24 mars 2014 - 00:00 |

Ouverture de la 28ème Conférence de la FAO sur l'Afrique

Alors que la 28ème Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique s’ouvre aujourd’hui à Tunis, l’organisation rappelle que, certes, des progrès économiques conséquents ont été enregistrés avec des succès obtenus dans le secteur agricole,mais l’Afrique demeure le continent où la situation de la sécurité alimentaire est la plus précaire au monde, avec des niveaux relativement bas de productivité agricole, de faibles revenus ruraux et des taux élevés de malnutrition.

Aujourd’hui, sept économies à plus forte croissance du monde sur dix sont situées en Afrique, et le FMI estime que la croissance économique de l’Afrique subsaharienne sera de 6,1% en 2014. Toutefois, si entre 2000 et 2010, le PIB annuel total de l’Afrique a progressé en moyenne de 4,8% contre 2,1% la décennie précédente, les taux de croissance du PIB agricole n’ont été que de 3,2 et 3% respectivement.

Le continent a remporté une série de succès dans divers domaines de l’agriculture: intensification de la production d’aliments de base, variétés améliorées de bananes en Afrique orientale et centrale, variétés de maïs à haut rendement en Afrique orientale et australe, gains de productivité dans la culture du coton au Burkina Faso et au Mali et dans la théiculture et la floriculture en Afrique de l’Est.

La question est de savoir comment les dirigeants africains peuvent tirer parti de ces acquis en élaborant des politiques agricoles et fiscales stables encourageant l’investissement, conformément aux engagements pris dans la Déclaration de Maputo il y a 10 ans, et en renforçant les mécanismes de gouvernance et de responsabilité qui contribuent à une mise en œuvre plus systémique des politiques et programmes”, a déclaré Bukar Tijani, sous-directeur général de la FAO et Représentant régional pour l’Afrique. ”Ces actions sont déterminantes pour enclencher la transformation des capacités nationales pour une croissance et un développement agricoles soutenus et à grande échelle.

Tendances

L’évolution de la production vivrière par habitant a été globalement positive au cours des dernières décennies. En moyenne, la production agricole en Afrique a augmenté d’un peu moins de 1% par an, contre environ 2% dans les pays en développement. Si l’Afrique a connu une forte instabilité des prix alimentaires, la production vivrière par habitant a progressé à un rythme plus stable au fil des ans et la variabilité a été relativement faible par rapport à d’autres régions, comme l’Asie ou l’Amérique latine.

Pourtant, d’après ses estimations, les taux de pauvreté en Afrique ont affiché un léger tassement, passant de 56% en 1990 à 49% en 2010, 388 millions d’habitants demeurent dans une extrême pauvreté et environ 239 millions de personnes victimes de sous-alimentation chronique. La situation de la sécurité alimentaire au Sahel et dans la Corne de l’Afrique continue en particulier à susciter des inquiétudes.

En 2012, l’Afrique a réalisé les progrès les plus lents en matière de réduction de la pauvreté. Selon le Rapport 2012 des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), l’Afrique était en deçà de l’OMD 1 sur la pauvreté de 41%, contre 25 pour cent pour l’Asie du Sud et 6,1% pour l’Amérique latine.

Toutefois, onze pays africains ont déjà atteint la cible du premier Objectif du Millénaire pour le développement consistant à réduire de moitié la proportion de personnes affamées entre 1990 et 2015. Trois pays – Djibouti, le Ghana et Sao Tomé-et-Principe – ont en outre réalisé l’Objectif encore plus ambitieux du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 visant à réduire de moitié le nombre total de personnes sous-alimentées.

La chaîne de valeurs, la clé du dynamisme de demain

Afin de concurrencer les importations sur leurs propres marchés intérieurs et régionaux en pleine croissance, les agriculteurs africains et les entreprises agroalimentaires devront améliorer l’efficacité de la chaîne de valeur à tous les niveaux, a précisé la FAO.

