27 avril 2015 - 00:00 |
à Yaoundé

Festicoffee 2015 : les femmes au secours du café

"En 1970, l'Afrique fournissait 30% des exportations mondiales de café… Aujourd'hui, à peine 10% pour faire vivre 50 millions de petits planteurs". Ces mots à l'entrée du stand de Café Africa au Festicoffee 2015, qui s'est tenu à Yaoundé du 23 au 25 avril, organisé par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), en disent long des défis qui se présentent à l'ensemble de la filière du Robusta africain. Des défis d'autant plus pesants que le marché mondial continue d'être porteur et que l'Afrique du Robusta s'inquiète de voir passer le train sans pouvoir le prendre, faute de volumes et de qualité.

​La production mondiale de café, Robusta et Arabica, est estimée à 141,9 millions de sacs de 60 kilos (Ms), en baisse de 3,3% par rapport à 2013/14, alors que la demande a été en 2014 (année calendaire) de 149,3 Ms en hausse de 2,3%, selon les chiffres de l'Organisation internationale du café (OIC). Le déficit est donc bien là, de 7,4 Ms, soutenant des prix mondiaux qui, certes, ont baissé en mars et avril, mais qui demeurent à des niveaux historiquement élevés sur l'ensemble du premier trimestre (voir le tableau de l'évolution des prix du café

).

S'agissant du Robusta, la production mondiale devrait baisser de 4,1% en 2014/15 alors que les exportations de janvier 2014 à janvier 2015 ont augmenté, à 44,95 Ms contre 44,03 Ms les douze mois précédents. La demande est donc bien là !

Une production africaine souvent confidentielle

En Afrique (voir le tableau de la production africaine du café  production_africaine_cafe.pdf ), seul l'Ouganda, premier producteur continental de Robusta, tire relativement bien son épingle du jeu mais avec une production de seulement 3,8 Ms (228 000 t) en 2014/15, en hausse certes sur 2013/14 mais moins bonne qu'en 2012/13. Un café de bonne réputation en terme de qualité, l'essentiel des Robusta poussant à une altitude de 1100 à 1200 m. En outre, la libéralisation du marché avec une concurrence entre transporteurs conjuguée à une efficacité accrue au sein de la filière ont permis de réduire le coût de transport FOT Kampala-FOB Mombassa de $ 250 la tonne à moins de $ 100 aujourd'hui, souligne John Schluter, directeur général de Café Africa, présent à Festicoffee. Autre facteur, "l'Ouganda commence à laver son Robusta pour améliorer sa qualité et réduire son acidité", se rapprochant ainsi des qualités gustatives de l'Arabica, souligne pour sa part Jérémie Kouassi, coordinateur du programme de relance caféière en Côte d'Ivoire et également présent à Yaoundé. Pour lui, le café lavé est l'avenir.

D'ailleurs, précise-t-il, la Côte d'Ivoire dans le cadre de son plan de relance pour atteindre 400 000 t d'ici 2020 mise sur sa nouvelle variété de café appelée "émergence" et dont les rendements atteindraient 3,5 t/ha ainsi que dans des stations de lavage afin d'améliorer sa qualité et donc son prix. Alors que le pays, n°1 africain, produisait encore 380 000 t en 2000, il ne dépasserait qu'à peine les 120 000 t en 2014/15, selon les chiffres de l'OIC.  "Les gens n'ont pas appliqué de bonnes pratiques agricoles et les rendements à l'hectare ont baissé. Et lorsque les prix ont baissé, les producteurs se sont tournés vers d'autres cultures, l'hévéa, le palmier à huile et même le cacao", explique Jérémie Kouassi.

Au Cameroun, c'est la débâcle… Selon l'OIC, la production atteindrait 475 000 sacs en 2014/15, soit 28 500 t, certes en hausse par rapport aux 24 780 t en 2013/14 mais rien à voir avec les 900 000 sacs de 2009. Selon Michael Ndoping, directeur général de l'Office national café cacao (ONCC),  la production nationale serait plutôt à 40 000 t en 2013/14, dont 37 000 t de Robusta et 3 000 t d'Arabica.

Loin derrière, se trouve le Togo avec une production redescendue à 100 000 sacs, soit 6 000 t. La productivité a chuté à 350  kg/ha… une misère ! Mais le Togo n'a guère à rougir face à ses confrères africains: la Côte d'Ivoire est également à 350 kg/ha alors que le Vietnam,  n°1 mondial du Robusta, caracole à 2,8 tonnes à l'hectare. Certes, les autorités togolaises entendent, elles aussi, redresser la filière ; le recépage est à l'ordre du jour, souligne Enselme Gouthon, secrétaire général du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) du Togo, également président de l'Association des cafés Robusta d'Afrique et de Madagascar (Acram), grand partenaire de Festicoffee.

