L’agriculture, secteur clef du nouvel accord UE-ACP post Cotonou

 L’agriculture, secteur clef du nouvel accord UE-ACP post Cotonou
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Décidémment les relations UE-Afrique sont à l’ordre du jour ! Autour de la problématique de la banane, Afruibana a organisé mercredi dernier un webinar sur « L’agriculture au cœur de la relation Afrique-Europe » dans le cadre du nouvel accord UE-ACP post-Cotonou. Rappelons qu’Afruibana est une association panafricaine née en 2017 du regroupement d’associations de producteurs de bananes, d’ananas et de mangues en Côte d’Ivoire, Cameroun et Ghana.

Le 3 décembre dernier, les négociateurs de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) -nouvelle dénomination pour l’ancien Groupe des États ACP- se sont entendus, après trois ans de débat, sur un nouvel accord de partenariat qui succédera à l’accord de Cotonou. L’accord, qui reste à ratifier, couvre un grand nombre de domaines allant du développement et de la croissance durables aux droits de l’Homme, à la paix et à la sécurité, en faisant la part belle aux priorités régionales. En termes de calendrier, l’accord de Cotonou est prorogé jusqu’au 30 novembre 2021, le temps de procéder aux différentes mesures de ratification.

Un nouvel accord qui a identifié l’agriculture comme étant au coeur de la problématique, a-t-il été rappelé par les différents intervenants au webinar, bien que certains comme le vice-président d’Afruibana, ancien ministre des Affaires étrangères de Côte d’Ivoire, Jean-Marie Kakou-Gervais, ait formulé « quelques regrets » notamment à l’égard de « la focalisation des Européens [sur] les questions relatives aux migrations, trop souvent instrumentalisée lors des joutes électorales. Cette hystérisation des débats sur la question des migrations embrouille la quête de solutions concrètes. »

Qualité, chaîne de valeur et normes

Ceci dit, a rappelé Willi Schulz-Greve, chef d’unité à la Commission européenne à la Direction générale de l’Agriculture et du développement rural, « L’agriculture a été identifiée comme un secteur clef pour la coopération UE-ACP, coopération économique mais aussi politique ». Un important focus est fait sur les investissements et la transition vers des modes agricoles durables.  Si un « bon dialogue » existe entre ministres sur la question agricole, il reste à le développer au niveau des acteurs du secteur privé et des populations.

Les négociateurs ont mis en exergue l’approche qualité et chaine de valeur. Ce qui revêt un intérêt tout particulier s’agissant des bananes. « L’expérience de l’UE avec les indicateurs géographiques peut être une exemple », a précisé Willi Schulz-Greve. « On veut aussi renforcer la coopération dans la recherche » et dans ce cadre « l’Afrique est une de nos régions prioritaires. » « Le nouvel accord donne un cadre valide et modernisé à notre coopération. Il faut que l’UE et l’Afrique la mettent en musique. »

L’importance des normes a été aussi soulignée puisque l’UE porte à un niveau toujours plus élevé ses critères de durabilité pour autoriser l’accès à son marché. Des normes réglementaires donc, mais l’Afrique peut développer ses « normes volontaires » ce qui lui permettra de « différencier ses produits afin de répondre aux demandes des consommateurs », a indiqué un autre participant. Et Escipion Oliveira Gomez, sous-secrétaire général responsable du département Transformation économique structurelle et Commerce à l’OEACP, d’inviter à une concertation plus systématique entre l’UE et les ACP : « Si de nouveaux standards de durabilité sont envisagés, ces standards doivent être discutés avec les pays partenaires. »

Sans Green Deal, point de salut !

Les critères, sans doute, mais le principe de durabilité, non, déclare pour sa part l’expert banane du Cirad, Denis Loeillet. Avec sa proposition de « Green Deal », la Commission européenne a indiqué « le chemin à suivre. Rendre les filières plus écologiques, c’est rendre les systèmes de production plus résilients aux changements climatiques, aux invasion nouvelles de maladies et ravageurs. Ça donne du futur à ce secteur.” En outre, a-t-il poursuivi, « C’est une formidable opportunité de se démarquer sur ce marché européen qui est et sera de plus en plus compétitif et qui est entré dans une crise structurelle depuis plusieurs années. »

Par conséquent, « il n’y a qu’un plan A et pas de plan B. L’avenir de la filière banane en Afrique passe par la construction de la durabilité sociale et environnementale. Et l’Afrique est bien équipée pour ça. »

Le chercheur prend appui sur le chinois pour faire sa démonstration : « En chinois, le mot ‘crise’, c’est deux caractères : danger et opportunité. » « L’Afrique, en matière de bananes, est idéalement placée sur toute la gamme de l’offre : du premier prix jusqu’au bio en passant par le commerce équitable avec une proposition de segments à haute valeur sociale et environnementale. » L’Afrique est « déjà engagée dans une transition agroécologique ambitieuse : elle ne part pas de zéro. L’Afrique est déjà dans cette dynamique. Elle est consciente aussi que son avenir passe par l’avenir de ses territoires. »

« L’Afrique a un relais de croissance extraordinaire : c’est son marché régional et son marché continental. Dans les années à venir, elle sera moins ‘européen- dépendante’ et marchera davantage sur deux pieds. Elle aura besoin d’un accompagnement des bailleurs mais le chemin du succès est tracé”, poursuit le spécialiste.

« L’autre partie du chemin doit être fait aussi par l’autre bout de la chaine de valeur : la distribution et les consommateurs », explique encore Denis Loeillet. « Si les producteurs ont pour impératifs de produire mieux, ils doivent être en capacité de vendre mieux pour rémunérer au final tous les efforts qui sont en train d’être accomplis actuellement. »

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