30 septembre 2022 - 13:12 |

La Chronique matières premières agricoles au 30 septembre 2022

Les marchés financiers européens demeurent hautement préoccupés par les tensions géopolitiques alors que le président russe Vladimir Poutine annonce aujourd’hui l'annexion de quatre régions ukrainiennes après l'organisation de référendums dans ces régions. En outre, les craintes sur l'inflation et le risque accru de récession s’attisent. L'inflation annuelle dans la zone euro en septembre 2022 est estimée à 10 %, contre 9,1 % en août, en accélération selon une estimation rapide publiée aujourd’hui par Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne (8,9% en juillet). « S'agissant des principales composantes de l'inflation dans la zone euro, l'énergie a le taux d'inflation le plus élevé en septembre (40,8%, contre 38,6% en août), suivi de l'alimentation, alcool et tabac (11,8%, contre 10,6% en août), les biens industriels hors énergie (5,6%, contre 5,1% en août), les services (5,6%, contre 5,1% en août) », indique le site français spécialisé Boursorama. Pour sa part, l’Allemagne a annoncé hier une progression plus forte que prévue, de 10,9% sur un an, des prix à la consommation, leur niveau le plus élevé depuis 1996. D’où les craintes d'une nouvelle forte hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE), avec le risque d'un atterrissage brutal de l'économie.

Aux Etats-Unis, où la contraction de l'économie au deuxième trimestre a été confirmée à 0,6% en rythme annualisé par rapport aux trois mois précédents, le président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, James Bullard, a estimé que le risque de récession était élevé mais que la Federal Reserve américaine devait augmenter rapidement ses taux pour atteindre le niveau minimal approprié pour lutter contre l'inflation.

Sur le marché des changes, le dollar cédait 0,23% hier au moment de la clôture des bourses européennes face un panier de devises de référence. L'euro a ainsi clôturé à $ 0,9776.

Quant au pétrole, les cours sont volatils, les investisseurs hésitant entre les craintes sur la demande et une possible baisse de la production de l'Opep+. A la clôture hier soir des bourses en Europe, le Brent était à $ 89,43 le baril après être monté en séance au-dessus des $ 90, tandis que le brut léger américain (WTI) terminait à $ 82,48 le baril.

CACAO  CAFE  CAOUTCHOUC  COTON  HUILE DE PALME  RIZ  SUCRE

CACAO

Le cacao a enregistré une belle hausse cette semaine, Londres passant de £ 1 857 la tonne vendredi dernier à $£ 1 941 à la clôture hier soir sur l’échéance décembre, tandis que New York sur le même terme grimpait de $ 2 247 à $ 2 327. Hier les fèves ont même touché un pic d’un an et demi ,à £ 1 972.

La raison de cette poussée de fièvre ? Il faut regarder du côté de la livre sterling qui est affaiblie et qui, de ce fait, rend très bon marché l’achat de cacao sur cette place. Car, rappelons que le cacao est quasiment la dernière grande matière première agricole à ne pas être cotée en dollar à Londres.

Alors que la campagne 2021/22 s’achève, les arrivages de fèves aux ports d’Abidjan et de San Pedro en Côte d’Ivoire sont estimés par les exportateurs avoir atteint 2,106 millions de tonnes (Mt) au 25 septembre et ce, depuis le 1er octobre dernier. Ceci représente une baisse de 4,1% des volumes par rapport à la même période la campagne dernière.

En Côte d’Ivoire toujours, les très fortes pluies dans les zones de production font apparaitre une vague de pourriture noire sur les cabosses, ce qui inquiète des planteurs. Ces cabosses infectées sont en plus grand nombre que l’année dernière à pareille époque mais n’auraient pas encore atteint un point de crise, ont-ils indiqué à Reuters.

CAFÉ

La chance tourne … Cette semaine, c’est l’Arabica qui a enregistré une belle progression alors que le Robusta glissait. A New York, où est cotée la première variété de café évoquée, la livre (lb) est passée de $ 2,2045 vendredi dernier à $ 2,257 hier soir sur l’échéance décembre, tandis que le Robusta à Londres glissait de $ 2,232 à $ 2 182 la tonne sur le terme novembre.

Rien d‘étonnant sur l’Arabica car les stocks mondiaux certifiés de la bourse de New York sont au plus bas depuis 23 ans. A ceci s’ajoutent les dernières révisions à la baisse de la récolte brésilienne.