Dotez les femmes et la production augmentera de 30%

Car c'est l'ensemble de l'Afrique du Robusta, à travers l'Acram encore embryonnaire, qui semble vouloir se mobiliser pour remonter la pente. Une façon de le faire est de miser sur les femmes qui sont véritablement au cœur du processus productif caféier actuellement, les hommes, au fil des années noires du café, s'étant désintéressés de cette "spéculation" au profit d'autres.

Miser sur les femmes, c'est commencer par les regarder, les considérer autrement. "Les femmes ne sont pas des pleurnicheuses", a rappelé le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, dans son discours d'ouverture de Festicoffe 2015.

"Si on implique les femmes et si on leur octroie les mêmes conditions que les hommes en terme d'accès aux engrais, aux financements, aux titres fonciers alors la production peut augmenter de 30%", a expliqué Anna Crole-Rees, agro-économiste et consultante à Lausanne. "Si dans les plantations, moitié du travail est fait par les hommes et moitié par les femmes, la propriété de la terre est, quant à elle, à 90% entre les mains des hommes."  Au-delà, "un consommateur sur 2 est une femme et 70 à 80% des dépenses de consommation sont gérées par les femmes", précise encore la spécialiste.

La femme, c'est bien, mais la femme organisée en coopératives, c'est mieux, a-t-il été souligné lors des conférences du Festicoffee. Des organisations, au Cameroun, qui sont fortes, à l'image de la Coopaferlos et de ses 3 000 femmes membres sous la houlette de la vaillante "Mama Rebecca" qui aujourd'hui parcourt le monde pour promouvoir la femme dans la caféiculture, ou encore de la Coopagro dont sa présidente, Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya, parlementaire et représentante de l'Alliance des femmes camerounaises dans le café, présidente du Comité genre à l'Acram, est allée jusqu'à ouvrir l'année dernière un "coffee house" branché à Yaoundé qui sert le café de sa propre plantation. Le slogan: "De la pépinière à la tasse". Le premier coffee house du Cameroun, au bilan plutôt positif au bout d'un an d'existence.

"Nous n'avons pas, en Côte d'Ivoire, cette structuration et cet engouement des femmes dans la filière café", a relevé Rosemarie Tanoé, chef de service projets au Conseil du café-cacao (CCC) ivoirien. Elle avait, participé, les jours précédents l'ouverture de Festicoffee, comme ses homologues du Togo, du Gabon et de RDC, aux visites de plantations camerounaises gérées par des structures de caféicultrices. Des visites de terrain effectuées avec Omer Maledy, secrétaire exécutif du CICC et Léon‐Paul N’Goulakia, secrétaire général de l'Acram et directeur général de la Caistab du Gabon, soulignant l'importance donnée au rôle des femmes

L'Acram doit s'affirmer

L'Acram que le  ministre Luc Magloire Atangana ainsi que le CICC ont tenu à mettre d'un bout à l'autre de la boucle du Festicoffee, tant cette année que lors des deux éditions précédentes.

Car l'Acram, même avec ses faiblesses, est considérée comme essentielle pour les pays producteurs africains de Robusta qui sont peu structurés. Rappelons que l'Agence est née en 2008 des cendres de l'Organisation africaine et malgache des cafés Robusta (Oamcaf) et cherche à trouver son envol dans un contexte où la production africaine de Robusta est, rappelons-le, quasi inexistante à l'échelle mondiale.

Pourtant, elle doit veiller à prendre ses marques par rapport à la très dynamique African Fine Coffee Association (AFCA), structure englobant essentiellement les pays producteurs d'Arabica d'Afrique de l'Est, mais qui a laissé tombé le "E" de "East" (auparavant EAFCA) pour être plus continentale. Certains y voient là une tentative  de damer le pion à l'Organisation interafricaine du café (OIAC), dont le siège est à Abidjan, et qui, elle aussi, est à la recherche d'une nouvelle dynamique. Et pour cause… Seuls les pays africains francophones verseraient actuellement leurs cotisations. "Les Anglophones ne s'intéressent qu'à l'AFCA. L'OIAC ne vit aujourd'hui que de la contribution de quatre pays, tous francophones, et du paiement des arriérés de l'Ouganda lorsque Frederick Kawuma, un Ougandais, a été élu comme nouveau secrétaire général", souligne un responsable caféier.

L'Afrique caféière se cherche, espérant que la femme est bien l'avenir de l'homme….

Secteurs: 

Newsletters

Inscrivez vous à notre Newsletters

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +