22 septembre 2014 - 00:00 |

Ebola: alerte sur la planète

La Sierre Leone a levé à minuit hier soir sa mesure de trois jours d’assignation à résidence de sa population, 6 millions d’habitants, dans le cadre de ses mesures de combat et de sensibilisation à l’épidémie d’Ebola. Menée par 30 000 volontaires, cette campagne était destinée à informer la population sur la maladie, les bonnes pratiques pour l’éviter, à distribuer un savon à chacun des 1,5 million de foyers qu’ils devaient visiter, mais aussi d’alerter les services spécialisés s’ils découvrent des malades ou des morts. L’opération, hors norme, a permis de découvrir 60 à 70 nouveaux morts.

Au Liberia, où l’épidémie a fait les plus grands ravages à ce jour (1 450 morts), les mesures de sensibilisations sont difficiles à faire passer. Les actions entreprises pour stopper la propagation du virus restent entravée, par exemple, par des pratiques funéraires dangereuses, rapportent des responsables du secteur de la santé. Dans les communautés traditionnelles, les cadavres, hautement infectieux, sont encore bien souvent lavés, contaminant du coup des personnes saines. Dès le 8 septembre, l’OMS avait averti que le Liberia allait enregistrer ”plusieurs milliers de nouveaux cas” à brève échéance.

Au total, tous pays confondus (et des cas se trouvent au Cameroun, en RD Congo, entre autres), plus de 5 300 personnes seraient à ce jour infectées, 2 630 décès étant recensés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), essentiellement en Sierra Leone (562 décès), Guinée et Liberia, selon les Nations Unies.

Ebola en haut de l’agenda de l’Assemblée générale de l’Onu

Aux veilles de l’ouverture, ce mercredi à New York, de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Conseil de sécurité a été réuni d’urgence jeudi dernier et a adopté une résolution ”historique” qualifiant Ebola de ”menace à la paix et à la sécurité internationales”. ” Alors que la maladie se propage”, a déclaré le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon, ”une vérité se fait évidente: aucun de nous n’est à l’abri de la menace que pose l’Ebola et nous devons tous faire partie de la riposte.” . Rappelons que la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola, identifiée tout d’abord en Guinée, remonte à 6 mois.

Vendredi, à l’unanimité, le feu vert a été donné au Secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, pour constituer d’urgence une mission avec cinq objectifs prioritaires : mettre un terme à l’irruption, traiter les personnes infectées, fournir des services de base, maintenir la stabilité et prévenir l’irruption de la maladie dans les pays qui ne sont pas encore touchés. M. Ban Ki-moon a annoncé que le siège de cette mission sera à Accra, avec des bureaux dans chacun des trois pays principalement touchés par la maladie, à savoir le Liberia, la Guinée et la Sierra Leone. Ebola est un des thèmes centraux de l’Assemblée générale de l’Onu, aux côtés de la lutte contre l’Etat islamique et les négociations sur le programme nucléaire iranien. La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, qui devait y prendre la parole, a finalement renoncé à se rendre à New York pour se consacrer à la crise.

Selon l’OMS, qui précise que 70% des personnes frappées sont des femmes, l’épidémie augmente à un rythme exponentiel : jusqu’à 20 000 personnes pourraient être infectées au cours des prochains mois. Selon son Secrétaire général, il faudra multiplier par 20 les efforts actuels et débloquer un milliard de dollars au cours des six prochains mois pour répondre aux besoins essentiels. La protection des travailleurs sanitaires doit, en outre, bénéficier de la plus haute priorité afin d’empêcher la transmission de la maladie.

L’inquiétude que suscite la fièvre hémorragique à travers le monde a été de nouveau illustrée ce week-end: l’Inde a annoncé le report du 3è Sommet Inde-Afrique prévu à New Delhi en décembre, auquel devaient assister des représentants de 50 pays africains. Quant à l’Espagne, un deuxième missionnaire catholique contaminé par le virus a été rapatrié de Sierra Leone, tandis que la France a rapatrié du Liberia, dans la nuit de jeudi à vendredi, une volontaire de Médecins sans frontières.

Les Etats-Unis déclarent la guerre au fléau

Pour sa part, mardi dernier, le président américain Obama avait déjà qualifié le fléau comme étant une menace pour le monde entier et a annoncé l’envoi de 3 000 soldats dans la région, comprenant des soldats, des ingénieurs et du personnel médical (coût: $ 1 milliard, selon un porte-parole du Pentagon). Le commandement régional et le centre de contrôle seront à Monrovia, commandés par le général Darryl Williams qui y est arrivé mardi. Au Sénégal, une plateforme est établie pour recevoir et dispatcher hommes et matériel. Dix-sept centres de traitement équipés de 100 lits chacun, avec du personnel américain, doivent être mis en place, entre autres mesures.

