23 février 2017 - 23:00 |

La Chronique Matières du Jeudi (23/02/2017)

Malgré l’annonce par la Réserve fédérale américaine de sa volonté de mener “assez vite” une hausse des taux, hausse attendue depuis des mois maintenant par les marchés, le dollar termine la période sous revue en légère baisse face à l’euro. Ceci dit, les acteurs sur les marchés avaient plutôt leur attention porté sur la déclaration du secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, qui prévoit une croissance de 3% aux Etats-Unis fin 2018, avec de "grands changements économiques" dont une réforme fiscale qui serait présentée en août.

CACAO

Le prix du cacao demeure à son plus faible niveau en plusieurs années, avec pour toile de fond une récolte en Côte d'Ivoire qui pourrait être record cette campagne 2016/17, à plus de 2 millions de tonnes (Mt), selon des prévisions d'exportateurs et de compteurs de cabosses contactés par Reuters. La production issue de la récolte principale atteindrait 1,4 Mt tandis que la récolte intermédiaire serait de 500 000 à 550 000 t.

Le ministre ivoirien de l'Agriculture lui-même, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a admis dans un communiqué publié hier qu'environ 350 000 t de cacao avaient été revendues aux enchères, un volume provenant de contrats en défaut suite à la chute des cours mondiaux et de la non couverture des exportateurs mais aussi d'une "sous-évaluation de la production sur la campagne principale" (lire nos informations ). Il a aussi annoncé que le gouvernement allait procéder à un audit de la filière. Rappelons que le Conseil du café-cacao (CCC) avait lancé fin décembre des ventes aux enchères spot, anticipant les défauts.

Selon des exportateurs et camionneurs, environ 20 000 t de cacao seraient en train de se détériorer dans les ports d'Abidjan et de San Pedro : ils ne trouveraient pas preneurs et ne seraient pas entreposés dans des conditions adéquates, le taux d'humidité étant de ce fait très élevé, occasionnant d'importantes moisissures.

Une situation qui conduirait à alimenter les exportations frauduleuses de Côte d'Ivoire vers les pays limitrophes, au premier chef desquels le Ghana où le kilo de cacao serait acheté à FCFA 900 le kilo, selon un planteur interrogé par Reuters.

Au 19 février, les arrivages de fèves aux deux ports ivoiriens totaliseraient 1 227 000 t depuis le démarrage de la campagne, le 1er octobre, contre 1 195 000 t sur la même période l'année dernière, selon des chiffres donnés par des exportateurs.

Le Ghana où les acheteurs agréés se plaignent d'attendre des semaines avant que le Cocobod ne leur alloue des avances afin qu'ils puissent aller acheter le cacao auprès des planteurs. Rappelons que, bien avant que ne démarrent les campagnes cacaoyères, le Cocobod lève des fonds ($ 1,8 milliard cette année) sur le marché international afin de pouvoir avancer à la vingtaine d'acheteurs agréés et détenteurs de licence, les sommes nécessaires à l'achat du cacao. Selon un acheteur interrogé par Reuters cette semaine, la dernière avance versée remonterait au 27 janvier. Toutefois, des traders néerlandais, basés au Ghana, auraient indiqué ne pas avoir constaté de baisses de volumes acheminés du Ghana car les entrepôts aux deux ports ghanéens seraient bien fournis.

En définitive, le cacao a clôturé à £ 1 609 la tonne hier soir sur le marché à terme à Londres, parti de £ 1 627 vendredi dernier, et à $ 1 995 la tonne à New York contre $ 2 000 vendredi.

Selon les prévisions de Goldman Sachs, le prix du cacao baisserait de $ 400 à New York d'ici 3 mois à $ 2 000, pour s'établir à $ 2 200 d'ici 12 mois.

CAFÉ

Le café Robusta termine la période sous revue, en baisse sur le marché à terme de Londres, après que le président du Brésil, Michel Temer, ait suspendu l'autorisation d'importer du Robusta pour approvisionner les industries locales, la production locale ne suffisant pas. L'importation de café vert aurait été une première pour le premier producteur mondial de café mais qui est aussi le deuxième consommateur mondial. Une décision saluée par les producteurs locaux de Robusta qui ont toujours été hostiles à toute importation, arguant que l'offre nationale était en baisse mais suffisante. Le pays devait importer 1 million de sacs de 60 kg de Robusta du Vietnam d'ici fin mai, avec un droit d'importation de 2%.

Une annonce qui a fait chuter de $ 46 le Robusta à Londres dans les toutes premières minutes d'ouverture du marché ce matin. Mercredi soir, la tonne d'Arabica a clôturé à $ 1,509 la livre à New York contre $ 1,4955 vendredi, et le Robusta à $ 2 161 la tonne à Londres contre $ 2 174.

