29 novembre 2019 - 15:35 |

Fin des importations, inscription à la GCX… le Ghana témoigne tout son amour pour son riz local

Au Ghana, les promoteurs du riz local viennent de passer une semaine incroyable. Alors qu’une indifférence générale régnait sur le sort du riz local au Ghana il y a une semaine, le gouvernement a annoncé mercredi sa volonté de stopper les importations de riz d’ici 2022. Une première surprise à laquelle il faut ajouter l’annonce hier de l’inscription du riz local à la Bourse des produits du Ghana (GCX) avant la fin de l’année, souligne GhanaWeb.

« Ainsi, d’ici la fin de l’année, la Ghana Commodity Exchange commercialisera du riz, nous allons lister le riz paddy et le riz blanchi », peut-on lire. Une annonce réalisée ni plus ni moins par le docteur Kadri Alfah, président-directeur général de GCX, qui informe donc que le riz local sera inscrit parmi les produits à échanger de la bourse d’ici la fin de l’année, certainement au mois de décembre, puisque l’inscription du riz à la bourse est soumise à l’autorisation et la certification de la Securities and Exchange Commission (SEC). Une fois l’approbation validée par la SEC, cela permettra à un million de tonnes métriques de riz local (plus de 20 millions kg) d’être inscrit aux registres de la GCX, de quoi favoriser la production et la consommation de riz ghanéen dans le pays.

L’élément déclencheur : la campagne de Citi FM

Il aura fallu que le média Citi FM informe dans un reportage de la délicate situation traversée par les riziculteurs ghanéens pour que le phénomène s’embrase et arrive jusqu'aux oreilles du gouvernement. A la suite de son reportage, le chef de la direction de Citi FM, Samuel Attah-Mensah, a lancé une campagne « Buy Ghana Rice » afin d’inciter les consommateurs à privilégier l’achat de riz ghanéen plutôt que celui issu des importations. Il s’est alors déclaré ambassadeur de la consommation de riz local (Lire : Vers la promotion du riz local au Ghana).

Lundi / Mardi : Un sujet au centre de l’actualité

Le sujet embrase l’actualité. Parmi de nombreux intervenants on peut citer les mots de John Dumelo, acteur, qui dénonce la faiblesse des prix du riz importé sur Twitter : « Cela vous intéressera de savoir que le riz importé (après avoir payé tous les frais de port et les droits de douane facturés au port) est toujours moins cher que notre riz local ».

Okyeame Kwame, ambassadeur de « Made in Ghana » ajoute sa voix à cette véritable campagne de promotion du riz local en mettant en avant des arguments patriotiques et économiques : « Le combat Made in Ghana est réel, il est temps de le présenter au monde entier. Rejoignez les nombreux patriotes conscients et épris de nation qui défendent #BuyMadeInGhanaRice et économisez 2 milliards de dollars par an au Ghana ».

Qui sont les responsables de cette situation ?

Les regards se tournent rapidement vers les banques. Yaw Adu-Poku, président de la Rice Millers Association se plaint que les banques ne souhaitent pas aider les meuniers par des facilitations de prêts. En s’exprimant sur The Point of View -qui est devenu le média de référence de cette campagne- le président déclare : « Appelez les PDG [de la Banque] et demandez-leur. Ils sont tous ghanéens et apprennent par eux-mêmes combien d'entre eux parrainent des agriculteurs ». Eloquent. Sont rapidement mis en cause les exigences des banques qui demandent des biens fonciers, des produits que les agriculteurs ne peuvent produire, etc. Mais surtout, les banques sont décrites comme « favorables aux importateurs parce que [leur] délai d’exécution est si court », peut-on lire.

En outre, le riz local coûte cher à cause des intrants, des semences certifiées, des engrais, etc. Mais Lily Marie, directrice générale d'AgroKings, producteurs de Nana Local Rice, témoigne d’un autre aspect : « L'un des aspects, très coûteux, consiste à effrayer les oiseaux de la ferme. Il faut que des êtres humains se tiennent sur la ferme et crient fort pour que les oiseaux s'en aillent, car ils n'ont pas peur des épouvantails. Les oiseaux qui viennent chercher du riz sont très résistants et c'est l'un des aspects de notre coût qui est vraiment élevé. Nous avons donc une équipe avec qui nous avons développé ces robots pour effrayer les oiseaux ».

Enfin, le dernier argument apporté relève de l’absence d’offre et de demande. Les commerçants déclarent l’absence de riz local à Accra : « Je vends des produits de base de riz depuis 15 ans, mais je n’ai jamais vendu le riz local », souligne un commerçant d’Accra. Mais certains commerçants – affrayés de subir des pertes- soulignent d’un autre côté l’absence de demande : « Je ne vends pas de riz local car il est très peu demandé. J'aurais aimé le vendre. Une seule personne a réclamé le riz local dans mon magasin toute l'année », peut-on lire.

Mercredi : La réponse du gouvernement souligne l'interdiction d’importer du riz d’ici 2022

Le vice-ministre de l'Alimentation et de l'agriculture, Kennedy Osei Nyarko, a annoncé lors d'une réunion avec les producteurs de riz locaux à Avalavi Weta, dans la région de la Volta, qu’il interdirait l’importation de riz local d’ici 2022 : « Le gouvernement a un plan, et nous nous sommes donnés jusqu'en 2022 pour interdire les importations de riz dans ce pays » et prend le soin d’ajouter, « Je ne suis pas ici pour condamner le riz étranger, mais je dois dire la vérité: notre riz est plus sain et nutritif que ceux qu’ils apportent de l’étranger », souligne le vice-ministre. Enfin, le gouvernement annonce qu’il travaille également avec Wienco Ghana Limited pour acheter tout le riz paddy provenant des agriculteurs du pays. Il s’agit là d’une véritable prise de conscience.

Toutefois, pour mener ce projet à terme, les agriculteurs vont devoir augmenter considérablement leur production de riz pour satisfaire la demande nationale. En effet, le pays consomme 940 000 tonnes de riz par mois, alors qu’il n’y en produit que 400 000 tonnes.

Mais des questions restent toujours en suspens, parmi lesquelles le prix d’achat du riz local jugé trop élevé par les consommateurs ghanéens.

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