24 novembre 2020 - 14:14 |

Les marchés agricoles plus forts que la Covid, selon Rabobank

« La flambée des matières premières agricoles en 2020 a défié toutes les attentes et s’est montrée immunisée aux conséquences économiques et sociales de la Covid », souligne Rabobank dans son étude sur les perspectives 2021 paru ce matin, « Outlook 2021 : Bull waves don’t break ».

 

« 2020 a été une année comme nulle autre, mais les filières agricoles ont bien résisté, permettant à l’approvisionnement alimentaire mondiaux de rester intact durant la pandémie malgré la constitution de réserves tant par les pays que par les consommateurs », explique Stefan Vogel, stratégiste et chef des marchés matières premières.

 

La raison ? Les paquets fiscaux et monétaires accordés par les gouvernements pour soutenir leurs marchés et qui ont incité les spéculateurs à délaisser quelque peu le marché obligataire pour se porter sur les matières premières agricoles. Ainsi, des volumes records de contrats à termes agricoles ont été achetés cette année, exacerbant la montée des cours. A ceci s’ajoute une bonne demande chinoise, qui n’a pas failli notamment sur le maïs et le soja, ainsi que la crainte des répercussions du phénomène météorologique La Nina sur les cultures un peu partout à travers le monde, tandis que -troisième ingrédient, selon Rabobank- de nombreux pays ont voulu s’assurer d’une disponibilité alimentaire adéquate en gonflant leurs achats pour stocker.

 

Ainsi, entre les mois de juin et octobre, durant 22 semaines consécutives, les spéculateurs ont augmenté leurs positions longues nettes. Une situation de la poule et de l’œuf ! En augmentant leurs positions longues, et donc en pariant sur une hausse durable des cours, ils alimentent cette même hausse. Le Bloomberg Agriculture Spot Index, qui comprend neuf produits agricoles, a augmenté de 28% depuis le mois d’avril, atteignant son niveau le plus élevé en quatre ans, des hausses menées par le blé, le maïs, le soja et le sucre.

 

Le café est un des rares produits agricoles dont la demande a baissé en 2020, la première fois depuis 1995. La production, de son côté, n’a pas été impactée par la pandémie, avec une récolte record au Brésil. Si Rabobank estime que la demande devrait progresser de 2% en 2021, son niveau demeurera en dessous de ceux de 2019. Par conséquence, les stocks mondiaux de café vont gonfler mais pas nécessairement les stocks certifiés dans les bourses de marchandises, ce qui pourrait conduire à « des turbulences de prix sur les marchés à terme en 2021 ».

 

Quant au sucre, la demande a été freinée même si la production a fortement augmenté car, au Brésil notamment, la canne est allée davantage à la production de sucre que d’éthanol car les prix du pétrole étaient faibles. Par conséquent, Rabobank perçoit la campagne 2020/21 comme relativement équilibrée alors qu’auparavant on s’attendait à un déficit important. « Mais avec le redressement de l’économie mondiale au deuxième semestre 2021, les prix du sucre et de l’éthanol pourraient rebondir. »

 

Le prix du blé a atteint son niveau le plus élevé depuis 2014 alors que, curieusement, les stocks mondiaux augmentent sur 2020/21. Sans doute est-ce parce que la demande devrait demeurer élevée les pays voulant faire des stocks importants.

 

Un mot du soja dont le prix a chuté le plus fortement de toutes les matières premières agricoles en 2020. En effet, depuis deux ans les récoltes sont pléthoriques et, dans le cadre de la guerre commerciale sino-américaine, les prix ont chuté en-deçà des coûts de production aux Etats-Unis. Mais, les prix se sont redressés, remontant à un plus haut en quatre ans à la suite d’énormes achats chinois qui devraient se poursuivre en 2021. De façon générale, Rabobank souligne combien les filières agricoles ont témoigné « d’une résilience incroyable en 2020, avec seulement des retards mineurs dans certains ports et des difficultés très localisées ».

 

Quant à 2021, la banque néerlandaise spécialisée hésite à dessiner une tendance. Les relations sino-américaines vont sans doute continuer à être très tendues, la valeur du dollar américain devrait progresser ce qui signifiera que les produits agricoles américains seront meilleurs marchés. Mais le real brésilien devrait aussi se raffermir. Advienne que pourra.

 

 

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