28 mai 2007 - 16:53 |

L’Accord International sur le Café : lutter contre la pauvreté ou promouvoir le café ?

Pour nombre de pays producteurs africains, la garantie d’un prix juste et rémunérateur doit figurer dans le nouvel Accord

25/05/07 La renégociation de l’Accord international sur le café qui date de 2001 et qui arrive à échéance le 20 septembre prochain était au cœur des réunions de l’Organisation internationale du café (OIC) qui se sont déroulées à Londres du 21 au 25 mai. Une renégociation qui avance bien, selon le directeur exécutif de l’Organisation, Nestor Osorio, reconduit dans ses fonctions pour un nouveau mandat de 5 ans. Selon ce dernier, les membres s’étaient déjà mis d’accord sur environ 80% du nouvel accord lors des précédentes réunions en janvier et mars, et de bonnes avancées auraient été faites la semaine dernière lors de réunions très confidentielles. L’OIC avait annoncé que cette réunion de mai était la date butoir pour faire de nouvelles propositions.
Des négociations et un accord qui revêtent une importance toute particulière car les Etats-Unis, premier consommateur mondial et force motrice sur la scène internationale, ont réintégré l’Organisation internationale en 2005 après l’avoir quitté en 1989 alors que figuraient encore dans l’Accord des clauses économiques permettant d’intervenir sur les cours mondiaux.
Aujourd’hui, avec les Etats-Unis autour de la table des négociations, une réforme profonde de l’Organisation et de l’Accord est en cours. « L’organisation et l’accord ne sont plus ce qu’ils étaient à l’origine, des organes régulateurs de marché », explique Nestor Osorio à CommodAfrica (voir interview vidéo sur http://africablog.sequencemedia.com). « Maintenant, ils ont une dimension de facilitateur et doivent créer les nécessaires instruments pour influencer les différents variables qui déterminent les marchés […]. L’organisation s’avère comme un véritable organisme de développement qui peut contribuer à élargir et à améliorer la capacité des producteurs d’être un acteur plus valable dans la chaine du marché, d’améliorer leurs ressources. »
Pour Washington, le café doit intervenir comme levier pour lutter contre la pauvreté et l’OIC doit se voir confier cette mission en priorité sur toute autre. Ce qui implique de se pencher sur les questions écologiques, sociales, environnementales, d’accès aux financements, etc. Pour d’autres, la crainte est de voir l’OIC se transformer en véritable organisme de développement alors que sa mission devrait être de dynamiser la consommation de café.

Les producteurs, l’élément clef de la chaîne
Quant aux pays africains producteurs et exportateurs, nombre d’entre eux voudraient voir dans l’Accord même une disposition qui assurerait au planteur une rémunération lui permettant de vivre correctement. Le niveau de prix payé au producteur est central et l’Accord doit s’y consacrer, estiment-ils. « Les producteurs doivent être reconnus comme l’élément clef de la chaîne caféière », souligne le directeur recherche à la Coffee Research Foundation, Joseph Kimemia (voir son interview video). Le Ghanéen F. Oppong invite à ce que dans l’Accord même soit insérée une clause en faveur d’un prix juste et rémunérateur payé au paysan. Le rôle central de ce dernier serait consacré par sa participation active au sein même de l’OIC, à travers ses organisations professionnelles, estime Josefa Sacko, secrétaire générale de l‘Organisation InterAfricaine du Café (OIAC, voir l’interview video) ; les Américains y auraient été favorables mais la proposition ne semble pas avoir été retenue. Des représentants africains ont également mis en avant la lutte nécessaire et sans relâche contre les barrières douanières sous toutes leurs formes sur les produits transformés mais aussi non-transformés.
Quant à la durabilité de la filière caféière, les actions à mener ont nécessairement un coût et nombre d’Africains ont à cœur que ce coût soit réparti sur l’ensemble des acteurs de la filière et ne vienne pas encore réduire la rémunération du producteur. Les prix du café (comme de la plupart des autres matières premières) étant aujourd’hui fixés par les marchés, par la demande, ils craignent que ce soit in fine le planteur qui en supporte le fardeau financier. La durabilité c’est bien, mais un prix juste et rémunérateur c’est mieux, estiment-ils.
En revanche, pour l’Inde, il est utopique de mettre en avant dans le cadre de la renégociation de l’Accord la question du prix du café. Pour Krishna Rau, président du Coffee Board indien, la clef c’est la demande. L’OIC doit, par conséquent, avoir pour mission première le développement des marchés, la promotion de la consommation du café. Ce facteur et seulement celui-ci permettront au producteur d’avoir un débouché pour son produit et, par voie de conséquence, un prix adéquat. « Tout le monde parle d’accès aux marchés, mais personne n’évoque réellement leur développement et les besoins indispensables à consacrer à cela. Nous devons poursuivre les négociations sur ce point. Si les marchés se développent, les prix suivront », affirme-t-il.

Des avancées signaificatives
Sur le plan institutionnel, le nouvel Accord tend à un allègement des structures et des procédures. L’Ivoirien Saint-Cyr Djikalou, président du Groupe de travail de l’OIC sur le nouvel accord (voir la vidéo de son interview), fait état « d’avancées significatives » des négociations mais des points demeurent en suspens. Notamment, il est proposé que le Comité exécutif soit supprimé et remplacé par trois comités statutaires aux attributions délimitées : finance et administration, promotion et développement des marchés, projets ; que les pays européens et l’Union européenne aient un seul et unique représentant ; que l’Accord ait une durée de vie de 10 ans avec la réalisation d’un bilan à mi-parcours. « Nous pensons être en mesure de pouvoir présenter à la session de 24 au 28 septembre 2007 une recommandation formelle au Conseil pour un texte consensuel pour le nouvel accord […] »

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