29 avril 2011 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La course folle du poivre

(29/04/2011)

Cacao. La situation chez le premier producteur mondial de cacao commence à se stabiliser. Certaines banques ont rouvert hier après une interruption longue de 10 semaines et les expéditions de fèves devraient reprendre en fin de semaine prochaine, soulignent certains exportateurs. ”Nous allons charger dans une quinzaine de jours”, note un opérateur interrogé hier par CommodAfrica. La Société Générale devrait être opérationnelle la semaine prochaine. Toutefois, la mort hier soir d’Ibrahim Coulibaly, chef du “commando invisible”, ancienne milice alliée au président ivoirien Alassane Ouattara, lors d’affrontements avec l’armée ivoirienne, témoigne que rien est simple en Côte d’Ivoire et le demeurera encore pour un temps certain.
Pour la première fois depuis la fin des combats, le prix des fèves payé au planteur a augmenté aujourd’hui, atteignant FCFA 350 à 400 contre FCFA 250 à 300 il y a deux semaines. Les planteurs font un peu de rétention car ils parient sur une hausse des cours dans les semaines à venir avec la reprise des activités dans la filière. Dans l’Est du pays, les stocks seraient déjà partis frauduleusement vers le Ghana, ce qui réduit d’autant les disponibilités en fèves autres que celles déjà entreposées aux ports d’Abidjan et de San Pedro et qui seraient, rappelons-le, déjà prévendues.
Il est fort probable que la demande soit effectivement forte : les stocks à New York sont actuellement très bas ce qui explique la remontée des cours hier au plus haut depuis un mois. Une remontée qui s’expliquerait aussi sans doute par une opération de squeeze sur le marché américain.
Notons qu’à Londres, le cacao est encore £ 500 la tonne plus bas qu’il n’était il y a deux mois, ce qui démontre le potentiel de hausse. Le facteur monétaire joue un rôle majeur avec une livre sterling très forte face au dollar.

Café. L’Arabica coté sur le marché de New York a franchi hier la barre symbolique des $ 3 la livre, oscillant durant la séance entre $ 2,98 et $ 3,01. Il demeure au plus haut depuis 34 ans, avec en toile de fond une offre étroite de beaux grains. ”Le marché commence à se faire à l’idée d’un cours Arabica à 300.00 cts, avec le très sérieux problème de credit crunch que cela entraine”, souligne un trader.
Côté Robusta, la tendance demeure soutenue avec de fortes fluctuations. Hier, ”le Robusta sans raison particulière a baissé à $ 2360 pour remonter deux heures plus tard à $ 2 560”, constate-t-il. En Indonésie, la demande locale est forte alors que les disponibilités ne sont pas très importantes, ce qui inquiète les marchés internationaux. Au Vietnam, on constate la poursuite d’une certaine politique de rétention.
De façon globale, ”il n’y a pas de problème pour trouver tous les cafés que l’on veut : le négoce est très agressif à la vente, ce qui n’est pas le cas chez les acheteurs. L’ambiance générale est morose, sauf chez les producteurs qui, même en cassant les différentiels, obtiennent des cours inespérés”, conclut-il.