En revanche, les exportations du Honduras, qui exporte des Arabica Autres Doux, sont attendues à 5,5 millions de sacs de 60 kg (Ms) sur la nouvelle campagne 2022/23 qui s’ouvre, soit une hausse de 17,7% par rapport à celle qui s’achève.  

Côté Robusta, les caféiers au Vietnam n’auraient pas souffert du passage cette semaine du typhon Noru, un des plus importants typhons en deux décennies. Il a balayé le nord des Central Highlands, la ceinture caféière vietnamienne, mais apparemment sans occasionner des dégâts aux caféiers, ont indiqué des traders sur place à Reuters.

« La nouvelle campagne démarre traditionnellement en octobre mais, en réalité, les nouveaux grains de café n’arriveront qu’en novembre. Les pluies en septembre et en octobre n’abîment que peu ou pas du tout les arbres », explique un des traders. Pour un autre, il est encore trop tôt pour évaluer la qualité des cerises mais il a rappelé qu’étant donné leur coût élevé, certains producteurs avaient réduit la quantité d’intrants utilisés sur les caféiers.

Côté commerce, il n’y a quasiment plus de café à vendre au Vietnam et ce depuis des semaines maintenant, et les quelques lots qui restent se sont vendu au même prix que la semaine dernière, soit à 46 400-47 400 dongs le kilo ($ 1,95-1,99.

A noter, toujours s’agissant du Vietnam, que le n°1 mondial du Robusta a enregistré une hausse de 13,7% de ses exportations de café sur les neufs premiers mois de l’année calendaire 2022, pour totaliser 1,3 million de tonnes ou encore 21,7 Ms, a indiqué hier la General Statistics Office. La progression en valeur est encore plus spectaculaire, à +37,6% pour totaliser des recettes de $ 3,1 milliards.

CAOUTCHOUC

Le marché du caoutchouc n’a pas gardé la dynamique de la semaine dernière avec une clôture hier sur l’Osaka Echange à 227,6 yens ($1,57) le kilo contre 228,6 yens jeudi dernier (les marchés étant fermés vendredi). En revanche à Shanghai, les cours se sont très légèrement appréciés passant de 13 205 yuans la tonne à 13 285 yuans ($1846) hier. Les marchés financiers chinois seront fermés du 1er au 7 octobre pour la fête nationale de la Golden Week. Les échanges reprendront le 10 octobre.

Le marché est toujours marqué par des inquiétudes persistantes concernant un ralentissement économique mondial, même si certaines données ont suscité un certain optimisme. Ainsi, les usines japonaises ont augmenté leur production pour un troisième mois consécutif en août. Quant à la Chine,  les messages sont mitigés.  Une enquête officielle a montré une expansion inattendue des usines chinoises, tandis qu'une enquête du secteur privé a montré une contraction à un rythme plus rapide.

La croissance économique en Asie de l'Est et dans le Pacifique s'affaiblira fortement en 2022 en raison du ralentissement de la Chine, mais le rythme d'expansion s'accélérera l'année prochaine, a annoncé mardi la Banque mondiale. L’organisation internationale  estime que la croissance dans la région ralentira  à 3,2% en 2022 contre 7,2% en 2021 en raison de la baisse de la croissance de la Chine , qui représente 86% de la production de la région des 23 pays,  à 2,8% contre 8,1% l’année dernière. Elle devrait atteindre 4,5% en 2023.

En Chine, les importations de caoutchouc naturel ont progressé de 8,9% de janvier à août 2022 en glissement annuel pour atteindre 3,55 millions de tonnes. Sur le mois d’août, elles grimpent de 14,5% à 464 200 tonnes. Toutefois, cette hausse reflète en grande partie l'arrivée tardive des expéditions précédente. « En raison des perturbations de la logistique d'expédition et de l'augmentation anormale du coût du fret maritime qui s'est poursuivie pendant plusieurs mois, il y a eu de longs retards d'expédition, en particulier en 2021 » souligne WhatNext. 

Côté entreprise, Toyota Motor Corp  a déclaré hier que sa production mondiale de véhicules avait augmenté à un rythme record au mois d'août, alors que le secteur se remettait de la pandémie de la Covid 19 et que la capacité de production augmentait, principalement à l'étranger.

