Dossier du mois

HUILE DE PALME

L’effet boomerang de la décision européenne 

A l’occasion du 5ème Sommet africain sur l’huile de palme & le caoutchouc qui se tient à Accra en cette fin avril, CommodAfrica, site d’information spécialisé sur l’agriculture en Afrique de l’Ouest et les marchés de matières premières agricoles, lance son premier ‘Dossier du Mois’ dédié au palmier. 

En effet, son huile, qui est la plus produite et consommée au monde, est à la pointe de l’actualité tant sur les marchés mondiaux qu’en Afrique de l’Ouest. Sur les marchés mondiaux parce que la décision du Parlement européen du 17 janvier d’éliminer progressivement, d’ici 2021, l’utilisation de l’huile de palme dans les transports en Europe suscite une vague de réactions. 

Dans ce dossier, Alain Rival, directeur régional pour l’Asie du sud-Est insulaire au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et spécialiste de la filière palmier à huile, livre son analyse, nuancée, du débat en cours et tente de mesurer l’impact que la décision européenne pourrait avoir sur une région, l’Afrique de l’Ouest, pour qui l’huile de palme est une des bases du régime alimentaire. Car, il ne faut pas s’y tromper : si ces pays ouest-africains ne sont pas -ne sont plus- des acteurs majeurs sur la scène mondiale de l’huile de palme, les décisions au niveau du marché planétaire peuvent avoir un impact très fort sur leurs filières et leurs marchés. 

Avec nos correspondants à travers l’Afrique de l’Ouest, et après avoir rappelé quelques éléments chiffrés des fondamentaux du marché de l’huile de palme, ce Dossier passe en revue la situation dans plusieurs pays : le Nigeria, premier producteur africain mais qui demeure encore largement déficitaire; la Côte d’Ivoire, n°2 continental, qui entend promouvoir l’”huile rouge”, donc l’huile de palme non-raffinée qui renferme des trésors pour la santé humaine et qui se positionne sur un segment gastronomique des marchés urbains ; le Ghana, hôte du Sommet, n°4 africain, qui s’est aussi fixé pour objectif l’autosuffisance, synonyme d’emplois, d’économie de devises et créatrice de valeur ajoutée. Enfin, un rapide éclairage de la situation au Burkina Faso permet de souligner la problématique et les récentes évolutions dans ce pays importateur où la logique du marché régional joue à plein. 

L’équipe de commodafrica.com vous souhaite une bonne lecture et recueillera avec grand intérêt vos réactions. Un Dossier que vous retrouverez sur notre site www. commodafrica.com. 

Télécharger le dossier au format PDF: 
Fichier attachéTaille
Icône PDF huile_de_palmev5-fr.pdf41.3 Mo
Interview - L’effet boomerang sur l’Afrique si l’Europe bannissait l’huile de palme

Interview

Alain Rival, directeur régional Asie du Sud-Est insulaire au Cirad

Pour Alain Rival, directeur régional pour l’Asie du sud-Est insulaire au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et spécialiste de la filière palmier à huile, la décision RED-2 du Parlement européen le 17 janvier d’éliminer progressivement, d’ici 2021, l’utilisation de l’huile de palme dans les transports en Europe, va avoir un effet contreproductif sur l’ensemble de la filière.

 

Comment l’interdiction proposée par le Parlement européen d’importer de l’huile de palme dans l’Union européenne peut impacter l’Afrique de l’Ouest ?

On est entré dans une mauvaise spirale. Le marché européen est très qualitatif : c’est le seul marché (avec les USA et quelques autres pays développés comme l’Australie) qui exige des produits très normés à l’importation et on va augmenter, si l’on suit cette recommandation européenne, ses exigences à l’extrême jusqu’à bannir l’huile de palme. On en est au début du processus puisque c’est le Parlement qui propose mais plusieurs gouvernements européens se sont prononcés contre cette décision car ses conséquences aux niveaux diplomatique et commercial sont importantes chez les pays producteurs. Nous sommes au début du trilogue Parlement-gouvernements-Commission, avec une décision finale attendue pour la fin juin.

Pouvez-vous nous rappeler en deux mots la position du Parlement ?

Le Parlement veut supprimer d’ici 2021 les importations de commodités liées à la déforestation*. Mais le lien entre huile de palme et déforestation n’est jamais clair, ni automatique. La culture du palmier à huile est l’un des vecteurs de la déforestation, notamment en Asie du Sud Est, mais loin d’être le seul. On déforeste d’abord pour le commerce du bois, on y installe ensuite (ou non) des activités agricoles. Rien n’indique que la pression sur la filière « huile de palme » se traduira automatiquement par une baisse de la déforestation, car ses vecteurs sont multiples : urbanisation, activités Si le législateur bannit l’huile de palme du marché européen qui est très qualitatif, dans les secteurs de l’alimentation comme de l’énergie, l’huile certifiée sera alors déclassée et immédiatement absorbée par le marché indien ou chinois en pleine croissance. Donc l’Europe, qui doit être un modèle pour tirer la filière vers le haut, subira un effet boomerang immédiat, en favorisant les marchés non qualitatifs et non-contrôlés, donc potentiellement porteurs de plus de risques de déforestation.

