28 août 2008 - 00:00 |

Chronique : le rendez-vous matières du jeudi

Reprise des softs

(28/08/2008) La chute du dollar, la reprise du prix du brut ainsi que pour certaines commodités la crainte que la tempête tropicale Gustav puisse heurter la Côte du Golfe après avoir touchée Haïti, ont fait progresser les cours des matières premières. Sucre, café, cacao, caoutchouc, coton s’inscrivaient tous en hausse. Certains fondamentaux s’améliorent aussi. Et les fonds d’investissement retrouvent un certain intérêt pour les softs après les avoir délaissé pendant plusieurs semaines.

CACAO Le marché du cacao a gagné plus de $ 300 en une semaine. A New York, il a clôturé le 27 août à un plus haut de 4 semaines gagnant $ 82 à $ 2 966 la tonne. A Londres, le cacao a progressé de £ 27 à £ 1 667 la tonne, s’approchant de son plus haut niveau de début juillet à £ 1670. Selon un coutier, le marché du cacao s’est désolidarisé des autres marchés des commodités et suit ses propres fondamentaux qui sont haussiers : des déficits en perspective, des stocks en baisse, des problèmes politiques en Côte d’Ivoire où les soldats au Nord de Bouaké n’ont pas reçu comme convenu leur prime pour leur retour à la vie civile, le développement de la pourriture brune chez le premier producteur mondial avec le retour des pluies. «A ceci s’ajoute qu’en juillet le marché a beaucoup baissé et que les fonds sont sortis avec une position proche de zéro. Ils se positionnent à nouveau sur ce marché» souligne-t-il.
L’International Cocoa Association (ICCO) a revu le 27 août à la baisse la production de cacao en Indonésie pour 2007/08 (octobre/septembre) à 480 000 tonnes, soit 16% de moins que sa précédente prévision (570 000 t) en raison de la maladie du VSD (vascular streak dieback) touchant les cacaoyers. Une révision qui contribue à un futur accroissement du déficit global en cacao. Il a ainsi été revu à la hausse à 88 000 t contre 41 000 t lors de la précédente estimation.

CAOUTCHOUC L’effet pétrole a joué pleinement sur les cours du caoutchouc à Tokyo, qui ont progressé de 2% le 27 août, un plus haut de trois semaines, le contrat février clôturant à 318,6 yens, soit 6,3 yens de plus par rapport à la veille. Selon Hisaaki Tasaka, analyste chez Ace Koeki, les appréhensions concernant les offres de la Thaïlande et la baisse des stocks japonais de caoutchouc ont affermi les prix, comme si les fonds rachetaient massivement. Au niveau du physique, les inquiétudes concernant les approvisionnements des pays producteurs comme la Thaïlande et la Malaisie où les pluies gênent la récolte du latex et la forte demande de la Chine ont aussi été un facteur de hausse. En outre, la production de caoutchouc synthétique a augmenté de 3,2% en avril-mai, mais l’accélération de la demande des fabricants de pneumatiques a permis une hausse des importations, selon le Rubber Board.

COTON Les contrats à terme du coton ont terminé en hausse le 27 août, se hissant à un plus haut de deux semaines, les gains s’étant renforcés à l’idée que la tempête tropicale Gustav puisse heurter la Côte du Golfe. Les contrats ont progressé, à l’image des autres matières premières, alors que le dollar reculait et que les traders redoutaient que la tempête balaye les zones de culture. Le contrat de référence décembre a fini en hausse de 1,17 cent à 70,63 cents la livre. Gustav s’est éloignée d’Haïti où elle a perdu en vigueur. Selon les analystes, elle pourrait cependant regagner d’intensité et redevenir un ouragan alors qu’elle revient sur le Golfe du Mexique et se dirige vers la Côte du Golfe vers le 1er septembre.

RIZ Depuis deux semaines, le prix du Thai 100%B grade white rice s’est stabilisé à $ 700 la tonne, bien en dessous du record atteint en avril à $ 1080 la tonne. Mais les prix sont tout de même soutenus par les achats du Nigeria et d’autres pays africains. Les traders nigérians sont d’ailleurs presque les seuls acheteurs actifs durant ces dernières semaines se portant acquéreurs de riz étuvé tandis que la demande pour les autres qualités de riz blanc thaïlandais est faible. Le 28 août, les exportateurs thaïlandais ont vendu 150 000 tonnes de riz étuvé au Nigeria pour un embarquement rapproché. Selon un exportateur, l’embarquement devrait être terminé la dernière semaine de septembre, avant la fin de la période d’exemption de taxes mise en place par le gouvernement nigérian. En effet, le Nigeria a suspendu les droits de douane sur le riz pour une période de six mois en mai dernier pour inciter les importations du secteur privé et abaisser les prix intérieurs. Cette mesure doit prendre fin en octobre.
Le Nigeria, un acheteur traditionnel de riz étuvé, a acheté 197 000 t de riz Thai au début de cette année. En 2007, il avait importé 327 025 t. Selon les traders, le Nigeria pourrait importer 900 000 t de riz Thai cette année après que l’Inde ait interdite ses exportations l’année dernière afin d’assurer sa propre offre domestique. Ainsi, les prix du riz Thai devraient être soutenus dans les prochaines semaines par la demande nigériane.
La Thaïlande devrait exporter un record de 10 millions de tonnes de riz en 2008, selon un rapport du département américain de l’Agriculture (USDA) publié le 26 août. De janvier à juillet, les exportations ont totalisé 6,9 Mt.

SUCRE Les prix du sucre ont atteint le 27 août un plus haut de 21 mois, le contrat octobre pour le sucre blanc sur le Liffe progressant de $ 7,50 à $ 420 la tonne. Une hausse dans le sillage des autres matières premières et un retour des fonds d’investissement sur les softs. Mais pas seulement. «Le marché du sucre est maintenant regardé sur le long terme. En dépit du fait que nous sommes toujours en surplus, les fondamentaux s’améliorent» souligne Abah Ofan de Stadard Charered Bank à Dubaï.
Une analyse qui n’est pas démentie par l’International Sugar Organization (ISO) dans son dernier rapport publié le 28 août. Selon cette dernière, en 2008/09 le marché devrait connaître un déficit de 3,9 millions de tonnes (Mt) contre un surplus en 2007/08 de 7,25 Mt. La production chuterait à 161,65 Mt contre 169 Mt en 2007/08 et la consommation passerait de 161,75Mt à 165,55 Mt. «La phase d’un surplus global est terminée et le marché est en train de passer à une phase de déficit» souligne l’organisation. Un déficit qui s’inscrit dans le prolongement de deux années consécutives de larges surplus. Ainsi les stocks accumulés durant ces deux années devraient permettre de compenser les manques de production dans les pays exportateurs affirme l’ISO. «Un manque significatif de production en Inde et la poursuite de la contraction de la production dans l’Union européenne sont les deux faits majeurs sur l’offre en 2008/09. Ces effets combinés devraient conduire à une réduction massive de 7,4 Mt de la production mondiale de sucre». La production indienne s’inscrirait en recul de 4,59 Mt en 2008/09 à 23,915 Mt et celle de l’Union européenne devrait être réduite de 2,9 Mt. D’un autre côté, la consommation devrait continuer à croître, selon l’ISO.
L’analyste Karim Salamon de Sucden estime de son côté que le déficit devrait s’élever en 2009 à 1,3 Mt, contre un surplus de 9,1Mt en 2008 et de 8,5 Mt en 2007.

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