L’Organisation a souligné qu’il existe un vaste potentiel d’accélération de la petite agriculture et de l’agroalimentaire en Afrique servant de base à la transformation et à la commercialisation du secteur.

Avec l’urbanisation rapide, quelque 40% de la population africaine vit désormais dans les agglomérations et consomme environ 50% de la nourriture totale, ce qui accroît l’importance des chaînes d’approvisionnement alimentaire rurales-urbaines.
Les responsables politiques devraient voir ce marché urbain comme une opportunité au moins aussi importante que le marché d’exportation, compte tenu du fait, entre autres, qu’il est plus accessible aux petites fermes familiales et aux entreprises, a souligné l’Organisation.

De nombreux exemples intéressants attestent de la croissance dynamique des chaînes d’approvisionnement campagnes-villes et des systèmes agroalimentaires à travers tout le continent, à savoir: les minoteries qui vendent le teff au détail sur les marchés d’Addis Abeba; la filière du mil au Sénégal avec l’essor de l’offre commerciale de mil conditionné et de mil associé à des produits laitiers pour le marché de Dakar et pour l’exportation; la chaîne d’approvisionnement en poulets dans les centres urbains du Nigéria, du Mozambique et de nombreux autres pays africains, donnant naissance à tout un éventail d’entreprises avicoles locales et régionales; et l’essor rapide des transformateurs laitiers liés aux petits agriculteurs au Kenya et en Zambie.

Il faut déployer des efforts concertés pour aider un plus grand nombre d’exploitations familiales pauvres en ressources à accéder aux intrants agricoles, à des conditions de crédit abordables, aux services ruraux et à la vulgarisation, pour leur permettre de tirer parti du marché en pleine croissance. Par ailleurs, des programmes innovants de protection sociale et de gestion des risques sont nécessaires pour répondre aux problèmes spécifiques des petits exploitants, a indiqué la FAO.
Maintenir l’élan du PDDAA

Dans le but de renforcer les contributions de la FAO à la mise en œuvre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) au niveau national, régional et continental, l’Organisation a lancé des activités importantes en 2013 visant à renforcer et aligner ses capacités sur les activités du PDDAA pour l’exercice biennal à venir.

En juillet 2013, la FAO a collaboré avec la Commission de l’Union africaine et l’Institut Lula à l’organisation d’une réunion de haut niveau à Addis Abeba sur le thème: “Vers une Renaissance africaine: un partenariat renouvelé en vue d’une approche unifiée pour en finir avec la faim en Afrique d’ici à 2025 dans le cadre du PDDAA”.

La Déclaration finale de la réunion de haut niveau, approuvée en janvier 2014 lors du Sommet de l’Union africaine, exhorte les chefs d’Etat africains à éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition sur le continent d’ici 2025. La feuille de route recommande des actions communes pour intégrer et concrétiser le “Partenariat renouvelé”, qui seront mises en œuvre principalement avec les ressources de la FAO et l’assistance des partenaires techniques et de développement.

Entre-temps, le Fonds africain de solidarité pour la sécurité alimentaire a été lancé durant la 38è session de la Conférence de la FAO en juin 2013. Il est actuellement doté de $ 40 millions pour offrir un premier soutien à des projets déployés en République centrafricaine, en Éthiopie, au Malawi, au Mali et au Niger. A ce jour, les principaux financements ont été octroyés par la Guinée équatoriale et l’Angola. Le Fonds est un des rares mécanismes novateurs de mobilisation de ressources impulsés par l’Afrique pour l’Afrique.

La Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique se déroule du 24 au 28 mars dans la capitale tunisienne. Au total, 54 Etats membres africains y participeront, dont seront représentés à l’échelon ministériel. Par ailleurs, plusieurs pays (Autriche, Chine, Espagne, Etats-Unis, France, Italie, Inde, Pays-Bas, République dominicaine, Royaume-Uni, Suède, Suisse, ainsi que le Saint-Siège seront présents en qualité d’observateurs.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +