30 mai 2018 - 14:30 |

Volatilité du marché mondial du riz en 2018

Le marché international du riz est sorti du cycle de la stabilité suite à la très forte diminution des stocks dans les pays exportateurs. S’ouvre une période d'une  plus grande volatilité déjà perceptible sur les premiers mois de 2018.

L’Afrique demeure un marché stratégique pour les pays asiatiques car c’est le premier pôle mondial d’importation. Pourtant, Afrique de l’Ouest affiche l’ambition d’être autosuffisante en riz en 2025.  Un objectif difficilement réalisable.

Interview à CommodAfrica de Patricio Mendez del Villar, chercheur au CIRAD, à l'occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018 sur les marchés mondiaux des commodités (cf. nos informations).

Quelle est votre analyse du marché international du riz ?

Les cours du riz sont à la hausse depuis la fin 2017. Mais, ce qui caractérise le marché aujourd’hui c’est la volatilité. Nous assistons à la fin d’un cycle de stabilité, qui a duré 3 à 4 ans et était lié aux stocks des pays exportateurs. Ainsi, la Thaïlande a divisé par trois ses stocks de riz. Avec des stocks fortement réduits s’ouvre une période d’instabilité.

Actuellement, les stocks des pays exportateurs sont à leur plus bas niveau depuis 2008. Ce n’est pas forcément le signal d’alerte d’une nouvelle crise. Je dirais que c’est un retour à la normalité car historiquement, les cours du riz ont connu une forte fluctuation.

Ainsi, sur les premiers mois de 2018, nous avons eu en janvier une hausse des prix suite à la demande d’importation de l’Indonésie, puis une baisse pour à nouveau avoir une flambée des prix en avril avec les importations des Philippines. L’arrivée prochaine du Bangladesh plus l’Afrique de l’Ouest et la Chine dans quelques semaines font que les prix vont à nouveau monter.

L’évolution des prix est toutefois différenciée suivant les principaux pays, Inde, Vietnam ou Thaïlande ?

Oui, car chaque pays travaille sur des marchés différents. L’Inde est complètement absente des marchés indonésien et philippin, de l’Asie du sud-est de manière générale. Elle a donc été moins impactée par ces mouvements de prix. En outre, l’Inde détient des stocks importants et donc des disponibilités exportables significatives. Elle se concentre sur le marché du Moyen Orient pour le riz basmati, plus rémunérateur, et sur l’Afrique. L’Inde est le premier fournisseur de riz de l’Afrique de l’Ouest.

Tout ceci est suivi et regardé à la loupe par la Chine, premier importateur mondial, mais qui détient 60% des stocks mondiaux. Elle mène aussi une politique de déstockage. En 2017, elle a exporté 1,5 million de tonne (Mt) et va probablement aussi exporter cette année. Elle est devenue le 1er fournisseur de la Côte d’Ivoire (cf. nos informations).

Comment se présente la production mondiale de riz en 2018 ?

Le riz a été semé, il est encore dans les champs en Asie. 2018 est peut-être une bonne année pour la production asiatique car les pluies seront suffisantes et même abondantes. Cela veut dire que la production, qui sera récoltée en Asie fin 2018, sera en hausse.

Du côté du commerce, nous anticipons une diminution après le record réalisé avec plus de 48 Mt en 2017, mais nous resterons très proche des 47 Mt selon les premières estimations.

La CEDEAO affirme vouloir atteindre l’autosuffisance en riz en 2025. Est-ce réalisable  ?

En 2025, la région comptera 100 millions d’habitants en plus. Nous allons donc passer d’une consommation de riz de 30 Mt à 45 Mt. Pour parvenir à l’autosuffisance en Afrique de l’Ouest, il faudrait doubler la production et donc afficher des taux de croissance de 11% par an. C’est très difficile à tenir. Aucun pays au monde n’y est parvenu sur la durée. Même durant la révolution verte en Asie. Rappelons qu’il a fallu 20 ans (1998-2018) pour doubler la production de riz en Afrique sub-saharienne.

L’histoire du riz en Afrique c’est comme le verre à moitié plein ou à moitié vide. La production a certes progressé mais les importations aussi.

Des consommations apparentes par tête entre 90 et 110 kilos par an en Afrique de l'Ouest

Sur la production, je commence à avoir de sérieux doutes sur les volumes annoncés. Lorsque nous additionnons la production et les importations et que l’on divise ce chiffre par la population, on trouve des consommations apparentes par tête entre 90 et 110 kilos par an et par habitant. Au niveau mondial, nous sommes à environ 65 kilos. Consommer 100 kilos par an et par habitant, cela revient à manger du riz trois à quatre fois par jour. Ce sont des régimes alimentaires de type asiatique.

Des pays, comme le Bénin, pratiquent aussi la réexportation ?

Le Nigeria certes reçoit tout le riz importé du Bénin, mais le Bénin ne s’en cache pas. Ils importent entre 1 et 1,5 Mt de riz par an, et au moins 1 à 1,2 Mt partent sur le Nigeria. La Côte d’Ivoire importe 1,2 Mt de riz par an et en produit presque autant. Le surplus est exporté ou réexporté mais vers où ? Le Mali est quasiment autosuffisant. Au Burkina Faso, les importations restent relativement limitées par rapport aux grands pays importateurs de la sous-région. Certes, elle exporte un peu vers le Ghana et la Guinée, mais au total, les exportations ivoiriennes ne dépasseraient pas 200 000 tonnes.

La production de riz est vraisemblablement surestimée dans de nombreux pays ouest-africains. C’est un sujet très sensible.

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