26 mars 2007 - 21:51 |

Le pari ivoirien sur l’escargot géant, l’agouti, le miel et le lapin

Le pari ivoirien sur l’escargot géant, l’agouti, le miel et le lapin

Dr. Louis Ketremindié,
Sous-directeur chargé des élevages non conventionnels au ministère de la Production Animale et des Ressources Halieutiques_

(26/03/07)

L’escargot géant africain est au début de sa phase d’élevage en Côte d’Ivoire. Dans le passé, l’escargot était ramassé dans les champs. Malheureusement, avec le développement des cultures, nous sommes en train d’enquêter sur le territoire de ses escargots qui ont besoin de forêts primaires, à l’ombre des grands arbres pour se développer. Aussi, ils ont besoin d’une humidité constante et permanente, avec des températures en dessous des arbres allant de 28 à 29°C. En saison sèche malheureusement, on a constaté qu’il y avait des pénuries. Notamment durant toute la période allant de décembre à février, on ne trouve pas un seul escargot sur le marché.
Etant donné que c’est une denrée très prisée dans les restaurants et les maquis, on a décidé d’en faire l’élevage pour pouvoir en mettre à disposition tout le long de l’année.
Pour l’instant, les escargots sont commercialisés sur les grands marchés en Côte d’Ivoire, à Abidjan notamment. Les commerçants débarquent avec des sacs remplis, ils déversent sur les tables et font leurs prix. On a demandé à pouvoir en exporter car on a constaté que sur des marchés européens notamment, en France et en Belgique que je connais, beaucoup de nos compatriotes qui sont expatriés demandent à manger des produits du terroir. Lorsque l’escargot arrive, comme l’agouti, la demande est tellement forte qu’il y a toujours rupture. Donc nous avons décidé d’élargir la base de production en augmentant le nombre de producteurs. Ceux-là pourront donc mettre à disposition un certain nombre d’escargots en vue de l’exportation.
Donc, il existe deux types d’escargots : les escargots sauvages et d’élevage. En dehors des périodes de ramassage, les producteurs arrivent à mettre aujourd’hui environ 70 000 escargots sur le marché. Mais lorsque les premières pluies arrivent, il y a une concurrence entre l’escargot d’élevage et l’escargot sauvage, celui qu’on ramasse dans les champs. Ceux-là sont moins chers.
Nous voulons donc valoriser l’escargot d’élevage pour la contre saison, c’est-à-dire la période de novembre à février, lorsque l’escargot naturel entre en hibernation. Il est alors impossible à trouver.

CommodAfrica : Il existe différentes variétés d’escargots…

Louis Ketremindié : Oui, il existe différentes variétés et toutes ne se consomment pas. Nous avons trois variétés consommables, mais en élevons deux variétés. Le genre Achatina qui est l’escargot que nous avons ici au Salon de l’Agriculture (voir photo, Ndlr) et le genre Archachatina que nous appelons aussi le « gros rouge ».

Ce sont des sociétés privées qui font l’élevage d’escargots ?
Nous avons dénombré 8 producteurs-éleveurs qui ont des enclos actuellement. Il y en avait plus avant mais ils ont dû abandonner leurs installations en zones sous contrôle des Forces Nouvelles. Avant la guerre, on dénombrait 64 producteurs-éleveurs. On avait différents projets qui avaient contribué à l’installation de producteurs. Mais ces installations en zones de guerre ont été abandonnées.

Existe-t-il une réglementation qui détermine une taille minimale en deçà de laquelle on ne peut pas les ramasser ?
La réglementation est de fait. Car les gens n’aiment pas les petits escargots chez nous. Donc en dessous d’une certaine taille, l’escargot n’a pas de valeur. Après 4 à 5 mois d’élevage, ils vont peser entre 40, 50 voire 60 gr. Un escargot géant adulte, qui a au-delà de 21 mois, peut peser jusqu’à 400 gr. Sur le marché, on a différent prix. Grosso-modo, on les trouve entre 3 et 5 euros le kilo (poids vif)

Actuellement, des escargots ivoiriens sont-ils exportés ?
Nous avons depuis 2006 l’autorisation d’exporter des mollusques vers l’UE. Ce sont des particuliers qui font le commerce avec des partenaires qui sont établis à Paris, métro Château Rouge par exemple. Certains sont expédiés à Anvers : des boutiques exotiques vendent toutes sortes de produits africains dont des escargots vivants et des agoutis. Mais l’essentiel est consommé sur le marché national ivoirien.

