23 octobre 2009 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Cacao, graines de sésame, caoutchouc, sucre, clous de girofle, tous à la hausse

(22/10/09)

Bois. Le démarrage de ce quatrième trimestre n’apporte guère de changement à la situation du marché du bois, constate le dernier rapport de marché de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). L’Afrique de l’Ouest continue à exporter essentiellement vers l’Asie, avec quelques ventes pour des sciages sur les marchés du Proche Orient et d’Afrique du Nord, mais à des prix extrêmement compétitifs. Parmi les Européens, les Italiens demeurent les plus actifs. Mais là encore, comme sur le reste du marché, les prix sont âprement négociés.
Les grumes d’Azobé sont vendues principalement en Chine car la demande européenne demeure faible. Parallèlement, les Européens recherchent de plus en plus du bois certifié, souligne l’OIBT, qui est plus difficile à sourcer et se révèlent moins intéressant pour des acheteurs, du moins pour l’instant.
La demande européenne pour des sciages demeure toujours très faible. Il semblerait que les affaires reprennent quelque peu avec l’Afrique du Sud, mais ça reste à être confirmé. La demande émanerait davantage de la Chine pour des sciages d’Okoumé mais cela évolue très lentement. Les exportateurs ouest-africains semblent avoir fait leur deuil d’une demande européenne qui aurait repris à l’automne et en hiver. Globalement, l’intérêt manifesté à l’égard des sciages demeure très faible et les exportateurs se concentrent plutôt sur la demande de grumes émanant de Chine et d’Inde.

Cacao. Le cacao est au plus haut depuis 30 ans, tant sur les places boursières de Londres que de New York et ce sur deux séances consécutives. Les raisons sont, bien entendu, d’ordre structurel avec des fondamentaux haussiers qui n’ont guère évolué. Mais surtout, la récente spirale est intimement liée aux considérations monétaires et à la baisse de la livre sterling face au dollar. La Deutsche Bank serait toujours à l’achat dans le cadre d’un rééquilibrage global de son portefeuille.
Dans ce contexte de prix élevés, la multinationale Nestlé a déclaré aujourd’hui vouloir aider les pays producteurs à produire davantage. En effet, la consommation de chocolat a doublé ces deux dernières décennies et sur ces cinq dernières années, elle a progressé de 14%. Or, face à cela, la plupart des pays africains producteurs ont vu leurs rendements baisser, notamment en raison de vergers vieillissants. Aussi le groupe suisse s’est-il engagé à consacrer 110 millions de francs suisses, soit $ 109 millions, à des « initiatives durables » dans la filière cacaoyère au cours de la prochaine décennie. Ceci comprend la fourniture de plants résistant aux maladies ce qui, selon Nestlé, pourrait permettre d’accroître les rendements de 50 à 200%. En outre, des formations seront proposées aux producteurs afin qu’ils se familiarisent avec de pratiques culturales modernes, ce qui devrait conduire à de grandes améliorations dans la qualité du cacao qu’ils produisent, a précisé Nestlé.

Café. Le café a perdu aujourd’hui, en réaction aux marchés financiers et au raffermissement du dollar. Mais globalement, c’est « toujours le même scénario », souligne un trader, avec des achats par Deutsch Bank sur le marché de New York, pour des raisons de rééquilibrage de portefeuille. Globalement, l’activité sur le marché est confinée au « hand to mouth », c’est-à-dire des achats en fonction et à la hauteur des besoins immédiats.
Le Robusta n’évolue guère. Il est délaissé par les fonds, avec un manque de visibilité et une activité qui se concentre sur le début de l’année 2010. A noter que le marché cherche toujours à comprendre l’achat de 100 000 t par le négociant Armajaro au Vietnam. L’exportateur de café vietnamien Intimex aurait ainsi conclu un accord avec les traders Armajero et Louis Dreyfus pour leur vendre près du cinquième de la récolte vietnamienne. Le prix de la transaction serait à définir ultérieurement, a souligné une source non citée.
Côté pays producteurs, en Côte d’Ivoire, la campagne 2009/10 pourrait chuter de 50% à 100 000 t par rapport à la dernière campagne, selon un directeur achat d’une entreprise export de café. En effet, les planteurs se détourneraient de la caféiculture, lassés des prix faibles et préférant se tourner vers des cultures plus rentables. L’année dernière, le prix bord champ a chuté à FCFA 125 le kilo contre une moyenne de 500 à 600 ces trois dernières années. 2008/09 aurait été une catastrophe. Certains planteurs se retrouvent encore avec du café sur les bras car personne n’en a voulu et les prix étaient de toute façon trop faibles pour les producteurs.

