 francs. Mais à Konye, au Nord-Est de Kumba, ils sont restés sous les 700 francs à FCFA 650-675. Les pluies, anormalement longues, ont enfin cessé, facilitant le séchage des fèves et facilitant l’acheminement par route de la production jusqu’aux ports. Rappelons que le Cameroun a récolté 179 239 t en 2006/07.
En Côte d’Ivoire, les prix sont aussi en hausse mais à des niveaux nettement inférieurs, touchant au mieux les FCFA 500-550 bord champ. La demande est forte de la part des acheteurs bord champ car les volumes ont été très faibles entre septembre et novembre, essentiellement à cause des dégâts causés par la pourriture noire (black pod) qui avait sévi en juillet.

CAFE. Selon un rapport de la banque d’investissement Fortis, la production mondiale de café devrait progresser de 12% en 2007/08, à 138,1 millions de sacs de 60 kilos. La production d’Arabica serait en hausse de 17%, à 88,72 Ms tandis que celle de Robusta n’évoluerait que de 4% à 49,34 Ms. Une évolution normale, souligne Fortis, étant donné les prix très attractifs cette année. De son côté, la demande mondiale progresserait globalement de 3,34% en Arabica et Robusta.
Le Brésil pourrait récolter 50 Ms mais l’estimation pourra être révisée, explique prudemment Fortis, mais le Vietnam, quant à lui, aurait déjà récolté 80 de sa production à fin décembre une récolte qui serait de 19,1 Ms contre 20,2 millions en 2006/07. La production d’Arabica de ce pays passerait de 300 000 sacs la campagne dernière à 400 000 cette année.

CAOUTCHOUC. Les cours du caoutchouc ont gagné plus de 1% pour atteindre un plus haut de près de six semaines mercredi, le pétrole étant resté ferme et le yen ayant reculé. Les cours étaient soutenus par la fermeté du baril de pétrole qui s’est maintenu au-dessus de $90 sur le marché américain en raison de l’anticipation d’une baisse des stocks pour la cinquième séance de suite d’une part et par la stabilité du dollar acquise après les gains de la semaine dernière d’autre part.

CÉRÉALES. Au Mali, en dépit des récoltes, Afrique Verte ne constate pas de baisse significative des prix sur les marchés. Des cas de hausse des céréales sèches sont même observés dans les principales zones de production comme Ségou et Sikasso. Cette situation est consécutive aux perturbations lors de la campagne agricole (sécheresse puis inondations). Au Burkina, les prix des céréales s’inscrivent généralement à la hausse, notamment le maïs avec une forte amplitude (entre +4% dans le Bam et +23% dans le Centre Est). Le mil et le sorgho sont également à la hausse, avec des amplitudes plus faibles, exception faite dans la Kossi, le Centre Est et le Sahel.
Au Niger, la tendance générale de l’évolution des prix est à la baisse pour les céréales locales (mil, sorgho) et à la hausse pour les céréales importées (riz, maïs). La hausse la plus importante (+32,5%) est observée sur le maïs à Tillabéry tandis que la baisse la plus significative (-16%) est observée à Niamey pour le sorgho.

COTON. Après la hausse des prix du coton la semaine dernière à un pic de 5 mois, on a assisté ces derniers jours à une certaine consolidation. Mais globalement la fermeté des cours est soutenue par la perception générale dans le secteur que les semis l’année prochaine seront inférieurs au plus bas de 18 ans de 5,4235 millions d’hectares plantés en 2007. Selon l’analyse d’Informa, les Etats-Unis devraient semer en 2008, 4.5925 millions d’hectares, ce qui correspondra à la surface cotonnière la plus faible depuis 1983 lorsque, selon l’USDA, 3.963 millions d’hectares avaient été plantés.
A noter mardi 18 décembre que l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) a confirmé sa condamnation des Etats-Unis sur le dossier coton. Le panel a considéré que Washington continuait à violer les règles du libre échange, soulignant dans un rapport de 204 pages, que le système américain de paiement et de soutien à ses cotonculteurs avaient conduit à une hausse de sa production et de ses exportations, ce qui a pesé sur els prix mondiaux. Le Brésil, qui avait déposé la plainte, se voir ainsi ouvrir la possibilité de demander des dommages et intérêts aux Etats-Unis. Ces derniers envisagent de faire appel.

SUCRE. Le sucre blanc a bien grimpé ces derniers jours sur le marché de Londres, touchant ses plus hauts en quatre mois et demi. Car, il ne faut pas s’y tromper : les prix du sucre demeurent relativement faibles par rapport aux autres matières premières. Ce qui, aujourd’hui, attire les placements. Le ministre brésilien de l’Agriculture n’a-t-il pas déclaré cette semaine que la demande intérieure brésilienne en éthanol progresserait de 20% l’année dernière, stimulée par des voitures flex de plus en plus nombreuses et par l’attrait que représente cette matière première énergétique peu onéreuse ?

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