31 août 2016 - 23:00 |

David Cordobès, ITC : Pour attirer les jeunes, l'agriculture doit être associée aux "high-tech"

Pour David Cordobès, chargé de programme Jeunesse et Commerce au Centre du commerce international (CCI), le jeune qui veut devenir entrepreneur ne pense pas, a priori, à l'agriculture. Il préfère, souvent, se tourner vers ce qui est technologie de pointe, oubliant souvent qu'agriculture et "high-tech" peuvent se conjuguer. Il veut aussi, de plus en plus, que son activité entrepreneuriale soit à visage social. Or, l'agriculture peut répondre aussi à cette exigence, explique le spécialiste à l'occasion du Forum New Generation qui s'est tenu à Yaoundé, au Cameroun, début août.

Rappelons que le CCI -plus connu sous son acronyme anglais ITC- est une agence conjointe des Nations unies et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) avec pour objectif de connecter les PME des pays en développement aux marchés internationaux.

 

Dans le cadre de votre activité à l'ITC et au fil de vos voyages et études, avez-vous remarqué des projets concluants qui mènent les jeunes vers l'agriculture ?

Il est vrai que l'agriculture n'est pas nécessairement un secteur très attractif pour les jeunes. Au niveau du mandat de l'ITC, on travaille beaucoup, voire essentiellement, avec les PME et quand on rencontre des jeunes, ce sont surtout des jeunes entrepreneurs ou des jeunes qui souhaitent le devenir. Lorsqu'ils nous parlent d'entreprenariat, le secteur agricole n'est pas celui auquel ils pensent de suite pour se lancer dans l'entreprenariat.

Plusieurs raisons à cela. Peut-être parce que le secteur agricole évoque la dureté du travail, l'isolement social ; l'agriculture n'a pas une image qui attire le jeune entrepreneur. Ce dernier regarde davantage du côté des secteurs de pointe. Pour beaucoup, le secteur high-tech est le secteur attractif par excellence pour être entrepreneur.

Pourtant, de nombreuses études montrent que l'agriculture demeure le secteur le plus générateur d'emploi en Afrique sub-saharienne. Il peut aussi être générateur de business connexes. Que ce soit pour les applications de gestion de parcelles, de GPS, on est sur du high-tech mais lié au secteur agricole. Et il peut y avoir de l'innovation dans la production, la gestion, la qualité.

L'agriculture a donc un problème d'image qui est commun à la plupart des continents.

Le jeune en Afrique qui se lance dans l'agriculture a-t-il réellement la possibilité d'accéder à ces innovations high tech ?

Il faut que les partenaires publics -et je pense aux incubateurs, aux chambres de commerce et autres organisations d'appui au commerce- soient là pour susciter des vocations mais aussi pour orienter les jeunes vers des moyens pour développer leur entreprise.

S'agissant de l'accès à la technologie, certains jeunes ont plus d'aisance avec certaines applications ; je pense notamment au mobile où il y a un taux de pénétration chez les jeunes qui est plus important. Mais ce qu'ils ont tendance à oublier, c'est la nécessité d'avoir un business model pérenne et, avant toute chose, savoir comment gérer leur entreprise au quotidien. Très peu de jeunes ont de bonnes connaissances en matière de gestion financière. Ils arrivent devant un banquier en demandant un prêt sans avoir nécessairement préparé leur pitch ou tout simplement, sans présenter de garanties.

Je reviens de Gambie où les banques ne veulent pas prêter aux jeunes tout simplement parce qu'ils n'ont pas la notion de faire des économies, de constituer eux-mêmes des garanties.

C'est ça le principal frein. Car ils vont fourmiller d'idées, ils ont accès à beaucoup d'information aujourd'hui via le web, mais les notions de base d'une entreprise, de sa gestion et notamment de sa gestion financière, ils ne les ont pas.

En Amérique latine ou ailleurs, avez-vous relevé des exemples qui marchent?

En Amérique latine, j'ai vu beaucoup de jeunes qui non seulement souhaitent développer leur propre affaire parce qu'ils voient dans l'entreprenariat un avenir, générateur d'emploi, mais ils veulent aussi que cela ait un impact social. Que ce soit dans le business model en lui-même, que ce soit dans la façon de produire, dans l'impact environnemental, sociétal, ils recherchent à faire quelque chose de bien socialement. Outre le fait de faire de l'argent, il y a un aspect humain que les jeunes entrepreneurs  souhaitent développer. A mon sens, cet aspect de l'entreprenariat a beaucoup d'avenir.

 

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