29 mai 2019 - 11:59 |

Au Niger, le brasseur Braniger ferme ses portes

Dans une "note d'information" destinée à ses clients et partenaires en date du 20 mai, le directeur général de la société des Brasseries et boissons gazeuses du Niger (Braniger), Xavier de Boisset,  annonce sa  prochaine dissolution.

"Nous avons le regret de vous annoncer que face aux pertes cumulées depuis plusieurs années et compte tenu de la baisse des ventes depuis le début de l'année, le Conseil d'Administration a convoqué une Assemblée Générale le 10 juin 2019 en vue de dissoudre Braniger ce qui entrainera ainsi dans les prochaines semaines l'arrêt des activités de productions et de ventes".

Et le groupe de préciser dans la même lettre "Selon les stocks disponibles, nous devrions continuer la commercialisation des produits jusqu'en juin 2019", soulignant par ailleurs que les consommateurs pourront rapporter les emballages pour la déconsignation jusqu'à fin décembre 2019.

Le Niger en négociation avec Castel

Rappelons que Braniger, filiale du groupe français Castel (sur l'histoire de ce groupe, lire le très intéressant article paru dans Le Monde du 24 mai Castel, vin bon marché, triomphe discret ), est l'unique brasserie au Niger. Importatrice et fabricant également d'autres boissons gazeuses, elle a été créée en 1967 et compte environ 400 salariés directs et indirects. Braniger c'est quatre marques de bière, l'embouteilleur pour Coca Cola, cinq marques de soft, 23 boissons produites localement, une dizaine de marques d'eau, cannettes et vin importés, sans oublier le magasin principal et 4 plateformes de distribution en province.  Une fermeture qui met dans l'embarras tout un segment économique du pays, les magasins, les bars, hôtels, restaurants, etc.

Pour sa part, Castel n’a fait aucune annonce sur son départ du Niger mais le ministre nigérien de l'Industrie, Mallam Zaneidou Amirou, a déclaré à RFI que « Le gouvernement du Niger a engagé des consultations afin de trouver une issue qui permette de ne pas arriver à cette liquidation décidée par le conseil d'administration de Paris ». Certaines sources, dont Actuniger, souligne "qu’un investisseur national a manifesté son intérêt pour la reprise partielle de certaines activités de l’usine, mais sans la production et la vente des produits alcoolisés."

Des difficultés depuis 10 ans

Depuis le début de l'année, Braniger a vu ses ventes chuter, ce qui se greffe sur dix ans de pertes financières. Sur un investissement total de près de € 20 millions, il aurait perdu € 5,8 millions, rapporte Reuters. En cause, la rude concurrence, parfois déloyale, des produits importés des pays voisins souligne-t-on. Sans doute aussi, une faible consommation structurelle de la bière dans ce pays musulman, qui a sans doute encore baissé.

Déjà en 2012, dans un reportage dans Divergence Images, Pascal Parrot soulignait des ventes annuelles au Niger "plus faibles que dans d'autres pays africains, avec 12 millions de litres, à cause du faible pouvoir d'achat, de l'interdiction de communiquer sur la bière, ainsi qu'aux taxes très fortes qui sont passées de 25% à 45% sur la bière en 2012. Le poids des bières dans ses ventes totales représente encore 60% mais est en diminution par rapport aux boissons gazeuses non-alcoolisées." Et l'enquêteur  de souligner que dès  2012, Braniger connait une importante révolution avec une refonte globale de son organisation commerciale, de sa stratégie client, marketing et de distribution. De gros investissement sont réalisés de 2010 à 2012 avec un groupe électrogène 1500 KVA, une chaudière, une station de traitement du Co2, des laveuse, convoyeurs, ligne PET (bouteilles plastiques), 2 cuves réfrigérées pour la bière, etc.

 Malgré ces investissements ces dernières années par le groupe Castel, les comptes de la société ne se sont guère améliorés et les perspectives plutôt moroses.

Une maison mère en plein essor

Visiblement, le Niger ne fera pas partie des marchés à succès pour le groupe français. Un géant sur ce segment agroindustrielle. L'année dernière, Le Monde Diplomatique rappelait que "La petite entreprise familiale s’est muée en un groupe de 37600 salariés et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, présent dans une cinquantaine de pays [240 filiales, Ndlr]. Numéro un des vins français, au troisième rang mondial des négociants viticoles avec 571 millions de bouteilles vendues, Castel occupe surtout la deuxième place des producteurs de bière et de boissons gazeuses sur le continent africain, où il réalise plus de 80 % de son chiffre d’affaires et dont il tire l’essentiel de ses bénéfices." Castel embouteille et distribue 20 % de la production continentale du géant américain Coca-Cola.

Castel a toujours joué aussi la carte des alliances. Dès 2001, il s'allie au premier brasseur sur le continent, SABMiller (racheté en 2016 par le belge Anheuser-Busch, AB InBev) et conclura, en 2012, un échange de participation au capital de leurs activités africaines resectives. A eux deux, ils contrôlent 60% du marché africain des boissons, souligne Le Monde Diplomatique. Castel est aussi partenaire de Heineken au Maroc et au Cameroun et fabrique aussi sous licence et distribue la Guinness de Diageo dans une dizaine de pays du continent, dont en Afrique de l'Ouest bien sur.

Et l'avenir africain est très prometteur pour Castel, soulignait encore notre confrère, grâce à sa croissance économique, son urbanisation galopante et sa classe moyenne toujours plus nombreuse. "La consommation progresse chaque année de plus de 5%", écrit Olivier Blamangin qui a enquêté. "Un nouvel eldorado pour les brasseurs, dont les marchés s’essoufflent en Europe et en Amérique du Nord. Les experts de la Deutsche Bank estiment que l’Afrique subsaharienne devrait ainsi représenter, au cours de la prochaine décennie, plus d’un tiers de la croissance mondiale des ventes de bière. Ce dynamisme profitera au groupe Castel, dont les activités dans ce secteur pourraient doubler d’ici à 2025, sans nouvelles acquisitions, par la seule croissance des marchés sur lesquels il est implanté. D’autant qu’il dispose d’un quasi-monopole dans une quinzaine de pays francophones ou lusophones."

Ainsi, comme le notait l'Organisation mondiale  de la santé (OMS) dans son rapport 2017 "Monitoring Alcohol Marketing in Africa", si la consommation d’alcool est bien plus faible dans les pays à forte majorité musulmane où la vente d’alcool est très encadrée et l’achat d’alcool très mal vu socialement, globalement les perspectives des brasseries en Afrique sont prometteuses.

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