28 mars 2014 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

El Nino est de retour

(28/03/14) Le phénomène météorologique El Nino réapparait sur tous les écrans radar des matières premières et commence à se faire ressentir sur les prix. Aux craintes justifiées d’impact sur différentes récoltes, avec des niveaux d’intensité variables, se greffe la spéculation qui amplifie, souvent démesurément, chaque facteur.
Rappelons ce qu’est El Nino? Lachainemeteo.com en donnait, la semaine dernière, les définition et analyse suivantes. “« El Nino” est le nom donné à une anomalie chaude des eaux de surface de l’océan Pacifique oriental, tandis que « la Nina » est son inverse : une anomalie froide des eaux de cette même partie du Pacifique. D’une façon plus globale, ce phénomène océanique cyclique concerne l’ensemble du Pacifique par un effet de bascule : lorsque les eaux se réchauffent d’un coté, elles se refroidissent de l’autre, entraînant des modifications climatiques profondes sur le pourtour du Pacifique mais aussi en d’autres régions du Globe. Ce mécanisme met en évidence l’interaction atmosphère-océan.”
[...] “El Nino est un dérèglement climatique d’une périodicité de 6 à 10 ans. Le dernier grand épisode El Nino est celui de 1998, responsable d’un pic de chaleur planétaire [...]. Après plusieurs années marquées par « la Nina », les prévisions à long terme envisagent une lente reprise du Nino au cours de ce printemps, qui pourrait culminer en été et à l’automne. A l’heure actuelle, nous sommes dans une période intermédiaire qualifiée de « Neutre », où aucun de ces extrêmes (Nino / Nina) ne prédomine : ainsi, la Californie connaît un épisode de chaleur et de sécheresse encore typique des années « Nina », tandis que l’Australie s’apparente déjà davantage aux effets du « Nino ». La rigueur de l’hiver au nord-est des Etats-Unis et au Québec s’apparente plus aussi à une période Nina. C’est dire que nous sommes en période transitoire qui devrait aboutir à un épisode de Nino au fil des mois. Son intensité n’est pas encore cernée, mais sa survenue semble probable à 50% [...].

CACAO. Le cacao a continué à se consolider sur les marchés à terme de Londres et de New York ces derniers jours après avoir atteint un plus haut en deux ans et demi la semaine dernière. Il a terminé à £ 1 870 la tonne sur l’échéance juillet
Le chocolat a de beaux jours devant lui, au regard de la stratégie du fabricant Lindt & Spruengli. Le chocolatier augmente de 8 à 10 sa production à son siège aux Etats-Unis, des produits de haut de gamme destinés en partie, et pour la première fois, au marché chinois. Pour ce faire, Lindt va agrandir son usine à Stratham, dans le New Hampshire, un projet de plusieurs millions de dollars. Cette demande chinoise croissante se greffe sur une demande bien portante pour du chocolat fin dans les marchés dits matures comme l’Europe et les Etats-Unis mais aussi l’Asie. Rappelons que la bonne santé du marché du chocolat haut de gamme a permis à la société d’engranger des bénéfices nets en hausse de 23,7 sur l’exercice 2013.
En Côte d’Ivoire, mercredi, le Conseil du café-cacao (CCC) a annoncé le maintien à FCFA 750 le kilo le prix garanti pour la récolte intermédiaire 2013/14 qui court d’avril à septembre. Le prix demeure donc inchangé par rapport à celui versé pour la récolte principale alors qu’habituellement il est plus faible car les fèves sont plus petites et souvent moins belles. C’est le cours élevé du cacao sur le marché mondial qui permet aux autorités de maintenir ce prix, a souligné le porte-parole du gouvernement, Bruno Kone, à l’issue du conseil des ministres mercredi.
Du 2 octobre, démarrage de la récolte, au 23 mars, les arrivages aux ports d’Abidjan et de San Pedro se sont élevées à 1 143 000 t contre 1 012 000 t sur la même période la campagne dernière. Et les pluies sont de bon augure pour la récolte intermédiaire qui démarre gentiment actuellement.
Les achats de cacao au Ghana ont atteint 673 215 t entre le 18 octobre, date de démarrage de la récolte, au 13 mars, en hausse de 12,85% par rapport à la même période en 2012/13, selon le Cocobod. Selon un de ses responsables, des pluies tardives devraient booster la récolte intermédiaire. Une météorologie globalement favorable qui a conduit le Cocobod le mois dernier à réviser à la hausse de 20 000 t ses prévisions de récolte principale (octobre-mai), à 850 000 t. Rappelons que le cacao provenant de la récolte intermédiaire est essentiellement vendu aux transformateurs locaux avec une décote.