Quant à la France et l’Allemagne, vendredi, ils ont décidé d’établir un pont aérien pour fournir de l’aide en Afrique de l’Ouest. Il s’agit de médicaments, de matériel médical, de couvertures, de tentes. Deux centres de soins, chacun de 50 lits, devraient s’ouvrir : le centre français en Guinée, l’allemand au Liberia.

De son côté, l’Union européenne (UE), qui a également depuis plusieurs jours déclaré l’épidémie comme une menace contre la santé mondiale, s’est engagée à consacrer € 147 millions pour combattre le fléau. Suite à une réunion de haut niveau, lundi dernier 15 septembre, il a été décidé du ” traitement des patients infectés et des mesures destinées à endiguer l’épidémie, tout en renforçant les systèmes de soins de santé et en améliorant la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et l’assainissement. Des laboratoires mobiles européens sont déployés dans la région pour aider à établir des diagnostics, à confirmer les cas d’Ebola et à former des techniciens de laboratoire. Le Liberia et la Sierra Leone bénéficieront, en outre, d’une assistance financière sous la forme d’un appui budgétaire destiné à les aider à fournir des soins de santé et à renforcer leur stabilité macroéconomique face aux grands défis économiques découlant de la crise.”.

En Afrique, dans les pays voisins, des mesures de prévention et d’information battent leur plein. La Côte d’Ivoire se prépare depuis des mois et a fermé le 23 août ses frontières terrestres avec la Guinée et le Liberia. Mais le degré d’inquiétude a franchi un nouveau cran avec l’arrivée du virus dans un district libérien frontalier de la Côte d’Ivoire, rapporte RFI. La Cedeao incite à l’ouverture de couloirs humanitaires et économiques, comme l’a préconisée la Côte d’Ivoire début septembre, et l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) a proposé son aide pour que deux points de passage soient ouverts, l’un avec la Guinée, l’autre avec le Liberia, indique RFI. ”Nous proposons de faire, en préfabriqué, une sorte de salle avec un équipement minimum : une table, une armoire, le matériel pour prendre la température”, a expliqué docteur Xavier Crespin, directeur de l’OOAS à notre confrère. ”On placerait un infirmier et, un agent d’hygiène et d’assainissement, qui vont se relayer avec une autre équipe, de façon quotidienne. Au cas où il y a un cas suspect, on a prévu également un véhicule sur place qui permettrait, tout de suite, de transporter la personne dans le centre le plus proche où des dispositions meilleures sont prises.

Des prix alimentaires qui flambent

L’épidémie a – et continuera à avoir – des conséquences majeures sur l’agriculture et l’alimentation (voir nos informations). La Guinée, la Sierra Leone et le Liberia sont tous des importateurs nets de céréales, ce dernier étant le plus dépendant des approvisionnements externes, souligne la FAO. La fermeture de certains postes frontaliers et l’isolement des zones de frontières entre les trois pays (ainsi que la diminution des échanges dans les ports, principale voie d’entrée des grosses importations commerciales) entraînent une contraction des disponibilités et une hausse importante des prix alimentaires. En Sierra Leone, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 30%, selon Ahmed Nanoh, secrétaire exécutif de la Chambre d’agriculture interrogé par foxnews. Selon des données de la FAO publiées en août, le prix du manioc au Liberia avait fait un bond de 150% sur les seules deux premières semaines d’août. La fermeture des frontières avec les pays voisins a une incidence majeure.

L’impact est tous azimuts. Ainsi, les maisons internationales de négoce du cacao qui, traditionnellement, envoient des personnes sur le terrain pour compter les cabosses sur les cacaoyers afin d’établir des prévisions de récolte, y ont renoncé : sept exportateurs de cacao interrogés par Reuters fin août, avaient déclaré avoir annulé les déplacements en Côte d’Ivoire en août et septembre, ce qui affecte considérablement les informations sur la prochaine récolte. Plus grave encore, les planteurs, proches des frontières avec les pays affectés, pourraient vouloir quitter leurs terres.

Sur d’autres filières, et selon la FAO, la production de maïs et de riz cette prochaine campagne pourrait être gravement impactée et les pénuries alimentaires s’aggraveraient ces prochains mois, notamment en raison de ces hausses de prix que la situation a déclenché. La FAO, début septembre, avait annoncé l’envoi de 65 000 t de nourriture à distribuer à près de 1,3 million de personnes affectées par le virus.

Outre l’impact agricole et alimentaire direct, l’épidémie a considérablement ralenti l’arrivée de touristes, mais aussi d’hommes d’affaires ou encore des membres de la diaspora. ”Les revenus sont en baisse, le niveau des réserves en devises est en baisse, les marchés ne fonctionnent plus, les avions n’atterrissent plus, des projets sont annulés, des hommes d’affaires sont partis – ceci est très, très dommageable,” avait souligné le patron de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka.

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