Le Cameroun a exporté 24 500 t en 2015/16 contre 23 865 t la campagne précédente, a annoncé mardi l'Office national du cacao et du café (ONCC). Une hausse liée, selon l'ONCC, à la mise à disposition des producteurs de 2,9 millions de plants de café, ce qui aurait permis d'étendre de 1 600 ha les superficies de Robusta et de 700 ha celles d'Arabica. La transformation locale a fait un bond, passant de 448 t en 2014/15 à 3 786 t en 2015/16, notamment en raison d'une hausse de la consommation nationale.

CAOUTCHOUC

Après une folle envolée des cours, la tendance est à la baisse cette semaine. Les contrats à terme sur le Tokyo Commodity Exchange (Tocom) ont enregistré mercredi une sixième séance consécutive de baisse blessés par les cours à Shanghai et l’atténuation des craintes sur l’approvisionnement en caoutchouc après les inondations thaïlandaises. Toutefois, le contrat de février, qui a expiré mercredi, a terminé au plus haut niveau depuis 2011 pour un contrat expiré à 331 yens le kilo reflétant la baisse des stocks de caoutchouc dans les entrepôts du Tocom. Le contrat de juillet a clôturé à 289,5 yens ($2,56) le kilo.

Le contrat de caoutchouc le plus actif sur la bourse de Shanghai a également baissé de 305 yuans pour terminer à 20 040 yuans ($2 914,27) la tonne. « Le marché de Shanghai a été sous pression à mesure que les stocks ont augmenté et que les investisseurs ont pris leurs bénéfices après le récent rally » a déclaré Jiong Gu, analyste chez Yutaka Shoji Co. Les stocks de caoutchouc dans les entrepôts certifiés par Tocom ont chuté à 1 674 tonnes à partir du 10 février, le plus bas depuis août 2010, a déclaré la porte-parole de Tocom. « Des stocks plus faibles sur le Tocom vont limiter les pertes sur les contrats à court terme à Tokyo, mais si Shanghai continue à baisser, le benchmark de Tokyo pourrait aussi baisser à moins de 280 yens », a-t-il ajouté.

Les cours sur le Tocom ont baissé d’environ 20% depuis le plus haut ce cinq ans atteint le mois dernier.

Côté entreprise, Bridgestone Corp, le premier fabricant mondial de pneus, estime que les prix du caoutchouc naturel resteront élevés au premier semestre 2017, mais ils devraient ensuite chuter progressivement, selon une déclaration du directeur financier Akihiro Eto.

Les importations de caoutchouc naturel de l'Inde ont chuté de 39% à 24 093 tonnes en janvier par rapport à janvier 2016, selon le Rubber Board, les fabricants de pneus ayant réduit leurs achats à l'étranger suite à la hausse des prix mondiaux. La production du pays a augmenté de 27% pour atteindre 66 000 tonnes par rapport à l'an dernier. Quant à la consommation, elle est demeurée pratiquement inchangée en janvier à 84 000 tonnes.

COTON

Après un week-end de trois jours, les cours étaient très timidement haussiers pour ensuite légèrement glisser mercredi, le premier jour d’avis de livraison du contrat de mars. Le contrat de mars a clôturé à 75,49 cents la livre, celui de mai à 75,49 cents.

En dépit de bonne performance du coton, la banque néerlandaise Rabobank demeure « fondamentalement baissière» sur les cours compte tenu du niveau actuel des stocks et de la consommation. Toutefois, la Chine devrait démarrer en mars les ventes aux enchères de ses réserves et d’après les rapports elle devrait vendre les stocks de 2012/13, ce qui « est une bonne nouvelle pour les exportateurs car la faible qualité de ce coton nécessitera un mélange avec une fibre de meilleure qualité, probablement hors des États-Unis et / ou en Australie ». De plus, la démonétisation de l'Inde continue d'être un problème pour les marchés internationaux car elle réduit les volumes. Enfin, les ventes à l'exportation aux États-Unis ont toujours été fortes, mais les annulations tardives sont toujours possibles, ajoute la banque.

La Chine a importé 114 900 tonnes de coton en janvier, en hausse de 20,2% par rapport à janvier 2016, selon la China Cotton Association.

Aux Etats-Unis, les agriculteurs sèmeront encore plus de coton et de soja que ce que les investisseurs avaient anticipé, encouragés par la faiblesse des prix de céréales qui devraient conduire à une superficie en blé à un plus bas, a estimé le département américain de l’Agriculture (USDA) dans son Forum annuel sur les perspectives qui lance formellement les estimations de 2017/18. Ainsi, le coton, comme le soja, devrait résister à la tendance à la baisse des semis, les producteurs réagissant à la hausse des prix en 2016. Les superficies s’accroitraient de 1,4 million d’acres à un somment de 4 ans à 11,5 millions d’acres. Pour le coton, «les prix escomptés et les rendements demeurent compétitifs par rapport aux autres cultures, y compris le maïs, le soja et le sorgho».

