29 décembre 2011 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Des marchés calmes en cette période de fête

(29/12/2011)

CACAO. A l’instar de l’ensemble des matières premières et avec une livre sterling qui perd de la couleur face au billet vert, le cacao a fait un plongeon hier, le terme mars perdant $ 83 la tonne ou encore 3,8%, à $ 2 133. Les contrats sur le marché spot terminent l’année en chute libre de 30%, la plus forte baisse annuelle depuis 1999. Aussi le cacao accuse-t-il la deuxième plus mauvaise performance de toutes les matières premières de l’indice Thomson Reuters/Jefferies CRB.
En revanche, pour la première fois depuis plusieurs semaines, le prix bord champ a augmenté la semaine dernière chez le premier producteur mondial: dans la région de Gagnoa, ils sont passés de FCFA 500 à 550-575 le kilo. En effet, les prix versés aux ports ivoiriens sont stables voire en hausse car les opérateurs stockeraient par crainte de manquer de cacao. La campagne principale commence à tirer à sa fin et les opérateurs craignent un approvisionnement étroit en début d’année prochaine. De leur côté, les planteurs évoquent le manque d’eau et l’harmattan qui affectent les cacaoyers.
A noter qu’au moment où le conseil de ministres vient d’adopter le budget 2012 et que la réforme de la filière cacao est en haut de l’agenda gouvernemental, les négociants, acheteurs et exportateurs de fèves, comme Sucden ou encore Armajaro, ont adressé une lettre ouverte aux autorités leur demandant de mettre un terme à l’avantage fiscal accordé aux broyeurs locaux (Cargill, Barry Callebaut, ADM, Cemoi) depuis 1991/92, soulignant que c’était une mesure discriminatoire. Ce droit unique de sortie (DUS) réduit à FCFA 70 le kilo contre FCFA 220 payés par les exportateurs aurait coûté au gouvernement ivoirien quelque FCFA 34 milliards ($67,11 millions) en 2010, est-il souligné dans la lettre. Rappelons que les 4 industriels locaux broient entre 415 000 et 450 000 t de fèves par an.

CAFE. L’Arabica fait figure d’exception parmi les matières premières, enregistrant hier une hausse le menant à $ 2 2675 la livre, son plus haut depuis le 9 décembre sur le marché à terme de New York. Les origines ne sont pas au rendez-vous sur le marché du physique et on a constaté des opérations de couverture dans un marché globalement calme en cette période de fête. Toutefois, les contrats sur le marché sport s’apprêtent à terminer l’année sur une baisse de 7% par rapport à janvier 2011, ce qui contraste singulièrement avec la hausse de 77% enregistrée en 2010.
Mais c’est le Robusta qui fait la Une de l’actualité du café en cette fin d’année. Selon les analystes, les prix pourraient grimper à nouveau début 2012 car les exportateurs au Vietnam, premier producteur de Robusta, devront faire face à des conditions de financement étroites, les banques ayant resserré leurs conditions de prêt. On voit le prix du Robusta grimper de 10 à 20% ce qui oblige les exportateurs à payer davantage le café bord champ, ce qui, à son tour, conduira les planteurs à puiser dans leurs stocks et à approvisionner davantage le marché, probablement au deuxième trimestre 2012. Rappelons que le café du Vietnam se vend actuellement à prime sur le marché de Londres alors qu’habituellement, en cette période de récolte, il fait l’objet d’une décote : on manque, en effet, de produit physique du fait de la politique de rétention menée par les planteurs. Ceci pose des difficultés aux acheteurs qui, habituellement, attendent cette période de récolte pour acheter moins cher.
La récolte vietnamienne 2011/12, qui s’achève en septembre prochain, devrait atteindre 20,83 millions de sacs de 60 kg, soit une hausse de 9% par rapport à la campagne dernière. Ceci représenterait 14% de la production mondiale de café. Mais les exportations de décembre ont chuté de 8,5% par rapport à décembre 2010, à 150 000 t.
Une situation d’autant plus étroite sur le marché du physique des Robusta que l’Indonésie, qui enregistre cette année une mauvaise campagne à 8,75 M contre 9,129 Ms la campagne denrière, s’est tournée vers le Vietnam pour s’approvisionner.
Autre facteur haussier, l’annonce de l’Organisation internationale du café que la récole caféière 2011/12 à 128,6 Ms contre 133,1 Ms la campagne précédente. Or, face à cela, la consommation continue d’augmenter de 2,5% par an.

CAOUTCHOUC. L’activité est ralentie sur le Tocom en cette période de fête. Les cours se sont légèrement appréciés le 28 décembre mais les gains ont été limités à 271,6 yens ($3,49) le kilo pour une livraison juin. Les courtiers estiment que les prix devraient encore augmenter en janvier avec la baisse saisonnière de l’offre des principaux pays producteurs en raison de la saison sèche.