COTON

« Le marché du coton s’est arrêté » souligne un négociant et les cours ont dégringolé. En un mois, ils ont perdu 27% de leur valeur. De 117,16 cents la livre le 29 août dernier sur l’ICE, les cours se sont continuellement abaissés pour tomber hier à 85,16 cents la livre. Vendredi dernier, ils se situaient à 92,54 cents.

« Tout le monde est tétanisé anticipant une énorme récession » ajoute le négociant. L’ouragan Ian qui a  dévasté  la Floride n’a pas fait broncher le marché. Au contraire, les cours ont chuté jeudi de 3%. Les derniers chiffres du département américain de l’Agriculture (USDA) sur les ventes hebdomadaires de coton américain soulignent la faiblesse des ventes avec seulement 73 200 balles.

La demande est faible. Actuellement pour le négoce, les ventes sont de 30 à 40% plus faibles qu’habituellement, indique le négociant ajoutant que les usines en Inde ne tournent qu’à 70 à 75% de leurs capacités. En Turquie ou au Vietnam, le taux serait à 50%.  Le prix du fil est beaucoup bas ce qui laisse les filateurs dans l’attentisme.

Un marché qui ne devrait pas aller à la « cave » mais on ne peut pas l’exclure totalement tout comme un léger rebond.

Les dernières prévisions du spécialiste Cotlook publiées aujourd’hui soulignent cette détérioration des fondamentaux du marché. La production mondiale de coton en 2022/23 a été légèrement abaissée suite à la destruction des récoltes au Pakistan et une révision à la baisse de la production de l’Inde en partie compensée par la révision à la  hausse de la production américaine mais surtout il a abaissé de 500 000 tonnes la consommation mondiale de coton, précisément en Inde et en Turquie. Conséquence, les stocks de clôture ont grimpé à 452 000 tonnes, contre 12 000 tonnes estimées il y a un mois.

HUILE DE PALME

Le contexte macroéconomique pèse sur le marché ainsi que la crainte d’une production plus importante et d’un affaiblissement de la demande sur le reste de l’année.

On s’oriente sur un cinquième baisse mensuelle sur marché de l’huile de palme, d’environ 18%. Hier, les cours sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange ont clôturé à 3 343 ringgits ($721,56) la tonne contre 3 733 ringgits vendredi dernier, cédant 10% sur la semaine.

 Les bonnes données sur les exportations d’huile de palme de Malaisie – elles ont progressé entre 18 et 21% sur les 25 premiers jours de septembre – n’ont pas suffit pour relancer le marché qui est sur une tendance baissière.

L’analyste principal Dorab Mistry a déclaré vendredi dernier lors de la conférence Globoil à Agra, en Inde que les prix de l'huile de palme plongeront à 2 500 ringgits ($547,29) d'ici la fin décembre, alourdis par l'amélioration de la production, la destruction de la demande et le ralentissement des principales économies.

En Malaisie, la contribution des exportations d'huile de palme et de produits à base d'huile de palme au revenu national est passée à 108,52 milliards de ringgits  l'an dernier, contre 73,33 milliards de ringgits en 2020, a indiqué la ministre des Industries des plantations et des produits de base, Datuk Zuraida Kamaruddin. Précisant que la contribution du sous-secteur de l'huile de palme au produit intérieur brut (PIB) de 2021 représentait 53,38 % de toutes les contributions des produits agricoles au PIB.

RIZ

Les prix à l'exportation du riz thaïlandais ont augmenté cette semaine, aidés par la demande du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud, tandis que les prix du principal exportateur, l’Inde, ont baissé sur une roupie plus faible.

En Thaïlande, les prix Thaï 5 % ont progressé à $422-$435 la tonne contre $420-$435 la semaine dernière à la suite d’une nouvelle demande du Bangladesh de 200 000 à 300 000 tonnes et des livraisons à l'Irak selon un négociant basé à Bangkok. Un autre négociant a cité la demande de l'Iran, mais seules quelques entreprises thaïlandaises répondent aux exigences des pratiques de fabrication de biens (BPF) pour desservir ce marché.

En Inde, les prix du riz étuvé 5%  ont baissé à  $376-$ 384 la tonne  contre $385-$392 la semaine dernière dans le prolongement de la chute de la roupie. En outre, le gouvernement a prolongé de trois mois  son programme de nourriture gratuite pour le pauvre.

Au Vietnam, les prix du Viet 5 % ont grimpé à $420-$425 la tonne contre de $400-$410 la semaine dernière avec la fin de la récolte été-automne. Cependant l'activité d'achat est faible.