HUILE DE PALME

Production croissante et faiblesse des exportations ont fait baissé les prix de l’huile de palme jeudi prenant le chemin d’une cinquième session de pertes sur six. Mercredi, les cours avaient gagné environ 1%, cassant quatre séances précédentes de baisse, mais a perdu près de 9% depuis le début de la semaine. A ces fondamentaux s’ajoute la baisse des prix de l’huile de soja. Après avoir augmenté en janvier avec le Nouvel an lunaire, les exportations d’huile de palme ont reculé de 0,8 % entre le 1er et le 20 février selon Intertek Testing Services. Toutefois, la Société Générale de Surveillance estime qu’elles ont progressé de 1,7%.

Côté entreprise, Olam et Might Earth ont signé un moratoire de 12 mois pour la suspension de la déforestation au Gabon. Les deux parties se sont accordées sur deux principes : le premier repose sur la pratique d’un modèle développement agricole responsable qui soutient la conservation des forêts tout en abordant la réduction de la pauvreté et la création d'emplois au Gabon et à d'autres pays de couvert forestier. Tandis que le second repose sur la nécessité pour les négociants d'huile de palme de renforcer collectivement les incitations pour les fournisseurs en Asie du Sud-Est, afin qu’ils évitent la déforestation et l’exploitation abusive des travailleurs ou des communautés. En contrepartie de cet accord, l’ ONG américaine a accepté de mettre un terme à sa campagne contre les opérations de palmier à huile et de caoutchouc d’Olam sur la période et de lever sa plainte au Conseil pour la bonne gestion des forêts (FSC).

RIZ

Les prix du riz indien ont chuté alors que la demande de l'étranger a baissé tandis que les prix au Vietnam ont augmenté, certains commerçants ayant accéléré leurs achats pour achever leurs commandes d'exportation signées en février.

En Inde, les prix du riz étuvé 5% ont baissé de $3 la tonne cette semaine pour s'établir à $373 -$378 la tonne alors que les exportations ralentissaient après des semaines de forte demande. « Les acheteurs africains réduisent leurs achats après avoir acheté activement ces dernières semaines ... Les prix ont fortement augmenté au cours du dernier mois comparé aux prix en Thaïlande et au Vietnam », a déclaré un exportateur basé à Kakinada dans le sud de l'Inde.

L'Inde, premier exportateur mondial de riz, devrait produire un record de 108,86 millions de tonnes de riz pour la campagne agricole 2016/17, a annoncé mercredi le ministère de l'Agriculture.

« La baisse des prix à l'exportation du riz indien est limitée. La roupie s’est fortement apprécié au cours des dernières semaines limitant la marge des exportateurs », a déclaré un négociant basé à Mumbai.

Au Vietnam, le Viet 5% a augmenté à $350-$ 355 la tonne contre $345-$350 la semaine précédente. « La récolte a commencé timidement alors que certains commerçants sont prêts à payer un prix plus élevé pour compléter leurs contrats précédemment signés avec les Philippines », a déclaré un négociant basé à Ho Chi Minh. Toutefois, les prix pourraient tomber dans les deux prochaines semaines lorsque le Vietnam entrera pleinement dans la récolte qui durera jusqu'à fin mars.

En Thaïlande, les prix étaient stables à environ $350-$355 la tonne pour le Thaï 5%.

SUCRE

Le sucre a légèrement perdu en début de séance ce matin mais demeure à des niveaux élevés qui, toutefois, ne parviennent pas à franchir la barre psychologique des 21 cents la livre. Hier soir, le sucre roux à New York a clôturé à 20,68 cents sur l'échéance mai après avoir touché un pic à 20,94 cents, tandis que le blanc a terminé à $ 560,50 la tonne.

Peut-être est-ce en raison de l'annonce mardi par l'Organisation internationale du sucre (OIS) d'une révision à la baisse du déficit sur la campagne 2016/17, déficit qui ne serait pas de 6,19 Mt comme initialement annoncé mais de 5,869 Mt. Un niveau qui demeure élevé et ce d'autant plus qu'il s'ajoute au déficit de 2015/16 estimé maintenant à 5,359 Mt. Mais en 2017/18, on reviendrait à l'équilibre, voire à l'excédent, mais les prix demeureraient fermes car les stocks mondiaux chuteraient de 11,1 Mt. Le ratio stock/consommation ne serait que de 43,78% en 2016/17, son plus faible niveau depuis 2010/11.

Côté production, on s'inquiète d'un hiver très sec en Europe, ce qui pourrait retarder l'ensemencement des betteraves sucrières.

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