30 novembre 2018 - 16:21 |

La Chonique Matières premières agricoles au 29 novembre 2018

Le début du mois de décembre s'annonce chaud au plan international ce qui, inévitablement, créera du remous sur les marchés de devises d'abord, avec un impact immédiat sur les matières premières agricoles, et sur les échanges mondiaux de marchandises. En effet, demain se rencontrent  Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping avec à la clef un accord ou non commercial, la réunion de l'Opep et ses alliés le 6 décembre et le vote du Parlement britannique sur le Brexit le 11 décembre. Si les négociations Trump-Xi Jinping n'aboutissent pas, les Etats-Unis relèveront dès le 1er janvier, de 10% à 25%, les droits de douane imposés depuis septembre sur l'équivalent de $ 200 milliards de produits chinois mais ils pourraient aussi  taxer $ 267 milliards d'importations supplémentaires venant de Chine.

Côté pétrole, le ralentissement de la demande, la hausse continue de la production des Etats-Unis et les nombreuses exemptions accordées par Washington aux importations de pétrole iranien ont fait chuter de plus de 30% les cours du brut en seulement deux mois, avec un Brent à $ 60 le baril contre $ 86 début octobre. Ainsi, le 6 décembre, l'Opep et d'autres pays producteurs, dont la Russie, discuteront de quotas afin de réduire la production.

Côté monétaire, si la Réserve fédérale américaine devrait annoncer un relèvement de ses taux le 19 décembre, son président Jerome Powell, a rassuré les marchés mercredi, en laissant entrevoir la perspective d'une pause dans le rythme des relèvements des taux l'an prochain

 

CACAO

La fève a pris des couleurs cette semaine, la tonne terminant hier soir sur le marché à terme de Londres à £ 1 604, partie de £ 1578 vendredi dernier. A New York, il a clôturé à $ 2 165 la tonne contre $ 2 122 en fin de semaine dernière. Si la hausse des cours est belle, les volumes n'étaient guère au rendez-vous. "Nous ne voyons aucune raison fondamentale à la hausse", a souligné un négociant londonien. Notons qu'aujourd'hui à Londres expire l'option décembre avec son lot habituel de mouvements techniques.

Mais pour Jack Sockville, président de Price Futures Group, un élément de soutien du prix pourrait bien être l'accord de partenariat conclu hier entre la société néerlandaise Tony’s Chocolonely, le distributeur également néerlandais Albert Heijn et le producteur suisse de chocolat Barry Callebaut (lire notre article : Barry, Tony's et Albert nouent un partenariat stratégique sur le chocolat "100% sans esclaves"). Voulant pousser les pays producteurs, l'industrie et la distribution à ne mettre sur le marché que du chocolat "100% sans esclave", il a été décidé qu'à partir de mars 2019, Albert Heijn proposera le chocolat de sa propre marque Delicata avec un cacao traçable, acheté plus cher auprès des coopératives partenaires de Tony's Chocolonely en Côte d'Ivoire et au Ghana.

"Ceci est, sans aucun doute, un élément [de hausse des prix car] cela semble être une tendance dans le chocolat", estime Jack Sockville.

Autre signal haussier, provenant encore de Barry Callebaut,  le suisse a annoncé cette semaine avoir signé un accord avec l'indonésien Garudafood pour lui fournir 7 000 t supplémentaires de chocolat par an. Depuis  juin 2015. Barry Callebaut lui fournit déjà 10 000 t de chocolat par an.Le géant suisse  va par ailleurs investir Fs 2,8 millions dans une nouvelle usine située au sein même de l'unité de production de biscuits de Garudafood à Rancaekek, au sud-est de Jakarta.  Les nouvelles livraisons doivent débuter mi-2019. "Le renforcement de nos activités va améliorer notre présence en Indonésie, le quatrième pays le plus peuplé au monde avec 260 millions d'habitants et l'une des économies les plus dynamiques d'Asie-Pacifique", a estimé le président de Barry Callebaut pour la région, Ben De Schryver.

Côté pays producteurs, les exportateurs en Côte d'Ivoire estiment que les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro depuis le début de la campagne, le 1er octobre, au 25 novembre, ont totalisé 607 000 t, soit 46% de plus que sur la même période la campagne dernière. Sur la seule semaine du 19 au 25 novembre, 94 000 t sont arrivées contre 70 000 t cette même semaine en 2017.

L'Indonésie a annoncé mardi maintenir à 5% sa taxe à l'exportation de cacao sur le mois de décembre

CAFÉ

Le Robusta, sur le marché à terme de Londres, a terminé en hausse par rapport à vendredi dernier, à $ 1 625 la tonne contre $ 1 611. Une bonne nouvelle si elle se confirme aujourd'hui car le café Robusta avait baissé (-2,1%) la semaine dernière pour la cinquième semaine consécutive. L'Arabica, à New York, n'est pas en reste, clôturant hier soir à $ 1,123 la livre (lb) contre $ 1,1095 vendredi dernier, alors qu'il avait perdu 4% sur cette semaine, la quatrième négative sur cinq.

Un marché du Robusta qui reste aux aguets par rapport à la récolte qui s'accélère au Vietnam, faisant baisser les prix locaux. Et ceci d'autant plus que la tempête tropicale Usagi, le week-end dernier et en début de semaine, n'a pas -ou peu- causé de dégâts ni de retards dans les plantations caféières et dans le cadre de opérations de récolte. La récolte, quant à elle, est à 45% effectuée, estime un trader interrogé par Reuters. Les planteurs dans la ceinture caféière des Central Highlands ont vendu leur café cette semaine à un prix en très légère baisse par rapport à la semaine dernière, à 34 200 dongs ($ 1,51) le kilo contre 35 300 dongs. "Mais je ne pense pas que les prix baisseront beaucoup plus car la production 2018/19 n'est pas aussi importante que ce qu'on prévoyait", poursuit le trader. Ceci dit, les exportations sur le mois de novembre sont prévues atteindre140 000 t, un bond de 33,7% par rapport à novembre 2017, selon les données gouvernementales. Depuis janvier, les exportations ont ainsi atteint 1,73 Mt, une hausse de 23% par rapport à la même période l'année dernière, mais en valeur la hausse n'est que de 2,9%, les revenus étant de $ 3,3 milliards sur ces 11 mois. Selon Rabobank, la récolte atteindrait 1,86 Mt contre 1,78 Mt la campagne dernière. A l'export, le café vietnamien a été vendu cette semaine avec une décote allant de $ 50 à $ 70 la tonne contre $ 45 à $ 65 la semaine dernière.

Quant à l'Indonésie, où les volumes échangés sont très faibles car la campagne est finie, la prime cette semaine à été de $ 20 à $ 50 par rapport au contrat de janvier à Londres, quasiment inchangée par rapport à la semaine dernière.

Les mauvaises conditions météorologiques en Colombie durant la première partie de la campagne 2017/18 ont fait baisser de 5,5%, à 13,8 Ms la récolte (Arabica) par rapport à 2016/17, les exportations glissant d'autant, à 12,7 Ms. Mais les conditions sont meilleures cette campagne 2018/19 en cours et la récolte devrait atteindre 14,3 Ms, selon le Département américain de l'agriculture (USDA). Les exportations augmenteraient aussi, de 5%, à 13,3 Ms.

Au Brésil, une floraison excessive, liée à d'abondantes pluies, risque d'impacter la qualité des grains, en réduisant leur homogénéité, souligne Carlos Paulino, directeur général de la plus grande coopérative au Brésil, Cooxupé. En outre, cette année est une année basse dans le cycle végétatif biennal du caféier, ce qui devrait conduire à une production encore plus faible. Rappelons que la production brésilienne de café sur 2018 (récoltée au deuxième trimestre de cette année) a été record, à 60 Ms.

En Ouganda, les exportations de café ont baissé de 8% en octobre, selon l'Uganda Coffee Development Authority (UCDA), à 350 743 sacs de 60 kg contre 381 636 sacs en octobre 2017.

CAOUTCHOUC

Après la Thaïlande la semaine dernière, c'est au tour de l’Indonésie et la Côte d’Ivoire de prendre des mesures afin de tenter de redresser les prix et ainsi les revenus des producteurs.

Rappelons que la Thaïlande, premier producteur mondial, avait approuvé la semaine dernière un nouveau plan de soutien  de $567 millions en faveur des producteurs , applicable en janvier (voir notre Chronique du 20 novembre). Une décision vivement contestée par le Rubber Network Council and Rubber Farmers Institute of Thailand, qui estime que cette mesure, d’une part,  exclut quelque 8 millions de travailleurs de l’industrie du caoutchouc et, d’autre part, qu’elle n’a pas par le passé montré une réelle efficacité dans l’amélioration des prix.

Lundi, le président indonésien Joko Widodo,  a ordonné au ministère des Travaux publics d'acheter directement le caoutchouc auprès des  agriculteurs et des coopératives, afin de l’utiliser comme matériau de mélange à l’asphalte. La mesure, qui prendra effet dès le mois de décembre, vise à augmenter les prix, qui tournent actuellement autour de 6 000 roupies ($0,41) le kilo, le ministère achètera le caoutchouc entre 7 500 et 8 000 roupies le kilo. Toutefois, la semaine dernière, le directeur général des plantations au ministère de l'Agriculture, a annoncé que le gouvernement envisageait de lancer un programme de replantation de caoutchouc en décembre 2018 (voir notre Chronique du 20 novembre).

Enfin, la Côte d’Ivoire, qui ambitionne de multiplier par trois la production de caoutchouc d’ici à 2023, a annoncé mercredi plusieurs mesures pour soutenir la filière et la transformation (voir La Côte d’ Ivoire donne un coup de pouce à la filière hévéa en difficulté).

Cette semaine, les cours du caoutchouc se sont redressés, gagnant presque 5%,par rapport au creux de 27 mois  de la semaine dernière, à 158,1 yens ($1,40) le kilo à la clôture jeudi  sur le Tokyo Commodity Exchange (Tocom) et à 10 870 yuans ($1 566) sur le marché de Shanghai.

En Inde, les importations de caoutchouc naturel en octobre ont bondi de 63% par rapport à l’année précédente à  62 047 tonnes, selon le  Rubber Board. La consommation du pays a grimpé de 14,6% pour atteindre 102 000 tonnes en octobre, tandis que la production n’a augmenté de 8,1% pour atteindre 67 000 tonnes. De mars à octobre, la production de caoutchouc a chuté de 10% à 344 000 tonnes tandis que la consommation a bondi de 16% à 716 040 tonnes sur la même période entrainant une augmentation de 35% des importations  à 356 255 tonnes.

Au Vietnam,  les exportations de caoutchouc de janvier à novembre ont augmenté de 14,8% par rapport à l'année précédente à  1,39 million de tonnes (Mt).

COTON

Le marché du coton est suspendu à la rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinpingat lors du sommet du G20 ce week-end et à un éventuel accord mettant fin à l’escalade de la guerre commerciale. A la clôture jeudi les cours se sont établis à 78,68 cents la livre contre 77,22 cents vendredi dernier où ils avaient chuté à un plus bas de six semaines avec la baisse des prix du pétrole et des actions mondiales suscitant des inquiétudes quant à la santé de l’économie mondiale.

Au Zimbabwe, la production de coton a grimpé de 95% à 142 700 tonnes pour la campagne 2017/18, selon  Agricultural Marketing Authority (voir nos informations).

L’Ouzbékistan poursuit sa politique de réduction des superficies  en coton au profit des fruits et légumes. Pour 2018/19, le département américain de l’Agriculture (USDA) estime que la superficie en coton serait de 1,17 million d’hectares (contre 1,250 M ha en 2017 /18) pour une production de 3,35 millions de balles contre  3,810 millions de balles la campagne précédente. L’USDA observe que les mauvaises conditions climatiques ont  de plus réduit les rendements dans presque toutes les régions. Avec, l’expansion rapide de son nouveau projet «cluster coton-textile» , la consommation nationale de coton grimpe, estimée à 2,660 millions de balles en 2018/19 et les exportations se réduisent, l’USDA tablant sur 1,05 millions de balles en 2018/19.

HUILE DE PALME

Depuis quelques jours l’huile de palme suit le pétrole, remarque un  trader basé à Kuala Lumpur et cela lui réussit plutôt mais tout est relatif. Après trois jours consécutifs de pertes, les cours de l’huile de palme ont enregistré deux séances de gains pour clôturer  jeudi à 2,027 ringgits ($484,58), mais ils sont encore inférieurs à vendredi dernier à 2044 ringgits la tonne. Sur l’ensemble du mois de novembre, les cours ont chuté de 5,3%, un troisième mois consécutif de baisse. La demande est toujours atone, les  exportations de Malaisie du 1er au 25 novembre ont diminué de 2,6%, selon ITS, après une chute de 14,1% en octobre, et les stocks importants.

Face à la faiblesse des prix, les deux premiers producteurs mondiaux essayent de redonner du souffle à la filière. L’Indonésie a décidé de supprimer temporairement les prélèvements sur l’huile de palme en décembre. Une taxe de $50 par tonne d’huile de palme brute et de $20 à $40 pour les produits d’huile de palme était en vigueur.  Or jusqu’à présent, la taxe indonésienne avait contribué à renforcer la compétitivité de l'huile de palme malaisienne. Son abolition pourrait mettre les producteurs indonésiens dans une situation plus avantageuse, car leurs coûts sont inférieurs à ceux de leurs homologues malais.