Outre le marché de la diaspora en Europe, essayez-vous de capter d’autres segments de marché ? Est-ce que cela implique ou impliquerait une modification dans la façon dont les escargots sont élevés ?
Une étude de marché est peut-être à faire. En fonction de la demande, on peut toujours adapter l’offre…. Aujourd’hui, nous exportons environ 35 000 à 40 000 escargots par an. Ce n’est pas beaucoup. Rappelons que la production d’escargot d’élevage atteint 70 000. Mais lorsque nous sommes en période pluvieuse et qu’il y a du ramassage, on peut se retrouver avec 300 000 à 400 000 escargots sur le marché.

Le commerce des escargots pourrait-il être développé en se basant sur ses qualités nutritionnelles ?
Oui. Des études ont été faites par le professeur Zongo Daniel de l’Ecole Supérieur d’Agronomie en Côte d’Ivoire, mais n’ont pas été publiées. Nous savons que l’escargot contient très peu de lipides. Or, ce sont dans les lipides et dans les dérivés de lipides que se trouve le cholestérol. D’autre part, étant donné que l’escargot doit synthétiser et fabriquer sa coquille, la coquille est essentiellement du calcaire, soit du calcium. Donc il y a du calcium, du phosphore, du potassium pour faire sa coquille. Il reste ainsi un résidu important dans la chair. Et nous savons que le couple calcium/potassium est le facteur régulateur du rythme cardiaque.
Enfin, la présence de phosphore, avec le calcium et le calcaire entrent dans la fertilisation et la stabilisation des sols. Ce qui explique que l’escargot présente un intérêt indéniable en agroforesterie.

Hormis les escargots, y-a-t-il d’autres produits non conventionnels qui se développent bien ?
Dans les élevages non conventionnels, nous avons aussi l’élevage d’agouti. C’est un gros rongeur, c’est le plus gros d’Afrique. On l’appelle agouti ou viande de brousse. Il est très demandé aussi avec un prix d’environ 12 euros le kilo.
D’autre part, nous faisons l’élevage d’abeille. En 1976, nous avons eu le soutien de la coopération d’Israël pour créer le Centre d’apiculture de Katiola, dans le Centre Nord du pays. On a formé plusieurs apiculteurs mais malheureusement tous ne se sont pas installés. Et ceux qui se sont installés n’ont pas poursuivi. Donc on est obligé de recommencer. Mais il existe de nombreuses associations d’apiculteurs.
La production de miel est surtout destinée au marché national. Nous souhaitons développer l’exportation et récemment nous avons été contactés par des entreprises locales pour exporter. D‘ailleurs un de nos producteurs était venu au Congrès de l’apiculture française en 2004 et il a eu des contacts. On lui a demandé de fournir 20 t de miel par an. Mais il n’a pas eu assez de ressources et n’a pas pu réunir ce volume. En Côte d’Ivoire aujourd’hui, la production ne dépasse pas 10t.
Le miel ivoirien est à base de café car il est produit sous les pieds des caféiers. Il est aussi produit à partir de bois sauvage, de karité, d’anacarde ou encore de fleurs de manguiers. Cela donne un goût très particulier au miel. Et, par exemple, le miel à bas de café a les vertus du café : il éveille et donne du tonus.
Ou sinon, il y a aussi la cuniculture. On l’a classé dans l’élevage non traditionnel alors que l’élevage de lapin existe depuis longtemps. Mais cet élevage n’était pas encadré. Maintenant on l’a intégré dans un groupe d’élevage non conventionnel pour assurer son suivi.

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