29 mai 2009 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Au-delà des flucutations de prix, d’offre et de demande, un certain nombre de changements de fond s’amorcent sur les marchés

(29/05/09)

Banane. Les pays africains exportateurs de bananes ont demandé aujourd’hui à l’Union européenne une indemnisation de 500 millions d’euros et non de 100 millions d’euros comme leur proposait Bruxelles, en compensation de l’accord en cours de négociation à l’Organisation mondiale du commerce entre Bruxelles et les pays d’Amérique latine. Rappelons que la Commission européenne a proposé de réduire graduellement, d’ici 2016, la taxe à l’importation : des 176 euros actuels, elle propose aux Latino-Américains qu’elle soit portée à 114 euros. Le Cameroun et la Côte d’Ivoire veulent une réduction moins forte et sur une longue période de temps. Ces bananes d’Amérique latine représentent déjà 80% des bananes que l’on trouve sur l’ensemble du marché européen.

Bois. La situation sur le marché international des bois tropicaux est stable, la tendance globale des prix demeurant déprimée avec des producteurs qui se battent pour accéder à des marchés. La demande japonaise est quasi inexistante et celle de Chine aurait beaucoup baissé au premier trimestre. Les importations chinoises ont chuté de 34% en volume et de 43% en valeur, à $ 793,94 millions au premier trimestre 2009, par rapport aux trois premiers mois de 2008. Dans un marché où la concurrence s’aiguise de façon spectaculaire, les industriels indiens ont demandé à leur gouvernement de placer un droit d’importation de 30% sur les panneaux à particules exportés par l’Indonésie vers l’Inde.
Sur le marché africain, les prix demeurent stables, mais on sent un certain frémissement du côté du Royaume Uni : les stocks seraient très bas et on enregistrerait quelques achats. Ceci pourrait avoir un impact sur les prix, souligne le rapport, car l’offre est étroite actuellement en Afrique étant donné que l’activité a été fortement réduite dans la plupart des entreprises forestières pour faire face à la crise. Les volumes disponibles sur des essences très appréciées comme le sipo ou même le sapeli ne sont pas très importants.
En revanche, les importateurs français auraient encore des stocks relativement importants. Il est fort vraisemblable que les achats ne reprennent pas avant l’été qui est une période traditionnellement calme au niveau des transactions. Au Pays-Bas, le Tropical Timber Market Report de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT) relève quelques achats et visiblement l’industrie du meuble en Italie demeure bien active afin de préserver ses parts de marché à l’international : la demande en bois s’en ressent positivement. Toutefois, ceci n’est pas d’un grand dynamisme et les producteurs d’Afrique centrale et de l’Ouest préfèrent se concentrer sur les marchés indiens et asiatiques de façon générale.
Sur d’autres plans, les situations évoluent. Ainsi, un accord volontaire de partenariat vient d’être conclu avec le Congo, ce pays devenant le second au monde après le Ghana à signer un tel document tendant à lutter contre l’abattage et le commerce illégal. L’objectif : réduire le commerce illégal de bois moyennant quoi l’accès au marché européen est facilité. Cet accord, signé à la suite de pas moins de 14 réunions et 4 sessions de négociation, permet d’avoir une définition conjointe sur la légalité, le système légal de vérification, de traçabilité et un système indépendant d’audit. En outre, la société civile est beaucoup plus impliquée dans l’élaboration des lois sur la gouvernance forestière et l’abattage industriel. Les premières livraisons de bois certifié légal sont attendues pour 2011. Selon le ministre congolais de l’Economie forestière, Henri Djombo, il y aurait 4 674 320 acres de forêts certifiées à ce jour dans son pays. Rappelons que le Congo exporte actuellement pour $ 330 millions de bois, essentiellement vers l’Europe. Bruxelles serait en train de négocier un même accord avec la Malaisie.
Autre grand mouvement de fond, à travers le monde on se tourne vers l’utilisation accrue de pellets de bois pour générer de l’énergie. Le Japon a déclaré que le nombre d’usines fabriquant ces pellets serait multiplié par cinq ces prochaines années, tandis que la société Scanstyle au Ghana est en train de développer des mécanismes pour réduire ses déchets de bois en utilisant la sciure pour fabriquer des pellets destinés à produire de l’électricité qui serait revendu au pays.

Cacao. Le cacao sur le marché de Londres a terminé la semaine au plus haut depuis le 17 avril, ne prêtant guère attention à la révision à la baisse, mercredi, par l’Organisation internationale du cacao de ses prévisions de déficit mondial : ce déficit ne serait pas de 193 000 t comme initialement annoncé mais de 84 000 t de cacao pour 2008/09, l’ICCO tenant compte de la forte chute des chiffres du broyage.
A noter que la Chine, qui est à la cinquième place mondiale en terme de broyage de fèves de cacao, offre actuellement aux Européens du beurre qui se vend à 1,65 voire 1,7 fois le cours des fèves sur le marché à terme de Londres, alors que le beurre de Malaisie est proposée à 1,82 fois. Du beurre qui, contrairement à l’habitude, évolue à la hausse en parallèle avec le prix des fèves, alors qu’habituellement ils évoluent en sens contraire. En effet, la demande en beurre semble timidement se redresser au plan mondial.
Rappelons que jusqu’alors les broyages ont fortement chuté sur fond de crise économique mondiale : la Malaise a accusé une chute de 17,9% des siens, alors que c’est le plus important broyeur de fèves en Asie.
A début mai, la poudre de cacao venant de Malaisie avait atteint son prix le plus élevé depuis 2001, à $ 3 000 la tonne. L’offre de poudre était effectivement bien là alors que celle de beurre se laissait désirer.

