24 novembre 2020 - 14:42 |

Hershey, coupable de la guerre du cacao ?

C’est Hershey ! Depuis plusieurs semaines déjà (lire nos Chroniques hebdomadaires La Chronique matières premières agricoles au 19 novembre 2020), on constate l’envol des prix du cacao sur l’échéance décembre à la Bourse de New York. En cause, des achats frénétiques de contrat de cacao sur décembre et c’est Hershey qui serait à l’origine de ce squeeze, a indiqué Bloomberg. Rappelons que sur ces marchés à terme, à l’échéance, le détenteur des contrats peut soit les « roller » sur de nouveaux contrats expirant plus tard, soit prendre physiquement livraison du cacao qui se trouve dans les entrepôts certifiés du marché à terme, l’ICE.

On s’arrache le cacao filiérisé

Depuis plusieurs semaines, on avait constaté l’envol de la prime sur ce contrat décembre, indiquant d’importants achats sur cette échéance. En effet, en achetant du cacao « filiérisé », c’est-à-dire entreposé dans les entrepôts certifiés de l’ICE, l’acheteur de fèves évite de payer les $ 400 de différentiel de revenu décent (LID en anglais) imposé par la Côte d‘Ivoire et le Ghana sur leur cacao qui sort du pays depuis le 1er octobre, démarrage de la campagne 2020 /21. Bien entendu, il existe d’autres pays producteurs de cacao au monde que la Côte d‘Ivoire et le Ghana mais les deux leaders représentent tout de même 62% de la production mondiale et leur qualité de fèves en fait la base de la grande majorité de la confection mondiale de chocolat par les agroindustriels.  

En d’autres termes, pour se procurer du cacao ivoirien ou ghanéen sans payer les $ 400 de prime la tonne, le géant de la confiserie américaine Hershey -et d’autres- achète à tour de bras des contrats de cacao sur l’échéance décembre sur le marché à terme de New York. Et c’est ce qui a fait flamber le différentiel : les contrats sur décembre -donc les contrats spot- étaient de plus de $ 250 supérieurs aux échéances mars. Entre les 13 et 16 novembre, ils ont bondi de 13,4% (lire notre Chronique de vendredi dernier). « Les achats sont tellement massifs que Hershey s’est vu accorder une autorisation spéciale du marché boursier », rapporte Bloomberg. Et lorsque l’échéance décembre a expiré vendredi, les achats filiérisés se sont portés sur l’échéance mars, faisant à son tour flamber celle-ci : sur la seule journée d’hier, le contrat mars a gagné 2,3% à $ 2 774 la tonne, son prix le plus élevé depuis le mois de février. Le squeeze est bien là…

 

Source : Reuters

Hershey se défend

Les livraisons sur le marché à terme ont atteint 30 000 tonnes (t) soit en livraisons normales à partir des entrepôts certifiés, soit au travers de négociations privées entre acheteurs et vendeurs. Et ce, à la barbe d’Abidjan et d’Accra et du différentiel de $ 400…

Hershey se défend de toute manœuvre, soulignant que « Ces calculs et suppositions sur des volumes relèvent de la spéculation et ne sont pas exacts. Le cacao à la bourse de New York est plus vieux et date d’avant la mise en place du différentiel de revenu décent. En outre, la plupart du cacao sur la Bourse de New York n’est pas du cacao ouest-africain. Comme nous le disons depuis longtemps, nous achetons de nombreuses origines partout à travers le monde », a expliqué un porte-parole de Hershey à Reuters.

Mais quid de l’après ? La Côte d’Ivoire et le Ghana sont, certes, omniprésents avec leur 62% de l’offre mondiale mais il reste toute de même 38%.... « Quelle est la manœuvre suivante dans la guerre du chocolat ? », s’interroge Judy Ganes de Ganes Consulting aux Etats-Unis, rapporte ZeroHedge.com/ABC Media. « Il y a beaucoup d’autre cacao disponible sur le marché. Les acheteurs peuvent utiliser la Côte d‘Ivoire comme source résiduelle, drainant l’autre cacao moins cher avant. »

Ce sont donc la Côte d’Ivoire et le Ghana qui se retrouveraient dans une position vulnérable car d’une part, le cacao abonde cette campagne, d’autre part, du fait de la Covid essentiellement, la demande mondiale en chocolat diminue. Combien de temps encore Abidjan et Accra vont-ils pouvoir tenir avant de se résigner et de baisser le différentiel de $ 400 ? Ou alors faudrait-il un cartel du cacao, un Opep de la fève, mais sans la faille de l’Opep, c’est-à-dire qui rassemblerait vraiment tous les pays producteurs de cacao. C’est bientôt la période du Père Noël…

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