Caoutchouc. Le caoutchouc naturel a enregistré sa plus forte baisse mensuelle depuis novembre 2008, ayant perdu 10% sur l’ensemble du mois d’avril suite à la catastrophe japonaise mais aussi à la reprise de la production dans les principaux pays après la fin de la saison des pluies ; en novembre 2008, il avait plongé de 25%. Sur cette seule semaine, il a baissé de 7%. Toutefois, hier, le marché directeur qu’est Tokyo pour le caoutchouc a regrimpé de 2,8%, sans doute car aujourd’hui est férié au Japon ainsi que les 3 et 5 mai.
A noter que face au désarroi japonais, la Chine accélère sa production de pneumatiques. D’ailleurs l’Indonésie devrait lui vendre un tiers de plus de caoutchouc naturel cette année, ce qui fera grimper à 800 000 t les expéditions totales sur l’année contre 600 000 t en 2010. Le million de tonnes est en ligne de mire. La Chine deviendra ainsi le premier client du deuxième producteur mondial, supplantant les Etats-Unis qui détenaient jusqu’à maintenant cette place, selon l’Indonesian Rubber Association. Ce pays produirait 2,972 millions de tonnes (Mt) cette année contre 2,736 Mt en 2010, avec des exportations qui atteindraient respectivement 2,45 contre 2,352 Mt.
Selon les chiffres publiés hier par l’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (Association of Natural Rubber Producing Countries, ANRPC), la production mondiale pourrait atteindre 10,025 Mt en 2010, soit une hausse de 5,8% par rapport aux 9,473 Mt de 2010, mais inférieur aux 10,060 Mt attendus pour 2011 selon les prévisions antérieures de l’ANRPC. Cette légère révision à la baisse serait le fait d’une moins bonne production attendue chez le premier producteur mondial, la Thaïlande, (3,375 contre 3,43 Mt attendues mais contre 3,252 Mt en 2010) et en Chine. Mais elle serait meilleure que prévue en Indonésie (2,972 contre 2,955 prévues mais contre 2,736 Mt en 2010) et en Inde. Rappelons que l’ANRPC regroupe des pays représentant 92% de la production mondiale et 92% aussi des exportations, ainsi que 48% de la consommation globale de caoutchouc naturel.
Le Groupe international d’études sur le caoutchouc (International Rubber Study Group , IRSG) estime la demande mondiale de caoutchouc naturel et synthétique à 26,1 millions de tonnes (Mt) cette année contre 24,4 Mt l’année dernière. Rappelons que le Japon représente quelque 7% de la demande mondiale en caoutchouc naturel. Suite à la situation au japon mais aussi aux évènements en Afrique du Nord et au Proche-Orient, les prix du caoutchouc naturel ont chuté de plus de 10% après avoir atteint un record de $ 6 le kilo en février.

Huile de palme. L’huile de palme brute en Malaisie a chuté ce matin à son plus bas en une semaine, réagissant à l’amélioration des conditions météorologiques aux Etats-Unis. Depuis le début de l’année, elle a perdu 14% de sa valeur, les exportations ayant diminué et les perspectives de production étant bonnes pour le deuxième semestre, sans oublier l’offre abondante de soja en Amérique du Sud.
Toutefois, côté Chine, le premier importateur mondial d’huile de palme et numéro 2 tous oléagineux confondus, devrait enregistrer une hausse de 10% de sa consommation de palme cette année, à 7,3 Mt. Rappelons que la production mondiale a été de 45 Mt en 2010 dont 5,696 Mt importés par la Chine. Cette huile est utilisée tant dans l’alimentaire que dans les cosmétiques, la production de pneumatiques et comme biocarburant.

Poivre. Le poivre continue sa folle course. Le Sarawak blanc a gagné $ 1 200 la tonne en un mois tandis que le Vietnam noir ou encore le Sarawak noir spécial grimpaient en flèche de $ 1 400. «le marché du poivre connaîtra des moments encore difficiles jusqu’en août-octobre », souligne un trader. ”On en est encore loin ! Et rien ne dit qu’il se calmera alors car, certes, l’origine Brésil sera disponible à partir de septembre-octobre, mais rien est acquis car le Vietnam, principal producteur mondiale, n’aura quant à lui plus grand-chose à vendre.

Sucre. Le sucre roux à New York a chuté hier à 23,85 cents la livre, confirmant sa tendance baissière face à de bonnes perspectives d’offre. Il rejoint des niveaux d’il y a 6 mois. La production chez les deux premiers producteurs mondiaux, le Brésil et la Thaïlande, devrait être plus importante que prévue, tandis que les exportations indiennes ne devraient pas être limitées : suite au feu vert de New Delhi donné le 19 avril, 30 000 t de sucre sont autorisées à être exportées sans restriction, ce qui donne le coup d’envoi à des ventes totales de 500 000 t. Le suce blanc coté à Londres a suivi la même tendance baissière.
La volatilité est ce qui caractérise le plus le marché du sucre actuellement : rappelons qu’après avoir atteint un plus haut de 30 ans à 36,08 cents la livre le 2 février dernier, le roux a perdu près d’un tiers de sa valeur depuis.

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