26 juin 2009 - 00:00 |

La chronique Matières du Jeudi

Des changements de fond se dessinent

(26/06/09)

Cacao. Retournement de tendances hier sur les marchés mondiaux du cacao. En effet, après être tombé à un plus bas en quatre semaines, les cours ont grimpé de 2,1% sur des achats d’industriels et des couvertures à court terme d’investisseurs. Le mouvement s’est amorcé à Londres et New York lui a emboîté le pas. Les contrats américains étaient soutenus par la fermeté du sterling par rapport au dollar et par quelques rachats de découvert des fonds d’investissement.
Les bons chiffres du géant Barry Callebaut sont plutôt de bon augure pour le marché du cacao. Dans un communiqué de presse publié hier, le groupe suisse fait état de chiffres de ventes pour les neuf premiers mois au 31 mai 2009 de l’exercice 2008/09 en progression de 2,6% à 895 391 tonnes. Le volume des ventes a donc repris de l’élan, après avoir atteint un creux en novembre 2008. Au troisième trimestre, ces ventes se sont notablement accélérées en volume dans toutes les régions et tous les domaines pour afficher une augmentation de 8,8%, contrastant fortement avec le recul du marché mondial du chocolat. Cette croissance du volume des ventes est due à plusieurs facteurs, précise le groupe : fêtes de Pâques tardives, besoin de restockage des fabricants, artisans et distributeurs, développement dynamique de nouveaux marchés et poursuite de la mise en place de contrats de sous-traitance.
Quant aux pays producteurs africains, le Nigeria, quatrième producteur mondial, annonce de mauvais résultats : ses exportations ont chuté de 8% sur les neufs premiers mois de la campagne 2008/09, soit d’août au 30 avril par rapport à la même période la campagne précédente, selon les chiffres du Federal Produce Inspection Service (FPIS). Les expéditions sur la seule campagne principale, qui s’achève le 31 mars, ont chuté de 12,43%, à 116 778 t, alors que la campagne intermédiaire a démarré très fort le 1er avril : sur ce seul mois d’avril, les exportations ont quasiment doublé par rapport au mois d’avril 2008, à 10 286 t. Selon le négoce, la mauvaise performance sur la campagne principale serait à attribuer à la crise économique mondiale mais aussi à la crise énergétique au Nigeria.
Globalement et officiellement, le Nigeria exporte quelque 300 000 t de fèves par campagne, un chiffre considéré par certains comme très sous-estimé car nombre d’exportateurs ne déclarent pas leurs volumes. Un cacao dont 10 à 15% est exporté vers l’Europe en passant par le port nigérian de Calabar.

Café. Les cours du café ont beaucoup baissé ces quinze derniers jours, notamment face au peu d’intérêt manifesté par les torréfacteurs, mis à part quelques achats pour couvrir des besoins immédiats, souligne un trader sur la place parisienne. L’Arabica a ouvert la danse mais ses cours se sont plutôt stabilisés ces derniers jours, tandis que le Robusta chutait à son tour. Il a perdu quelque $ 200 la tonne ces huit derniers jours et ce malgré de nombreux problèmes au Vietnam que ce soit des défauts d’embarquements ou des problèmes de qualité. Les différentiels ont légèrement remonté. A Londres, hier, le Robusta pour une livraison en septembre a chuté de $10 à $1.325 la tonne et le contrat septembre pour l’Arabica a perdu 0,20 cent à $1,1915 la livre.
En Côte d’Ivoire, les arrivages auraient atteint 125 587 t au 21 juin, selon les estimations d‘exportateurs contre 61 367 t à la même période l’année dernière.
Quant aux exportations vietnamiennes, premier producteur mondial de Robusta, elles ont chuté en juin de 11,5% par rapport à juin 2008, à quelque 85 000 t. Toutefois, sur les neuf derniers mois, soit depuis le début de la campagne 2008/9, en octobre ce pays a exporté 982 300 t ou encore 16,37 millions de sacs, ce qui représente une progression importante de 20,7% ou encore de 16,37%, rapporte Reuters.

Caoutchouc. Sur le marché à terme de Tokyo, après être tombé mercredi à un plus bas en trois mois, à 150,5 yens le kilo, le caoutchouc naturel s’est inscrit à la hausse jeudi. Une hausse qui sera sans doute limitée car les opérateurs prendront leurs bénéfices avant le week-end, le yen se raffermit et la demande industrielle n’a pas encore repris.
A noter qu’hier, le premier producteur japonais de pneumatique, Bridgestone, a relevé de 24% ses prévisions de bénéfices pour 2009, tenant compte de la baisse des prix de la matière première.
Dans les pays producteurs, on peut noter des tendances lourdes qui peuvent être de bons présages pour l’Afrique. Ainsi, lors d’une conférence qui vient de se tenir, le ministre malaisien des Matières premières, Bernard Dompok, a souligné qu’au cours des 20 dernières années, les superficies consacrées au caoutchouc dans son pays avaient diminué de 82%, à 61 000 ha. En effet, les agriculteurs ont préféré se tourner vers la production d’huile de palme.
Rappelons que la Malaisie est le troisième producteur mondial de caoutchouc naturel, offrant au marché mondial la qualité SMR20, très prisée par les pneumatiquiers européens et asiatiques, notamment chinois. En 2008, ce pays a exporté 1,1 million de tonnes. A noter que ce pays n’a plus que 200 000 ha de terres agricoles encore disponibles….En outre, la plupart des producteurs de caoutchouc sont des petits fermiers dont l’âge moyen est de 63 ans.
La Malaisie pourrait donc voir sa place sur le marché mondial du caoutchouc naturel décliné
Parallèlement, les plantations d’huile de palme sont passées de 2,02 millions d’hectares au début des années 90 à 4,5 millions aujourd’hui.

