26 mai 2011 - 10:49 |

Le partenariat G8-Afrique offre l’opportunité de revitaliser l’agriculture

Fan Shenggen, directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), livre son analyse dans un communiqué

(26/05/2011)

Lorsque les dirigeants du G8 se réuniront à Deauville (France), du 26 au 27 mai pour leur sommet annuel, une de leurs priorités sera de renforcer leur partenariat avec l’Afrique, notamment en ce qui concerne les objectifs de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté, et le rôle crucial de l’agriculture pour les réaliser. Plus que partout ailleurs, ces questions sont pertinentes en Afrique subsaharienne, où l’agriculture représente 30 à 40 du Produit Intérieur Brut (PIB) total et près de 60 % des recettes d’exportation. De plus, elle est aussi la principale source de revenus et d’emplois pour de nombreux Africains, dont la plupart sont les citoyens les plus pauvres du continent.

Ces dernières années, de nombreuses promesses, renforçant l’importance de l’agriculture, ont été faites, tant par les autorités nationales que par la communauté internationale, afin de promouvoir le développement et de réduire la faim. Malheureusement, les décideurs, quel que soit leur niveau, ont rarement réussi à les tenir. Assurer le suivi des progrès dans la réalisation des engagements passés, tant ceux des bailleurs de fonds internationaux que des responsables politiques africains – doit également figurer parmi les priorités à discuter au sommet du G8 à Deauville. La sécurité alimentaire mondiale est confrontée à des défis de plus en plus importants, comme la hausse et la volatilité des prix alimentaires, l’augmentation du coût de l’énergie et le changement climatique ; nous ne pouvons donc pas nous permettre d’en rester au stade des bonnes intentions.

Reconnaissant le rôle central de l’agriculture dans la stimulation de la croissance économique et du développement dans tous les pays du continent, les dirigeants africains ont lancé en 2003 le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) et ont décidé d’allouer au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture. Bien que la plupart des pays ait certes enregistré des progrès dans la réalisation de cet objectif, moins d’une douzaine l’a atteint.

De 2000 à 2007, la dépense publique pour l’agriculture en Afrique subsaharienne, en pourcentage du PIB agricole – qui prend en compte la taille et l’importance relatives du secteur – a diminué, passant de 4,4 à 2,5 . Cependant, sur la même période, la dépense publique agricole dans la région a augmenté de 47 en valeur absolue, ce qui est significatif, mais nettement inférieur aux augmentations enregistrées dans les régions d’Asie de l’Est et du Pacifique et de l’Asie du Sud, qui ont respectivement augmenté leurs dépenses de 86 et 65 %.

Historiquement, les gouvernements africains ont dépensé bien moins pour l’agriculture que leurs homologues d’autres pays en développement, et le moment est venu d’inverser cette tendance. L’Afrique subsaharienne est la seule région du monde en développement où le nombre de pauvres en 2015 sera probablement supérieur à celui de 1990. Près de 30 % de la population continue à souffrir de faim et de malnutrition. En Afrique orientale et centrale, le pourcentage de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour a même augmenté au cours des vingt dernières années. Une reprise de l’agriculture à l’échelle du continent pourrait aider les pays à faire face à ces problèmes et leur permettre de tirer parti du regain d’intérêt mondial pour l’agriculture.

Après plus de deux décennies de manque d’intérêt, l’aide publique au développement (APD) consacrée à l’agriculture augmente progressivement. Les engagements de l’APD en faveur de l’agriculture qui étaient de 5 milliards de dollars EU au milieu des années 2000 ont doublé pour atteindre près de 10 milliards de dollars EU en 2009, et cela sans compter les contributions des bailleurs de fonds multilatéraux. Au cours de la même période, la part d’APD consacrée à l’agriculture a augmenté de 4 à 6 . Lors du sommet du G8 en 2009 à L’Aquila (Italie), les dirigeants mondiaux ont promis de donner 20 milliards de dollars pour renforcer la sécurité alimentaire et le développement agricole. Et l’an dernier, ils ont lancé un fonds multilatéral, le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, pour améliorer la production agricole, la productivité des cultures, et la sécurité alimentaire.

Malgré l’importance de ces engagements financiers, les défis demeurent. Tout d’abord, tant les bailleurs de fonds que les gouvernements africains doivent tenir leurs promesses. Deuxièmement, les investissements en agriculture doivent refléter les priorités nationales, s’inscrire dans une stratégie globale de développement, et s’accompagner d’une bonne gouvernance et de politiques efficaces. Enfin, il faudra toujours garder à l’esprit que l’affectation des dépenses agricoles est une considération tout aussi importante que leur montant.

Dans un monde où les ressources publiques sont limitées, voire rares, il est essentiel de donner la priorité aux investissements qui maximisent les bénéfices et l’impact sur le terrain. Chaque pays a des systèmes politiques et économiques, des dotations en ressources naturelles, et des conditions socio-économiques qui lui sont propres. Par conséquent, une stratégie uniforme pour l’ensemble du continent ne fonctionnera pas. Cependant, les recherches de l’IFPRI montrent qu’en général, les dépenses en recherche-développement pour l’agriculture, l’éducation et les infrastructures en milieu rural, et tout particulièrement en Afrique, les pistes rurales, ont démontré leur efficacité dans la promotion de la croissance agricole et dans la réduction de la pauvreté.

Si les dirigeants du G8 prennent leur partenariat avec l’Afrique au sérieux, ils doivent s’assurer, dans un esprit de redevabilité mutuelle, que les pays africains ont toutes les chances de tirer profit de l’immense potentiel de l’agriculture, et dans un premier temps, veiller à ce que les engagements antérieurs soient honorés. Avec des pays africains qui auront véritablement pris en main leur propre destin, l’agriculture pourra façonner le développement du continent et avoir sur celui-ci la contribution qu’on attend d’elle. En fin de compte, elle permettra d’améliorer la santé et le bien-être de tous ses habitants.

L’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) recherche des solutions durables pour éradiquer la faim et la pauvreté. L’IFPRI est l’un des 15 centres soutenus par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), une alliance de 64 États, fondations privées et organisations internationales et régionales. www.ifpri.org

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