30 octobre 2018 - 11:01 |

Cri d'alarme de la recherche scientifique au Togo

Cette année, sur un budget de FCFA 37,04 milliards (€ 56,3 millions) consacré au ministère de l'Enseignement et de la recherche scientifique au Togo, seulement 5%, soit FCFA 1,85 milliard (€ 2,1 millions), sont alloués à la recherche. Ce budget a baissé entre 2010 et 2018, passant de 0,25% à 0,14% du budget global du Togo alors que le nombre de chercheurs a augmenté. On est loin des FCFA 29,8 milliards (€ 45,3 millions) en Côte d'Ivoire ou encore des FCFA 24,8 milliards (€ 37,7 millions) au Ghana. En outre, il ne sagit pas de salaire pour les chercheurs mais de "prime de recherche" mensuelle de FCFA 80 000 à 100 000 (€ 121-€152).

Cette semaine, sous la plume de Fo-Koffi Djamessi, SciDev.net, géré par le Centre International pour l'agriculture et les sciences biologiques (CABI),  tire la sonnette d'alarme sur cet état de fait.

Le résultat est là : en matière de recherche, le Togo est au dernier rang des pays de l'Uemoa. "Selon les données de The SCImago Journal & Country Rank, un portail qui publie chaque année les indicateurs de la recherche scientifique des pays du monde entier, les chercheurs togolais ont enregistré entre 1996 et 2017 une moyenne annuelle de 86,61 publications scientifiques contre 230,85 pour leurs homologues du Bénin et 426,85 pour ceux du Sénégal. En termes de qualité, la même source indique que les publications des chercheurs togolais ont été citées 13 373 fois sur la même période contre 58 051 citations pour le Bénin et 106 112 pour le Sénégal."

"Outre le déficit de financement, les 923 chercheurs recensés au Togo sont confrontés dans leurs travaux à la vétusté ou à l’inexistence d’équipements de recherches", souligne notre confrère. Certains chercheurs vont jusqu'à contracter des prêts bancaires pour financer leurs recherches ou pour acheter le matériel nécessaire. La majorité a recours au financement d'organismes internationaux : la Banque mondiale qui, a investi $ 4,4 milliards dans le Centre d’excellence régional sur les sciences aviaires (CERSA) à Lomé, entre 2014 et 2018, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), le Centre de recherche pour le développement international (CRDI) ou encore la Fondation Bill Gates.

Une situation qui n'augure rien de bon pour l'avenir non seulement de la recherche mais tout simplement de l'agriculture au Togo ; à noter à cet égard le faible nombre de chercheurs dans l'agro par rapport à d'autres disciplines comme les Humanités. Et SciDev.net de rappeler que c'est la recherche scientifique qui a permis de relancer la filière café-cacao. "Si l’enseignant-chercheur n’a pas de quoi financer ses activités de recherches cela veut dire qu’il n’aura plus beaucoup de matières à verser à ses enseignements. A cette allure, nos universités risquent de devenir de gros lycées", souligne Awokou Kokou, secrétaire général du Syndicat des enseignants du supérieur du Togo (SEST), à notre confrère de Sci.Dev.net. En définitive, la nouvelle politique nationale de la science, technologie et innovation, en 2014, n'a guère porté ses fruits. D'ailleurs, un nouveau projet de loi sur l’orientation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique serait en préparation

Mais il n'y a pas que critiques mais aussi suggestions. Côté SEST, on demande notamment la réorganisation de la recherche avec des orientations, ainsi que l'amélioration du niveau salarial. Côté gouvernemental, on constate une "rupture de dialogue", dénonçant des chercheurs plus carriéristes que chercheurs. "Il faut y remédier en créant des programmes quinquennaux dans lesquels sont précisés les objectifs et les fonds compétitifs mis à disposition", confie Kouami Kokou, directeur national de la recherche scientifique, à notre confrère.

Troisième voie proposée par Amen Yawo Nénonéné de l’Ecole supérieure d’agronomie (ESA) : "Les universités publiques et centres de recherches doivent également miser sur les partenariats avec le secteur privé pour financer la recherche", le chercheur citant en exemple le partenariat entre la Nouvelle société cotonnière du Togo (NSCT) et l’Institut togolais de recherche en agronomie (ITRA).

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