COTON. Les cours du coton se sont raffermis, gagnant 2,77 cents le 28 décembre à 90,68 cents pour le contrat de mars, soit un plus haut niveau depuis le 8 décembre. Une reprise attisée par les achats des investisseurs et des anticipations que les prix bas conduiront à une baisse des superficies plantées aux Etats-Unis et dans d’autres pays en 2012. « Tout le monde a été complètement baissier et le marché était survendu » , indique aussi Sharon Johnson, analyste senior chez Penson Futures à Atlanta, en Géorgie.
Néanmoins, le coton est en bonne voie pour être le deuxième produit le moins performant cette année, alors qu’en 2010, il était le deuxième produit le plus performant avec un gain de plus de 90% sur l’année. Dans son dernier rapport mensuel publié le 23 décembre, Cotlook a révisé à la hausse, de près de 15%, ses estimations des stocks mondiaux de clôture 2011/12 à 4,088 millions de tonnes (Mt) sous l’effet d’un nouvel affaiblissement de la consommation. La nouvelle estimation de la consommation mondiale 2011/12 a été amputée de plus de 800 000 tonnes à 22,715 Mt en décembre par rapport à novembre avec une baisse notamment de 500 000 tonnes en Chine et de 80 000 tonnes en Inde. Une baisse anticipée de la consommation qui dépasse largement celle de la production, et engendre un confortable surplus de plus de 4 Mt. La production mondiale en 2011/12 est estimée à 26,803 Mt (-276 000 tonnes par rapport à novembre), une baisse surtout sensible en Inde (-170 000 tonnes) et aux Etats-Unis (-109 000 tonnes).
Dans ses prévisions pour 2012, la Commerzbank affiche un certain optimiste sur le coton. La banque allemande estime que parmi les soft commodities, le coton a un potentiel de gains solides pour les investisseurs et que les prix de la fibre blanche devrait remonter à une moyenne de 110 cents la livre au second semestre 2012. «Si le vent de face sur les marchés financiers diminue et l’économie mondiale se redresse comme nous le prévoyons, au cours de l’année 2012, la perspective de la baisse des superficies sera le point pour un redressement des prix du coton. » indique la banque.

HUILE DE PALME. Les cours de l’huile de palme ont grimpé à un plus haut de près de 5 semaines le 28 décembre sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange à 3 185 ringgits ($1000) la tonne avec une activité particulièrement soutenue, surtout en cette période avant le nouvel an. La sécheresse en Amérique du Sud qui pourrait abaisser les rendements en soja et potentiellement tendre l’offre d’huile de soja a provoqué la hausse du marché. «Les yeux sont rivés sur les conditions météorologiques en Amérique du Sud et La Nina, mais ce n’est pas exactement un gros problème car la Chine dispose de stocks suffisants en huile de soja. La probabilité d’une grave perturbation de l’approvisionnement n’est pas grande » estime Zhang Juan Cong, un analyste à Dadi Futures à Hangzhou.
Les cours de l’huile de palme devraient connaître cette année leur première baisse annuelle depuis 2008, affectés par les inquiétudes de la crise de la dette de la zone euro avec la baisse de la croissance économique et de la demande pour les matières premières. L’huile de palme a perdu plus de 22% depuis le début de l’année. Les derniers chiffres des exportations de Malaisie (1-25 décembre) montrent une baisse de près de 12% après une forte hausse constatée en juillet et en août.

RIZ La faiblesse de la demande a encore poussé plus bas les prix du riz en Asie cette semaine, une chute toutefois limitée par l’intervention du gouvernement thaïlandais et de la Food Association du Vietnam. Le prix du riz Thai 100%B est tombé à $580 la tonne, contre $590 la tonne la semaine dernière, soit bien en dessous du niveau de $650 la tonne à la mi-octobre lorsque la Thaïlande a lancé sa politique d’intervention. Certains meuniers offrent du riz à des prix inférieurs, certains faisant face à des problèmes de trésorerie à la suite des graves inondations mais aussi à la faiblesse de la demande. Mais les prix ne devraient cependant pas tomber plus bas, le gouvernement thaïlandais accélérant son programme d’achat. Au Vietnam, le prix du riz 5% de brisures recule aussi à $465 la tonne Fob contre $470-475 la semaine dernière tandis que le 25% de brisure s’est stabilisé à $420-430 la tonne. La semaine dernière la Vietnam Food Association a fixé un prix plancher pour les exportateurs afin d’éviter une chute des prix qui pourrait compromettre l’accord pour la livraison en 2012 de 300 000 tonnes de riz à la Malaisie. Les prix sont de $500 pour le 5% de brisure et $470 pour le 25%. Ces niveaux indicatifs sont comparables aux prix pratiqués en Inde entre $430 et $470 la tonne. ”Je ne m’attends pas à voir les prix vietnamiens tombés plus bas que ce niveau car leurs offres sont maintenant proches du riz indien”, indique un trader indien.

SUCRE. Le sucre roux a terminé en baisse de 2%, sur un mouvement de liquidation après avoir grimpé à son plus haut en trois semaines. Mais globalement l’activité sur le marché à New York est demeuré très faible en cette période de fête.
Le sucre roux pourrait enregistrer la pire performance de toutes les matières premières sur l’année qui s’achève. Rappelons qu’en 2010, les prix avaient fait un bond car l’Inde, numéro deux mondial derrière le Brésil, avait été obligé d’importer massivement car sa récolte avait été médiocre. En revanche, cette année, New Delhi est redevenu un exportateur net, renversant ainsi la tendance des cours mondiaux.

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