Les exportations de riz du Vietnam au cours de la période janvier-septembre ont augmenté d'environ 19,3 % par rapport à l'année précédente pour atteindre 5,4 millions de tonnes, selon les données gouvernementales publiées jeudi. En valeur, elles ont progressé de 11,3 % pour atteindre $3,1 milliards. Les exportations de riz de septembre ont probablement totalisé 650 000 tonnes pour une valeur de $308 millions.

Le Bangladesh a autorisé les commerçants privés à acheter un total de 1,2 million de tonnes de riz alors que le gouvernement lutte pour contrôler les prix des céréales de base, a déclaré un responsable du ministère de l'Alimentation. Le gouvernement a finalisé des accords pour 530 000 millions de tonnes de riz dans le cadre d'accords interétatiques avec le Vietnam, le Myanmar et l'Inde.

En Corée du  Sud, le gouvernement et le Parti du pouvoir populaire (PPP) au pouvoir ont convenu dimanche dernier d'acheter 450 000 tonnes de riz à récolter cette année pour ses réserves de céréales de base alors qu'ils cherchent à stabiliser les prix du riz. Le montant est en forte augmentation par rapport aux 350 000 tonnes achetées un an plus tôt et le plus grand volume depuis 2005.

SUCRE

Le roux a encore pris le pas sur le blanc cette semaine, passant de 18,28 cents la livre (lb) vendredi dernier sur l’échéance octobre qui arrive à expiration aujourd’hui, tandis que le sucre blanc, sur l’échéance décembre, est redescendue de $ 532,70 à $ 529,80 la tonne hier soir.

Des prix du roux soutenus par les incertitudes quant à la fin de l’actuelle campagne au Brésil mais compensés partiellement par la perspective d’un excédent mondial la campagne prochaine et d’une demande globale incertaine étant donné le contexte économique.

Au Brésil, donc, sur la première quinzaine du mois de septembre, la production a atteint 2,86 Mt, soit 12,2% de plus que sur la même période l’année dernière mais très légèrement en dessous des 2,94 Mt attendues par les prévisionnistes du marché. Les broyages ont atteint 39,49 Mt de canne sur ces mêmes premiers 15 jours, en progression de 2,5% sur l’année dernière. « Malgré la baisse des chiffres cumulés jusqu’à maintenant, le cycle agricole actuel devrait durer plus longtemps (que celui en 2021/22) grâce au bon développement de la canne », a indiqué le directeur technique d’Unica, Antonio de Padua.

La Chine, importateur majeur de sucre sur la scène mondiale, a fixé hier son quota d’importation sur 2023 à 1,945 Mt, soit au même niveau que cette année, a indiqué le ministère du Commerce. Les quotas en volumes ont, en fait, bénéficié d’un abaissement du tarif à l’importation. Sur son site Internet, le ministère a indiqué que 70% du quota irait aux entreprises publiques étatiques.

Côté Etats-Unis, le Département de la Justice a fait appel hier de la décision prise vendredi dernier par le tribunal de district du Delaware en faveur du projet de US Sugar Cop de racheter son concurrent Imperial Sugar. Pour le gouvernement américain, cette fusion risquerait d’entrainer une hausse du prix du sucre tant pour les consommateurs que pour les industriels.

En France, moins de six mois après sa nomination, d’un « commun accord » avec le conseil d’administration, le directeur général Ludwig de Mot quitte la direction du plus grand fabricant de sucre de France, Tereos. Le groupe est également confronté à une baisse de production dans certaines usines après que TotalEnergies ait déclaré que les grèves dans ses raffineries l’empêcheraient de fournir du carburant diésel jusqu’à la fin de la semaine, selon la déclaration hier de son porte-parole. Reuters rappelle que Tereos fournit aux agriculteurs le carburant pour les camions qui acheminent les betteraves sucrières des champs à l'usine où elles sont transformées en sucre et en éthanol. En revanche, Cristal Union, le deuxième plus grand fabricant de sucre en France, ne serait pas confronté aux mêmes perturbations dans l'approvisionnement en carburant des camions.

La production de sucre est l'une des industries les plus gourmandes en énergie. Les usines françaises, qui fonctionnent généralement de la mi-septembre à la fin janvier ou au début février, sont très dépendantes du gaz pour transformer leurs betteraves sucrières en édulcorant.

Matières premières: 
Oui
Énergies renouvelables: 
Non

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