Céréales. Le blé coté à Chicago comme sur Euronext a connu une nette tendance baissière ces derniers jours, chutant hier à son plus bas en 7 semaines. Les raisons de cette déprime ? Des stocks de fin de campagne qui sont élevés et la perspective de bonnes récoltes à venir, résume Natexis dans sa lettre hebdomadaire. En outre, les Etats-Unis ont exporté 5% de blé en moins la semaine dernière, à 361 800 t, par rapport à la semaine précédente.
Le maïs aussi chute sur les marchés mondiaux, touchant lundi un plus bas sur 3 mois.
En Afrique, la Zambie aurait exporté 200 000 t de maïs et 80 000 t de blé cette année, selon le ministre de l’Agriculture Brian Chituwo qui s’en félicite. Quant à l’Egypte, elle a effectué son premier achat de blé français au titre de la prochaine campagne de commercialisation 2009/10 qui débutera en juillet. Elle a acheté auprès de la maison de négoce Soufflet 60 000 t de blé français pour des embarquements entre le 16 et le 31 juillet au prix de $ 191,44 la tonne fob, a annoncé hier le GASC, principal acheteur de blé de l’Egypte.

Coton. Les prix à terme de la fibre de coton ont fini en hausse jeudi grâce à des rachats de découvert dans des échanges peu animés, car les intervenants attendaient le rapport du département américain à l’agriculture (USDA) sur les semis prévu pour la semaine prochaine. Le négoce s’intéressait particulièrement aux prévisions concernant le Texas, principal état de culture du coton et au taux d’abandon des fermiers confrontés aux difficultés climatiques dans l’état. Pour les traders, le faible volume des livraisons indique que le coton ne finira pas dans les entrepôts et entrera dans le circuit de commercialisation.

Oléagineux. Pour la première fois en quatre ans, la mousson en Inde devrait être inférieure à ces niveaux habituels. Une annonce qui a, de suite, fait grimper les cours de l’huile de palme de Malaisie car on considère que New Delhi devra donc acheter davantage sur les marchés mondiaux.

Riz. Le Vietnam, important fournisseur de riz en Afrique, a exporté 3,8 millions de tonnes au premier semestre de cette année, a souligné hier le gouvernement, ce qui représente une progression de 56,2% par rapport à la même période l’année dernière.
En Côte d’Ivoire, la fin de la grève des dockers a été accueillie avec soulagement car le mouvement avait, entre autres, bloqué les importations de riz ou du moins le déchargement des navires. Le site news.abidjan.net rappelle que ce pays consomme quelque 50 000 t de riz par mois et 150 000 t étaient demeurées bloqués à bord des navires. Au 31 mai, les stocks dans le pays n’étaient que de 60 000 t.
Sur le plus long terme, le Ghana se félicite de la volonté de l’USDA de soutenir la production locale dans quatre pays de la sous-région, à savoir le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et le Mali, avec pour objectif d’accroître de 30 000 t la production dans chacun de ces pays. Déjà, dans le nord du Ghana, dans le cadre de l’initiative « Riz d’urgence », chaque petit producteur se voit attribuer à un prix subventionné 12 kg de semences par demi-acre cultivé. Une initiative de African Rice Centre Catholic Relief Services (CRS) et du International Centre for Soil Fertility and Agricultural Services. Rappelons que le Ghana dépense chaque année $ 500 millions à l’importation de riz.
En Guinée, pour la campagne 2009/10, la Banque mondiale a mis à la disposition des riziculteurs des semences de riz Nerica. Répartis sur 1 420 ha, les producteurs de Kissidougou et de Guédékou ont obtenu 23 t, ceux de Macenta 20,8 t, ceux de N’Zérékoré 43 t et 14,2 t pour ceux de Beyla.
Au Mali, la situation est tendue car le 31 mai, la mesure d’exonération sur le riz que le gouvernement avait accordé pour trois mois a pris fin, souligne modernghana.com. La mesure d’exonération devait porter sur 400 333 t. Or, il semblerait que la mesure d’exonération n’ait bénéficié qu’à 26,12% de ce total, soit 104 560 t.

Sucre. Les contrats à terme sur le sucre se sont propulsés à un sommet de trois ans mercredi grâce aux achats des investisseurs et à des informations selon lesquelles l’Inde pourrait en importer davantage. En effet, le gouvernement indien a fait savoir que les précipitations de la mousson pourraient être plus faibles que prévu ce qui affecterait la production locale. Le contrat octobre pour le sucre brut a pris 0,15 cent à 17,13 cents la livre, son plus haut depuis juillet 2006.
Quant aux perspectives, l’offre de sucre en 2010 devrait continuer à être étroite, lit-on dans la lettre hebdomadaire de Natexis, mais le marché semble avoir bien pris en compte cette situation et le prix actuel la reflète. Il ne devrait guère aller plus loin. Ceci d’autant plus que l’Inde vient de réviser ses prix intérieurs et les raffineries devront acheter la canne un tiers plus cher au producteur. Ce qui incitera les producteurs à consacrer davantage de superficies à cette culture. Les importations devraient s’en voir réduites.
En tout état de cause, la prudence est de mise car les prix élevés ces derniers mois auront sans doute un impact sur la production à venir. Enfin, les analystes tirent les enseignements de leurs observations ces dernières années : l’Inde est en général un importateur net pendant 3 ans, suivi par trois autres années durant lesquelles il serait un exportateur net. Natexis préconise donc d’acheter la position juillet 2010 mais vendre juillet 2011.

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