CAFE. L’Arabica continue à reprendre son souffle après une cavalcade depuis le début de l’année qui a propulsé de 80% son prix en sept semaines. La pluie est bel et bien revenue dans les zones de production brésiliennes mais certains soulignent qu’il y a tout de même eu des dégâts.
Aux ventes aux enchères cette semaine de Nairobi, le prix le plus élevé a atteint $ 457 le sac de 50 kg contre $ 406 la semaine dernière. Le Grade AA s’est vendu entre $ 254-457 le sac contre $ 250-406 précédemment, et l’AB à $ 215-288 contre $ 232-301. Un total de 24 848 sacs a été présenté à la vente dont 8 768 ont été vendus, contre 27 613 présentés et 6 373 vendus la semaine précédente.
A noter sur le front des Arabica, la hausse de 10% des exportations d’Amérique centrale en février, signe que la page de la rouille commencerait à se tourner.
Le prix des Robusta s’est aussi inscrit à la hausse. Si les exportations vietnamiennes sont en plein essor en février et mars, les expéditions cumulées d’octobre à mars, soit la première moitié de la campagne 2013/14, ne seraient que de 821 000 t, en baisse de 5,6% sur la même période en 2012/13. Pour le seul mois de mars, et selon certaines estimations de marché, Hanoï aurait exporté 220 000 t en hausse de 39,3% par rapport à mars 2013. En février, elles avaient déjà progressé à 184 100 t contre 160 000 t en février 2013, selon les chiffres du General Statistics Office.
Keith Flury de BNP Paribas estime que la campagne caféière 2014/15 sera légèrement déficitaire, a-t-il confié à Reuters en marge de la conférence de la National Coffee Association of USA qui s’est tenue cette semaine à la Nouvelle Orléans. Un déficit qu’il estime à 612 000 sacs alors que début mars, l’Organisation internationale du café (OIC) avait avancé le chiffre de 2 Ms au moins. Rappelons qu’en 2013/14, l’excédent avait été de 5,6 Ms! Ce serait la première fois depuis 2009/10 que le marché enregistrerait un déficit: en effet, suite notamment à la sécheresse au Brésil en début d’année, la production baisserait de 2,2% à 150,1 Ms. Rappelons que pour 2013/14, le gouvernement a estimé la production à 49,15 Ms alors que l’industrie avance plutôt le chiffre de 53 Ms.

COTON Les fluctuations des cours du coton ont été intenses cette semaine rappelant de mauvais souvenirs de mars 2011 avec des forces contradictoires en jeu. D’un côté, les Etats-Unis avec une offre très serrée et de l’autre la Chine qui cherche à alléger ses stocks pléthoriques (10 millions de tonnes de réserves). Cette semaine, le marché a largement ignoré la Chine se focalisant sur la situation américaine, à l’exception de lundi ou les cours ont chuté à un plus bas de 2 mois après l’annonce des autorités chinoises d’une baisse des prix. Mercredi, les cours du coton ont touché un plus haut de deux ans à 97,35 cents la livre pour le contrat de mai, sur fonds d’inquiétude sur l’offre de coton américain. Mardi, le rapport sur l’égrenage final de la saison en cours du département américain de l’Agriculture (USDA) montrait qu’il a atteint 12,87 millions de balles, soit 4,27 millions de balles en moins que la campagne précédente Ainsi les stocks de clôture américains se situeront à environ 2,5 millions de balles, soit un niveau très bas, un de plus faible depuis 1990. Les cours ont encore un peu gagné le jeudi suite aux bons chiffres des ventes américaines.
De son côté Pékin a décidé de réduire à partir du 1er avril son prix de vente du coton domestique issu de ses réserves à 17 250 yuans ($2 800 la tonne) pour la qualité standard, contre 18 000 yuans jusqu’à présent. En outre, la Chine offrira chaque semaine 200 000 tonnes de coton de haute qualité importées toujours en provenance de ses réserves. Des décisions qui visent à inciter les filatures à soumissionner aux offres. Depuis le démarrage des ventes de la réserve en novembre par le gouvernement, seulement 36%, soit 684 671 tonnes, du total offert a été acheté par les filatures, qui estimaient que le coton offert était trop cher et de mauvaise qualité.
Les exportations de coton de Côte d’Ivoire ont atteint 74 144 tonnes en février, en hausse de 36% par rapport à la même période en 2013.

