21 juin 2018 - 11:30 |

Sur le marché du coton, "d'ici le 6 juillet bien des choses peuvent changer..."

Cela tombe mal ! Depuis le début de la décennie, la Chine s'applique à réduire ses stocks stratégiques de coton et avec succès : ils sont passés de 5 millions de tonnes (Mt) en 2011/12 à environ 1 Mt cette année. Maintenant, ayant atteint cet objectif et face à une consommation croissante, Pékin a annoncé le 12 juin  relever de 200 000 tonnes (t), à 1,4 million de tonnes (Mt), ses prévisions d'importations "hors OMC" sur la campagne 2018/19. En effet, la consommation progresserait de 1,2%, pour atteindre 8,4 Mt, alors que la production chuterait de 5,8% en raison, notamment, d'une réduction de superficies, à 5,6 Mt. Le marché s'attendait même à ce que la Chine annonce des importations plus élevées,  de l'ordre de 1,5 à 2,5 Mt. Selon Tim Bourgois qui dirige la plateforme coton chez Louis Dreyfus, la Chine pourrait importer entre 2 et 3 Mt chaque année d'ici 2019/2020, soit 10 à 15 Mb.

Jeudi dernier, la Chine a annoncé son premier quota d'imports, de l'ordre de 800 000 t pour 2018, sur lequel s'applique des taux glissants de droit d'import. Rappelons que c'est la première fois depuis 2013 que la Chine décide d'importer du coton sur une base commerciale. Certes, la Chine importe chaque année 840 000 t à un taux réduit mais ceci s'inscrit dans le cadre de ses engagements auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC, lire nos informations).

Ce nouveau quota de 800 000 t ira entièrement aux filatures privées qui doivent déposer leurs demandes de tonnage d'ici le 29 juin. Ils devraient obtenir leurs quotas et l'avoir entièrement utilisées d'ici la fin de l'année, selon un trader.

Qui va fournir la Chine ?

En toute logique, cela aurait dû être les Etats-Unis qui règnent en maître sur l'approvisionnement de coton à la Chine depuis une décennie, qui auraient dû se tailler la part du lion de ce nouveau volet d'achats chinois (lire nos informations). Mais la guerre commerciale entre les deux géants est passée par là : ripostant à la décision de Washington d'augmenter les taxes à l'import sur $ 50 milliards de biens chinois, Pékin a annoncé taxer à 25%, dès le 6 juillet, un certain nombre de produits américains arrivant sur son territoire, dont le coton (lire nos informations).

En toute logique, le coton américain se trouverait donc hors jeu. Mais le sera-t-il réellement car le président américain Donald Trump pourrait bousculer à nouveau le débat. Sinon, la Chine pourrait se tourner vers l'Australie et le Brésil car leur coton est propre, ramassé mécaniquement, proche des standards nord-américains.

L'Inde aux manettes mais quid de l'Afrique ?

Sinon, il y a l'Inde dont le coton est moins propre mais la Chine à l'habitude de travailler le coton indien. New Delhi devrait, donc, être un des grands gagnants. D'ailleurs, il a déjà signé pour livrer 85 000 t (500 000 balles) à la Chine. Les contrats ont été conclus en ce début juin alors qu'habituellement les exportateurs indiens le font au démarrage de la campagne, soit vers la fin du mois d'août, après avoir estimé la taille de la récolte. Rappelons qu'en Inde, le coton est semé avec l'arrivée de la mousson en juin et récolté à partir de la fin du mois de septembre. Selon Chirag Patel, directeur général de la société d'export Jaydeep Cotton Fibres, ce coton indien a été vendu à la Chine entre 86 cents et 92 cents la livre (lb) C&F pour livraison en novembre et décembre. Mais, poursuit-il, l'Inde pourrait exporter, au total, jusqu'à 340 000 t (2 millions de bales de 170 kg chacune) à la Chine en novembre et décembre car le coton indien, précise-t-il, est environ 10 cents moins cher que d'autres exportateurs comme les Etats-Unis et le Brésil. Une analyse qui ne fait pas l'unanimité car "l’écart entre le coton indien et les autres s’est considérablement contracté du fait de la faiblesse de l’offre et des problèmes de qualité en Inde", souligne un trader.

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Déjà, sur 2017/18, Atul Ganatra, président de l'Association du coton en Inde (CAI), estime que les exportations  indiennes augmenteraient de 30% pour atteindre un plus haut en quatre ans à 7,5 millions de balles, notamment grâce à la baisse de 8% de la valeur de la roupie depuis janvier 2018. Du 1er octobre à fin mai, le pays avait déjà exporté 6,3 Mb. Sur 2016/17, le pays avait mis sur le marché mondial 5,82 Mb. Et sur la prochaine campagne, certains estiment que les exportations indiennes pourraient être multipliées par  cinq (lire nos informations), ses clients traditionnels étant le Pakistan, le Bangladesh, la Chine et le Vietnam. Rappelons que la consommation indienne aurait progressé de 5,3% en 2017/18, à 32,4 millions de balles, avec des stocks en fin de campagne prévus passer en dessous de la barre des 2 Mb.

Quid de l'Afrique ? A-t-elle une carte à jouer ? "Pas la moindre idée et je ne pense pas que quelqu’un puisse le savoir à ce stade", confie un trader à CommodAfrica. "D’ici le 6 juillet, bien des choses peuvent changer…".

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