25 février 2020 - 16:14 |

Les élites détournent l’aide publique au développement selon une étude de la Banque mondiale

L’aide publique au développement est souvent interrogée, questionnée, notamment quant à son efficacité. Mais objet de détournement et d’enrichissement des élites comme le suggère une étude de la Banque mondiale, c’est moins courant et qui plus est pour une institution dont l’objet est de financer des projets de développement et de fournir des aides budgétaires aux pays en développement !

L’étude intitulée « L’aide financière accaparée par les élites » (Elite Capture of Foreign Aid) réalisée par trois économistes du département de recherche de la Banque mondiale démontre qu’en moyenne 5% de l’aide financière octroyée par la Banque mondiale aux 22 pays dépendants de l’aide (aide annuelle supérieure à 2% du PIB) couvert par l’étude se retrouvent dans des paradis fiscaux. Parmi ces 22 pays, une majorité (18) se situent en Afrique [1]. Mais ce taux monte à 15% pour les pays fortement dépendants de l’aide (aide annuelle supérieure à 3% du PIB), soit 7 pays de l’échantillon.

Autrement dit « notre estimation clé suggère que pour une aide équivalente à 1% du PIB, les dépôts dans les paradis fiscaux progressent de 3,4% … avec un taux de fuite moyen implicite d’environ 7,5% » indique les chercheurs de la Banque mondiale.

Pour réaliser cette étude, les auteurs ont croisé des données sur les décaissements de l’aide de la Banque mondiale et les dépôts étrangers de la Banque des règlements internationaux (BRI). « Nos résultats documentent de manière claire et solide que les décaissements d'aide sont associés à l'accumulation de richesse dans les comptes offshore ». Les sommes incriminés sont sûrement sous-estimées car l’étude ne prend en compte que les transferts vers des comptes off-shore « sans intégrer les possibles dépenses en immobilier ou en biens de luxe” estiment les auteurs.

L’étude suggère aussi, mais sans le démontrer, que ce détournement de l’aide financière relève des élites des pays concernés. « S'il est plus difficile d'identifier le mécanisme précis par lequel les apports d'aide provoquent des sorties de capitaux vers les paradis, la capture de l'aide par les politiciens et les bureaucrates au pouvoir est un élément saillant et plausible ».

 

[1] Les vingt-deux pays couverts sont : l’Afghanistan, l’Arménie, le Burkina Faso, le Burundi, l’ Erythrée, l’Ethiopie, le Ghana, la Guinée Bissau, la Guyane, la République du Kirghize, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, l’Ouganda, le Rwanda, Sao Tomé et Principe, la Sierra Leone, la Tanzanie et la Zambie.

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