HUILE DE PALME La faiblesse de la demande a pesé sur les cours qui sont tombés jeudi à un plus bas de six semaines jeudi à 2656 ringgit ($807) la tonne. Les chiffres des exportations sur le mois de mars seront connus lundi mais sur les 25 premiers jours, elles ont chuté de 11% par rapport à la même période en février, la Chine et l’Inde ayant réduit leur achat. Les principaux analystes estiment que l’Inde devrait réduire ses importations d’huile de palme cette année à la faveur de l’huile de soja.
Le département américain de l’Agriculture (USDA) a estimé que la production d’huile de palme de la Malaisie augmentera modérément à 20,35 Mt en 2014/15 en raison d’une légère augmentation des rendements et des superficies plantées. Les exportations devraient elles aussi augmenter marginalement.

RIZ La mise en vente du riz thaïlandais stocké dans les entrepôts de Thaïlande pèsent sur l’ensemble des prix en Asie, les pays étant déjà largement approvisionnées par les récoltes en cours dans un contexte de faible demande. Depuis le début du mois, la Thaïlande aurait vendu 730 000 tonnes de ses stocks à des exportateurs. Le Thaï 5% se vendait entre $390-400 la tonne, contre $410 la semaine dernière. Au Vietnam, le 5% a chuté à $385-395 la tonne. ”Les prix ont baissé avec une offre croissante et les ventes des stocks de riz thaïlandais ont exercé une pression supplémentaire. Je pense que la demande des Philippines de 800 000 tonnes à elle seule ne pourra pousser les prix vers le haut ”, a déclaré un trader basé à Bangkok. Les Philippines ont en effet annoncé qu’elles allaient lancer un appel d’offres le 15 avril.

SUCRE. Le sucre roux a terminé hier, jeudi, à son plus haut en deux semaines sur le marché à terme de New York, les opérateurs craignant l’impact d’une météo capricieuse sur les récoltes. Cette perspective d’un retour d’El Nino provoque le retour des spéculateurs sur ce marché du sucre et fait déjà grimper les cours, selon James Kirkup qui dirige le courtage du sucre à ABN Amro. Au cours de la séance, il a atteint 17,89 cents la livre, son plus haut depuis mars 2012. Le sucre blanc a également terminé en hausse, de $ 14,3 la tonne à Londres, à $ 477,7.
Dans l’actualité cette semaine, l’annonce hier par le géant du négoce mondial Cargill qu’il créait une joint venture avec le brésilien Copersucar pour le courtage du sucre, qui devrait être le plus important au monde. Copersucar, c’est le négoce de 8,5 millions de tonnes (Mt) de sucre en 2013;, en hausse de 10% sur 2012; c’est aussi 6,8 Mt de sucre exporté, soit 10% du commerce mondial de sucre. En 2012/13, Copersucar a exporté du sucre au Maroc, en Algérie, en Egypte, au Ghana, en Angola, en Afrique du Sud, ainsi que du sucre et de l’éthanol au Nigeria.

THE Les prix des thés ont à nouveau chuté à la vente aux enchères de Mombasa cette semaine, le prix le plus élevé plafonnant à $ 3,20 le kilo contre $ 3,50 la semaine dernière. Les Best Broken Pekoes Ones se sont négociés à $$2,65-$3,20 contre $ 2,50-3,50 le kilo, et les Best Brighter Pekoe Fannings Ones à $2,28-$2,67 contre $ 2,30-2,75 le kilo. La demande a été soutenue de la part du Pakistan, tandis que l’Egypte était plus active sur le marché. Sur les 140 944 paquets offerts à la vente, 16,57 n’a pas trouvé preneur contre 13,97 sur les 134 237 mis en vente la semaine dernière.
Les bonnes conditions climatiques, la production de thé au Kenya s’est élevée à un record de 432,4 millions de kilos en 2013, en hausse de 17% par rapport à 2012, selon le Tea Board of Kenya (TBK). Les exportations se sont montées à 494,3 millions de kilos, contre 430,2 millions de kilos en 2012. Les recettes ont progressé de 2% à 114,4 milliards de shillings ($1,3 milliards). Les prix ont été en baisse, se situant en moyenne à $2,68 le kilo en 2013 contre $3,09 en 2012. ” Le thé kenyan a été exporté dans sept nouveaux marchés – le Vietnam , les Philippines , l’Azerbaïdjan , le Sud-Soudan , le Myanmar , la Corée du Sud et la République tchèque”, a déclaré le TBK ajoutant que ” En outre , les marchés récents, tels que l’Angola , ainsi que les marchés saisonniers tels que la Syrie , Taiwan et le Tchad ont importé des volumes plus élevés par rapport aux années précédentes . ” Les principaux acheteurs pour le thé du Kenya sont le Pakistan, l’Egypte, l’Afghanistan, le Royaume-Uni et les Emirats Arabes Unis, qui représentent 74% des exportations totales. La consommation locale de thé a augmenté à 26,5 millions de kilos contre 22,7 millions en 2012.

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