31 juillet 2012 - 09:13 |

La Banque mondiale se déclare "préoccupée" par l'impact de la volatilité des prix des matières premières

Une situation très différente de celle en 2008

(31/07/2012)

En raison de la sécheresse exceptionnelle aux Etats-Unis, de l’état actuel des cultures dans d’autres régions céréalières et du renchérissement des cours internationaux des denrées alimentaires que cette situation entraîne, la Banque mondiale s’est aujourd’hui déclarée préoccupée par l’impact de cette volatilité sur les pauvres, qui sont très vulnérables aux hausses des prix de ces produits, selon un communiqué de la Banque publié hier.

Pour l’instant, d’après les projections, il n’y a pas de véritable menace de pénurie en ce qui concerne les principales céréales. Cependant, les stocks sont bas et, à l’échelle mondiale, les récoltes resteront tributaires de la météorologie, d’où la menace d’une plus forte instabilité des prix.Cette volatilité rend le marché imprévisible et entraîne un risque fondamental d’insécurité alimentaire pour les consommateurs et les pouvoirs publics. Elle décourage également les investissements nécessaires dans l’agriculture au profit du développement, car le risque financier et l’incertitude s’accroissent pour les producteurs et les négociants.

Alors que le prix de nombreuses denrées alimentaires de base ont connu une vive hausse, le contexte actuel est, selon l’analyse de la Banque mondiale, différent de celui de la crise de 2008. À l’époque, le prix du riz et du blé avait le plus progressé dans une tendance générale d’augmentation des prix des céréales, avant de diminuer sensiblement en 2009 sous l’effet d’un accroissement substantiel de l’offre provenant d’agriculteurs désireux de tirer parti de la hausse des prix. En 2012, les cours de toutes les céréales hormis riz ont augmenté : le blé affiche une hausse supérieure à 50 depuis la mi-juin, le maïs s’est envolé de plus de 45 depuis la mi-juin et le soja s’est apprécié de près de 30 depuis début juin, et de près de 60 depuis la fin de l’année dernière.

Au début du mois de juin, les analystes tablaient au contraire sur une baisse des prix après les nouvelles récoltes. Aux États-Unis, le maïs et certaines variétés de soja ont été plantés tôt, et, à ce moment-là, on ne pouvait pas prévoir qu’une très grave sécheresse allait survenir. Les hausses des cours vont se répercuter non seulement sur le pain et sur l’agroalimentaire, mais également sur l’alimentation des animaux et, in fine, sur le prix de la viande.

En 2008, le prix du riz avait plus que triplé, pénalisant considérablement les populations pauvres, surtout en Asie. Il reste élevé, mais les stocks sont relativement substantiels. De surcroît, le pétrole brut, les engrais et le fret international sont moins chers qu’en 2008, ce qui réduira la facture des importations de produits alimentaires tout en atténuant les coûts de l’ensemencement et du développement des cultures de la prochaine saison.

L’incidence de la sécheresse aux États-Unis sur les marchés mondiaux est exacerbée par d’autres pays, qui souffrent, eux aussi, de problèmes de production liés à la météorologie. La récolte de blé est compromise par des précipitations pratiquement incessantes dans de nombreux pays d’Europe, et, au contraire, par une pluviosité insuffisante en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan. En Inde, les pluies de la mousson sont inférieures d’environ 20 % par rapport à leur moyenne annuelle à long terme. Le mois de juillet est crucial pour les plantations et, s’il ne pleut pas davantage, les conséquences pourraient se révéler extrêmement délétères.

Dans l’hypothèse d’une aggravation de la situation actuelle, la Banque mondiale est prête à renforcer ses investissements dans l’agriculture et les secteurs connexes. En outre, elle coordonne ses actions avec celles des agences des Nations Unies dans le cadre du Groupe de travail de haut niveau sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire, ainsi qu’avec celles des organisations non gouvernementales. Elle apporte aussi son appui au Système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) avec l’objectif d’améliorer la transparence des marchés des denrées alimentaires et aider les États à prendre des mesures adaptées face aux envolées des prix mondiaux de ces produits.

Conformément aux mises en garde émises depuis longtemps par la Banque mondiale, il faut s’attendre à un renchérissement des prix des céréales supérieur à la moyenne jusqu’en 2015 au moins. Dans les pays les plus pauvres, où les individus consacrent jusqu’à deux tiers de leur revenu journalier à la nourriture, la hausse des prix menace la croissance et la stabilité sociale. Cependant, elle peut également permettre aux agriculteurs pauvres d’obtenir un revenu dont ils ont désespérément besoin, et grâce auquel ils pourront investir, accroître leur production et, ainsi, faire partie de la solution mondiale pour la sécurité alimentaire.

La Banque mondiale rappelle que sur l’exercice 2012, qui s’est terminé le 30 juin, les nouveaux engagements du Groupe de la Banque en faveur de l’agriculture et des secteurs connexes ont dépassé $ 9 milliards, soit une somme supérieure aux engagements annoncés dans le Plan d’action de la Banque pour l’agriculture qui prévoyait un relèvement pour passer d’une moyenne de $ 4,1 milliards par an sur 2006-08 à $ 6,2-8,3 milliards sur 2010-12. A noter qu’un tout nouveau produit de gestion du risque, proposé par la Société financière internationale (IFC), devrait permettre de faire face à la volatilité des cours des denrées alimentaires.

Filières: 

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +