22 janvier 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

L’annonce par le président Obama d’une réforme des banques d’investissements secoue les marchés

(22/01/10)

L’annonce hier par le président Obama de nouvelles règles visant à restreindre les activités à risque des banques d’investissement a eu l’effet d’une bombe sur les marchés internationaux de matières premières. Les propositions du président américain, qui sont encore soumises à l’approbation du Congrès, prévoient entre autres que les banques et les institutions financières détenant des banques ne soient plus autorisées à posséder des fonds de capital investissement ne profitant pas directement à leurs clients, ni à y investir ou à les soutenir. Des réformes qui pourraient contraindre des banques comme Goldman Sach ou JP Morgan, tous deux gros intervenants sur les marchés de matières premières, à céder une partie de leurs fonds de capital-investissement.
Les prix du pétrole et des métaux ont plus accusé le coup que les matières premières agricoles qui, pour la plupart, ont des fondamentaux très haussiers.

Cacao. Les prix du cacao sur les marchés à terme continuent leur ascension, accusant sur la seule journée d’hier une progression de £ 23 à Londres. Le facteur monétaire a été de la partie, la livre sterling perdant du terrain face à l’euro ce qui a renchérit le prix du cacao en monnaie européenne. A ceci se sont greffées des perspectives d’arrivages d’Afrique de l’Ouest en baisse, confirmant l’hypothèse d’une quatrième année consécutive de déficit en Afrique. Si la cause ivoirienne était entendue dans les milieux du cacao, en revanche, plus la situation évolue, plus il semblerait que le Cocobod du Ghana sera dans une position délicate pour honorer ses contrats au printemps et en été. De son côté, l’industrie est mal couverte en prix et en différentiel, souligne un trader, et ceux qui ont l’habitude d’entrer tard sur le marché ont des surprises.
On note, par ailleurs, un léger désintérêt pour l’origine Nigeria car c’est un cacao de presseur et les presseurs se sont ravitaillés en fèves dans les stocks des marchés à terme, du cacao filiérisé car il était disponible et meilleur marché. Les beurriers, quant à eux, ont pris du Nigeria –plus abondant- à la place du Ghana. En effet, le Nigeria est le seul pays d’Afrique de l’Ouest à avoir eu de bonnes pluies et, par conséquent, sa récolte sera plus étalée sur l’année.
D’autre part, on assiste à une baisse des prix du beurre de cacao car les opérateurs ont réduit leur demande face aux prix qui avaient grimpé, suivant en cela les cours de la fève, et ils se sont tournés vers des matières grasses végétales de substitution comme l’huile de palme ou encore le beurre de karité.
Quant au marché de la poudre, il n’existe pas véritablement de substitut pour obtenir l’arôme. Par conséquent, la demande demeure et les industriels doivent continuer à presser pour avoir cette poudre, tout en sachant que la demande sera faible. A l’exception de la poudre du Cameroun dont la belle couleur rouge est très appréciée.
Les broyages nord-américains de cacao au dernier trimestre 2009 ont baissé de 0,02% par rapport à la fin 2008, à 111 986 tonnes, selon les chiffres de la National Confectioners Association. En Europe, sur ce même dernier trimestre de l’année dernière, les broyages avaient augmenté de 0,6%, à 351 316 t, selon l’association européenne du cacao basée à Bruxelles.

Café. La plupart des cafés ont enregistré une baisse de leurs cours sur le marché du physique, le Robusta du Togo sur février/mars perdant $ 50 la tonne entre les 14 et 21 janvier tandis qu’il glissait de $ 20 pour une livraison d’avril à mai. La seconde position du Vietnam, toujours sur le marché physique, a baissé de $ 40 la tonne. En revanche, l’Arabica du Brésil ou encore du Costa Rica ont gagné quelques points, sur fond de marché assez calme.
Dans les pays de production, notons que le Kenya a créé sa propre marque d’Arabica, Mount Kenya, a annoncé mercredi le Coffee Board. En effet, plus de 95% du café du Kenya est exporté sous forme de grains verts, sans aucune marque distinctive ni appellation. Si le pays n’est pas un grand producteur, avec 50 000 t annuelle en moyenne, les torréfacteurs apprécient son café qui se mélangent bien. L’Ethiopie voisine a déjà perçu des droits pour trois de ses marques et a signé des accords de distribution avec des multinationales.
De son côté, le Burundi devrait récolter 30 000 t durant sa campagne 2010/11, soit 361% de plus que les 6 500 t récoltées en 2009/10 grâce à une pluviomètre favorable et à l’utilisation d’intrants, selon Evariste Ngayempore, directeur général de la nouvelle autorité de régulation du café, ARFIC, anciennement OCIBU.

Caoutchouc. Le prix du caoutchouc naturel, à l’instar de nombreuses autres matières premières notamment industrielles a chuté de 3% aujourd’hui sur le marché directeur de Tokyo, suite à l’annonce par Barack Obama de sa réforme bancaire. L’euro a chuté à son plus bas en neuf mois face au yen.
Le marché cette année devrait être boosté par une économie chinoise qui est à nouveau des plus dynamiques. Le marché automobile en Chine a enregistré une progression de 45% l’année dernière avec 13,64 millions automobiles vendues. En décembre, rapporte le quotidien français Les Echos, les Chinois faisaient la queue à la porte des concessionnaires automobiles pour acheter leur voiture. La Chine est, bien évidemment, le plus important consommateur de caoutchouc naturel au monde !
Quant au premier producteur mondial, la Thaïlande, il devrait exporter 2,8 Mt en 2010, en très légère hausse seulement par rapport à 2009.

Céréales. Le blé n’est pas à la hauteur des attentes des opérateurs sur le marché. Son prix à Chicago a déjà baissé de 8,4% depuis le début de l’année, prenant par surprise les investisseurs qui s’attendaient plutôt à une envolée des cours sur 2010 avec des fonds d’investissement et spéculatifs qui se seraient portés à l’achat. Cette semaine, le boisseau s’échangeait à moins de $ 5 sur le Chicago Board of Trade et les prix devraient encore chuter car les stocks grossissent et les fonds s’intéressent plutôt à d’autres marchés. Le raffermissement du dollar a en outre contribué à plomber le marché.
L’USDA estime les stocks mondiaux de fin de campagne 2009/10 à 195,6 Mt alors qu’en décembre, il avait avancé le chiffre de 190,9 Mt. Pour sa part, le Conseil international des céréales estime que la production mondiale devrait chuter de 21 Mt, à 653 Mt en 2010 car les superficies ensemencées sont moins importantes. Toutefois, la récolte cette année devrait être la troisième la troisième plus importante de l’histoire.
En Afrique du Sud, les agriculteurs ont délaissé le blé pour le maïs et la récolte devrait donc être inférieure à ce qui était anticipée. Déjà, pour 2009, la récolte de blé a été revue à la baisse, à 1,95 Mt contre les 1,98 Mt attendues. Pour sa part, la sécheresse menace la production de maïs au Zimbabwe alors qu’un million d’hectares a été ensemencé contre 900 000 ha l’année dernière.

Huile de palme. La réforme bancaire annoncée cette semaine par Barack Obama a également plombé le marché à terme de l’huile de palme à Kuala Lumpur, marché directeur. Les prix de l’huile ont glissé de 1,3% aujourd’hui, portant à 8% la chute de son prix depuis le début de l’année. Les raisons ? Des stocks mondiaux élevés et la politique chinoise de restriction du crédit. En Malaisie, numéro 2 mondial, les stocks sont au plus hauts depuis 13 mois car l’Indonésie lui a expédié de très importants volumes avant que n’entre en vigueur une nouvelle taxe à l’exportation.
En outre, à l’approche de son Nouvel An lunaire, la Chine s’est calmée dans ses achats : ses entrepôts portuaires ne recèlent certes pas les 600 000 t qu’ils avaient enregistré en juillet dernier, mais ils comptent tout de même 350 000-400 000 t après deux mois d’achats frénétiques fin 2009.

Sésame. Actuellement, les acheteurs chinois recherchent des graines de sésame du Mali pour embarquement février/mars mais n’en trouvent guère, les vendeurs maliens essayant de faire grimper davantage les cours, souligne un trader.

Sucre. Les marches du sucre ont également été impactés vendredi par l’annonce d’une réforme bancaire par le président Obama. Mais la veille, ils avaient touché à New York, donc sur le sucre roux, leur niveau le plus élevé en 29 ans : le marché a frôlé les 30 cents la livre. A Londres, le sucre blanc a touché le record de $ 767 la tonne. Et cette course effrénée du sucre (les prix ont déjà doublé l’année dernière) ne devrait pas se calmer, selon les analystes. Les fondamentaux justifient ces prix, notent les experts de Rabobank.

Thé. Aux ventes aux enchères hebdomadaires de thé à Nairobi cette semaine, les prix se sont inscrits en légère baisse à $ 4,20 le kilo de Broken Pekoe Ones (BP1s) contre $ 4,44 la semaine dernière. Rappelons qu’à la mi-décembre, le record de $ 5,45 le kilo avait été atteint.
En moyenne sur l’année, le prix moyen, tous thés confondus, avait été de $ 2,7 le kilo, en hausse par rapport aux $ 2,3 en moyenne en 2008. La filière devrait encore connaître une bonne année : la production devrait progresser de 15% avec des prix stables.

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