Caoutchouc. Les cours du caoutchouc naturel sur le marché à terme de Tokyo ont aujourd’hui enregistré des prix au plus haut en un an, réagissant en cela à la progression des cours du pétrole. Rappelons que le grand concurrent du caoutchouc naturel est le caoutchouc synthétique fabriqué à partir de dérivés de produits pétroliers. D’ailleurs, les trois plus importants producteurs de caoutchouc au monde, la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie, ont décidé hier 21 octobre de lever les restrictions à l’exportation de leur caoutchouc qu’ils s’étaient imposés en décembre, voulant alors soutenir les prix. Mais, depuis décembre dernier, lorsqu’ils étaient tombés à $ 1,10 le kilo soit leur plus faible niveau en sept ans, les prix ont quasiment doublé.
La Société internationale de plantation d’hévéas (SIPH) en Côte d’Ivoire s’en félicite (lire notre précédent article) : les cours, rappelle son directeur général Olivier de Saint-Seine, ont retrouvé un niveau satisfaisant au second semestre, soutenus par la baisse de la production et les signes de reprise du marché automobile. Cette filiale du groupe franco-ivoirien SIFCA, détenue à 20% par le manufacturier français de pneumatiques Michelin, table toutefois sur un chiffre d’affaires 2009 en baisse par rapport à l’année précédente. La SIPH avait publié un CA 2008 de 269,2 millions d’euros. Entre leurs sommets de juillet 2008 et la fin novembre de la même année, les cours ont chuté de 52%.
Le rebond de ces derniers mois s’explique essentiellement par une production plus faible que prévu qui a joué favorablement sur les prix ainsi que par l’impact des aides publiques à l’automobile, notamment en Chine, premier consommateur mondial de caoutchouc. “L’augmentation de la production automobile est toujours un bon signe, même si ce qui est important en consommation de caoutchouc naturel c’est surtout le pneu poids lourds, génie civil et aviation”, note-t-il. Le secteur automobile représente 70% des débouchés du secteur.
La production de caoutchouc a pâti d’un hivernage (saison de production réduite) plus long que d’habitude, ainsi que de conditions climatiques défavorables en Thaïlande et en Indonésie, les deux premiers producteurs mondiaux qui extraient à eux deux plus de la moitié du caoutchouc naturel du globe. Selon le Groupe international d’études sur le caoutchouc (IRSG), la production mondiale avait décru de 3,7% sur un an à fin juin.
Mais, Olivier de Saint-Seine note que l’incertitude demeure sur la poursuite du rebond des cours. “On ne voit pas une reprise telle que ça puisse vraiment ‘booster’ les prix. Ceci dit, personne dans la profession n’envisageait de voir remonter les cours au-dessus de deux dollars (1,35 euro, ndlr)”, a-t-il déclaré, précisant que le seuil de rentabilité de la SIPH se situe entre 0,90 et un euro le kg.
Disposant de plantations d’hévéas dans quatre pays, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana et Liberia, la SIPH produit 120 000 t de caoutchouc chaque année, soit près d’un tiers de la production du continent africain (400 000 t). Michelin, partenaire de la SIPH depuis 2002 et actionnaire depuis 2006, représente à lui seul 40% des ventes du producteur. La SIPH prévoit de replanter annuellement 1 500 à 2 000 ha d’hévéas sur ses 49 000 ha de plantations.

Céréales. Malgré la hausse de l’euro, le blé sur Euronext a bénéficié de la hausse du blé américain et du maïs européen, ainsi que de la hausse globale des matières premières.
L’Office marocain des céréales (ONICL) a autorisé jeudi l’importation de 219 000 t de blé tendre européen dans le cadre d’un contingent d’importation à droits réduits réservé à l’Union européenne.
Pour sa part, l’Office algérien des céréales (OAIC) a acheté en fin de semaine dernière 300 000 t de blé meunier d’origine optionnelle au prix de $ 209 la tonne coût et fret. Les embarquements sont prévus en novembre et l’origine de la marchandise incertaine en raison du niveau de prix “plutôt attractif” de la transaction, ont-ils ajouté.

Clous de girofle. La récolte de girofle à Madagascar a démarré, avec une très faible performance dans le Nord Est, souligne Emmanuel Née de Sivanil. Il n’y aurait quasiment pas de produit dans le district de Moroantsetra et très peu dans celui de Mananara, deux régions importantes en terme de production, note le trader. Dans le Sud-Est, notamment dans les régions de Vangaindrano et de Farafangana, la production est au rendez-vous, mais en baisse de 50 à 60% par rapport à une récolte normale. Emmanuel Née estime la récolte de l’île à 3 500-4 000 t. Le prix FOB Tamatev avoisinerait actuellement les $ 4 100 à 4 150.
Au Brésil, la récolte serait également en baisse de 20% par rapport à l’année dernière. Les prix sont donc beaucoup plus élevés qu’il y a un an mais demeurent très compétitifs par rapport à l’origine malgache.

Oléagineux. FranceAgriMer a annoncé aujourd’hui que la production européenne de féverole en 2009 devrait avoisiner 420 000 t, avec des surfaces en hausse de près de 40 % par rapport à 2008 (85 000 ha), ce qui compense largement le recul des rendements par rapport au record de l’an dernier (4,8 t/ha contre 5,2 t/ha). La collecte 2009/10, estimée à 372 000 t, progresserait de 100 000 t par rapport à la campagne précédente. Les exportations, principal débouché, pourraient atteindre 270 000 t, dont 200 000 tonnes vers l’Egypte.

Sésame. Les prix des graines de sésame origine Afrique se raffermissent, principalement par manque de disponibilité des marchandises. Il reste peu d’ancienne récolte et la nouvelle accuse un retard. .

Sucre. Le sucre a terminé la période sous revue en baisse sur des ventes de contrat liées à un marché financier qui s’est rétracté et un dollar qui s’est repris quelque peu. Mais les fondamentaux demeurent haussiers : les pluies sont très fortes au Brésil et la forte position d’importateur de l’Inde sur 2010 semble se confirmer.

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