Café. Le marché du café est compliqué actuellement. En Amérique centrale, les Colombie flambent , se situant à 102 à 104 cents au-dessus des cours du marché à New York et cette même fièvre s’est emparée des Amérique centrale. L’Inde suit le mouvement avec des opérations spéculatives, proposant des Arabica A à 70 voire 90 cents au dessus des cours à terme. « Tous les torréfacteurs switchent le Colombie pour des cafés d’Afrique de l’Est », souligne un courtier. Car les Arabica africains n’ont pas suivi.
« Les Arabica risquent de chuter dans la douleur », poursuit le spécialiste. En effet, avec de tels différentiels, les négociants n’achètent pas et les stocks se forment dans les pays producteurs. Or, le marché risque d’être en fort déport, ce qui ne permet pas de financier le stockage.
Quant au Robusta, le Vietnam accuse des retards dans les livraisons et des annulations de contrat. Il leur resterait environ 200 000 t de café à vendre mais pas de bonne qualité avec 20 à 25% de triage. Rappelons que le Vietnam a beaucoup vendu en début de campagne.
En Afrique non plus, la qualité n’est guère au rendez-vous actuellement. Depuis le début de la campagne à début mai, le Cameroun aurait vendu environ le quart de sa récolte, soit quelque 9 000 t sur les 45 000 t produites ; la Côte d’Ivoire pour sa part aurait réalisé des ventes sur l’Algérie.
Alors que le différentiel entre Arabica et Robusta s’était fortement contracté l’année dernière avec la forte poussée des prix des Robusta, aujourd’hui l’écart se creuse à nouveau avec un différentiel qui équivaut quasiment au prix du Robusta, soit quelque 68-69 cents.
En fin d’année, la situation pourrait se renverser avec une tension attendue sur les Robusta tandis qu’on risque de ployer sur les volumes d’Arabica provenant soit des invendus étant donné leur prix élevés actuellement, soit de la récolte brésilienne qui s’annonce importante.

Caoutchouc. Sur le marché à terme de Tokyo, les contrats à terme du caoutchouc ont terminé la semaine en légère hausse, soutenus par le recul du yen et par le pétrole qui continue d’osciller près d’un plus haut de six mois. La fermeté des prix à terme a également soutenu les prix au comptant qui étaient avantagés par le resserrement des offres, a souligné un trader en Thaïlande.

Sésame. Le marché des graines de sésame est actuellement assez baissier, la Chine ne se portant guère à l’achat car elle attend de voir à quels prix la Birmanie va vendre sa nouvelle récolte. Celle-ci va démarrer ces jours-ci et se déroule jusqu’en juillet. Ce pays produit environ 200 000 t de graines chaque année et les exporte très bon marché.
Par ailleurs, le Japon, acteur majeur sur la scène, a beaucoup importé en 2008 à des niveaux de prix très élevés. Ceci a été répercuté sur les prix à la consommation de détail qui aurait, de ce fait, accusé une baisse de 30%. Les importations sont donc quasiment gelées depuis décembre dernier.
Quant à l’Afrique, la récolte a démarré il y a trois semaines environ en Tanzanie et les volumes sont au rendez-vous. Le Mozambique va enchainer avec, là aussi, une belle récolte. Toutefois, les producteurs risquent d’être très déçus par les prix qu’on va leur proposer pour leur récolte.

Sucre. Les prix du sucre se consolident en cette fin de semaine, ayant atteint au début de celle-ci des plus hauts depuis près de trois ans. La situation demeure toujours la même et les prix devraient rester soutenus dans les mois à venir avec la demande de l’Inde et du Pakistan.

Thé. Cette semaine, aux ventes aux enchères de thé au Kenya, les prix étaient soutenus pour atteignant $ 3,12 à 2,88 contre $ 2,89 et 2,72 la semaine dernière. Notons que la sécheresse dans ce pays a réduit de 7% sa production de thé noir au premier trimestre 2009, à 65 800 t contre 70 700 t sur la même période l’année dernière. Les acheteurs les plus actifs venaient du Pakistan, d’Egypte et d’Afghanistan.
Au Burundi, l’Office du thé a annoncé lundi que les prix du thé avaient été légèrement en hausse sur le mois d’avril par rapport au mois précédent à cause d’une offre moins forte, à $ 2,19 contre $ 2,11 pour un prix moyen rassemblant des belles qualités de BP1, PF1, PD et D1. L’OTB a exporté 360 t en avril contre 725 en mars. Le pays s’attend à récolter 7 500 t cette année contre 7 000 en 2008. Toutefois, les recettes d’exportation et de ventes locales seraient en baisse à $ 11,4 millions contre $ 13,7 l’année dernière.

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