De son côté, la Malaisie veut encourager la consommation locale d’huile de palme. Le pays a indiqué qu’à partir du 1er décembre le programme de biodiesel B10 -programme qui augmente  la teneur minimale en biocarburant que les producteurs locaux doivent incorporer dans le biodiesel utilisé dans les transports -  sera mis en œuvre. La part de biocarburant passera donc de 7 à 10%, le secteur industriel utilisera du B7. Mise en œuvre par étape, il devrait être obligatoire à partir de février 2019.  Selon  la ministre des Industries primaires, Teresa Kok, cette mesure devrait permettre de doubler l’utilisation locale d’huile de palme.

RIZ

Les prix à l'exportation du riz ont chuté pour la première fois en quatre semaines en Inde tandis que la  baisse de la demande chinoise pèse sur le marché vietnamien.

En Inde, le riz étuvé 5% a baissé à $366-$370 la tonne, contre $367-$375 la semaine dernière. Le gouvernement indien accordera une subvention de 5% pour les exportations de riz non basmati pour les quatre mois précédant le 25 mars 2019, a annoncé le ministère du Commerce dans un arrêté daté du 22 novembre. Une annonce qui a fait baissé les prix car sans cette subvention avec l’appréciation de la roupie, les prix auraient surement monté.

Au Vietnam,  le Viet 5% a baissé à $408 la tonne contre $410 la semaine dernière.  Les exportations vers la Chine, premier marché du riz vietnamien, ont chuté, en recul de 39,1% sur les dix premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2017. En cause ? Des conditions plus strictes pour le riz vietnamien, y compris une longue période d'inspection, a déclaré un négociant basé à Ho Chi Minh-Ville. En revanche, sur les 11 premiers mois de l’année, les exportations de riz sont en hausse de 5,6% à 5,7 millions de tonne.

En outre, les Philippines n'ouvriront plus d'appels d'offres pour le reste de l'année, ce qui aurait des conséquences néfastes sur les prix vietnamiens a ajouté un autre négociant.  L'Agence nationale de l'alimentation (NFA) des céréales des Philippines a accepté mercredi des offres de riz d'une valeur totale de 203 000 tonnes en provenance du Vietnam  (123 000 tonnes au prix de $469,80) et de la Thaïlande (80 000 t. à $470) dans le cadre de nouveaux accords de gouvernement à gouvernement.

En Thaïlande,  le Thaï 5% s’est établi à $380-$397 la tonne contre $382-$395 la semaine dernière avec une demande faible et la perspective de l’arrivée progressive  sur le marché de la récolte en décembre.  "La vente de riz par les exportateurs thaïlandais dans le cadre de l'accord avec les Philippines a été relativement modeste et, sans autre demande, le prix restera probablement inchangé à l'approche de la nouvelle année", a déclaré un négociant basé à Bangkok.

SUCRE

Le sucre a grimpé cette semaine, mettant fin à cinq semaines consécutives de baisse. Le roux a terminé hier soir sur le marché à terme de New York à 12,87 cents la livre (lb), parti de 12,47 cents vendredi dernier, tandis que le blanc a clôturé à $ 346,70 la tonne, après avoir grimpé jusqu'à $ 353,80 en cours de séance, contre $ 337,70 vendredi dernier.

Mercredi, l'analyste australien Green Pool a relevé ses estimations d'excédent mondial de sucre, qu'il a porté à 3,6 Mt contre 3,22 Mt estimés précédemment. Un excédent qui n'a rien de comparable avec les 20 Mt de surplus la campagne dernière. Ceci dit, la grande inconnue demeure l'Inde, Green Pool laissant inchangée sa prévision de 34,1 Mt. "C'est sujet à controverse seulement parce que l'industrie indienne a abaissé ses prévisions et que de nombreux analystes l'ont suivi. Mais les premiers résultats de la récolte ne sont pas aussi mauvais que certains le disent, et une augmentation des superficies devrait entrainer une production en hausse."

En Thaïlande, la production baisserait en 2018/19 d'un million de tonnes par rapport à la précédente, la faiblesse des cours incitant les agriculteurs à se tourner vers d'autres cultures que la canne.

Côté entreprises, l'allemand Nordzucker estime afficher des pertes en 2020 étant donné les conditions difficiles sur le marché européen ce qui, d'ailleurs, conduit le groupe à envisager se déployer ailleurs. Rappelons qu'il produit environ 2,7 Mt de sucre par an et opère déjà, au-delà de l'Allemagne, au Danemark en Suède, en Pologne et en Belgique.

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