Pour nous, au Cirad, il est beaucoup plus productif d’accompagner les efforts de certification en mettant en place dans les pays producteurs des programmes de recherche d’accompagnement sur la durabilité des systèmes de production. Car si les normes nationales ou internationales de certification qui accompagnent les produits liés à la déforestation ne sont pas suffisantes, il ne faut pas oublier que c’est aux Etats que doit revenir leur diffusion, leur application et leur contrôle légal, avec l’arsenal répressif qui doit l’accompagner. La nécessaire durabilité des filières agricoles est une idée qui fait son chemin plutôt vite au sein des pays producteurs, mais il reste à améliorer ces normes, les crédibiliser et les vulgariser. Car, en Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Cameroun, on est face à une filière qui compte une grande majorité de petits planteurs. Si l’on veut que ces acteurs, souvent isolés, entrent dans un cercle vertueux d’amélioration des pratiques agricoles, d’utilisation de semences sélectionnées, d’intensification écologique, il faut des incitations, des primes, des marchés qualitatifs qui achètent et valorisent l’huile de palme certifiée durable. Si ce marché se dérobe par décision politique unilatérale, ils vont se tourner vers des clients beaucoup moins regardants, avec un impact sur la déforestation qui sera considérable. 

La mesure européenne aura vraiment un effet boomerang : en bannissant totalement un produit qui n’est certes pas exempt de défauts vis-à- vis de la déforestation - car, bien évidemment, il n’y a pas zéro déforestation liée au palmier à huile- mais engagé dans une démarche vertueuse depuis près de 15 ans, on obtiendra l’effet inverse de celui recherché. Il faut plutôt accompagner le petit planteur et la filière dans leurs efforts pour atteindre un niveau de certification crédible.

Qu’en est-il de toute la polémique quant à l’impact de l’huile de palme sur la santé ?

Au Cirad, nous sommes agronomes, pas nutritionnistes. Mais certains arguments de bon sens apportés par des spécialistes de la nutrition lipidique méritent d’être écoutés. L’huile de palme n’est ni meilleure, ni pire que n’importe quelle autre huile ; c’est la dose qui fait le poison. Elle a tendance à être très utilisée en agro-alimentaire parce qu’elle possède des caractéristiques physiques et chimiques très intéressantes. C’est un beurre naturel qui reste figé dans les conditions de températures européennes, ce qui permet d’être substitué au beurre très facilement. C’est une huile végétale au gout neutre et peu chère et abondante.

Sur le marché européen des oléagineux, que représente l’huile de palme ?

L’Europe absorbe environ 15% du marché mondial de l’huile de palme. C’est le deuxième importateur mondial, derrière l’Inde et devant la Chine, pour moitié à destination des biocarburants. Or, ce qui paraît illogique, c’est que la volonté de limiter les entrées d’huile de palme en Europe émane du Parlement alors que c’est le législateur qui décide aussi des incorporations de biocarburants. C’est avant tout une décision politique car l’incorporation de biocarburants est toujours liée à des politiques fiscales portées par une volonté gouvernementale de changer le mix énergétique du pays. C’est le serpent qui se mord la queue car si l’Europe n’a pas assez d’huile végétale pour satisfaire ses besoins en biocarburants, elle va l’acheter sur le marché mondial où l’huile de palme est disponible en abondance. La tentation protectionniste européenne est grande et il ne faut pas être trop naïf : l’Europe est, elle aussi, productrice d’huiles végétales.

Le consommateur ouest-africain risque-t-il aussi de se détourner de cette huile ?

Je n’ai pas de boule de cristal mais je n’en ai pas l’impression. L’huile de palme a encore une très bonne image, notamment en Côte d’Ivoire et au Cameroun. L’huile rouge, typique de l’Afrique de l’Ouest, est devenue un produit « gourmet » pour les ménages des métropoles urbaines. Elle est parée de toutes les vertus ; c’est un produit naturel, une huile vierge chargée de caroténoïdes et de tocophérols, qui est un très bon produit nutritionnel. L’huile raffinée n’a plus rien à voir avec cette huile rouge d’origine. Elle est importée en grande quantité d’Indonésie et Malaisie, notamment par les grands pays d’Afrique de l’Ouest (Nigeria) et du Nord (Egypte), qui ne produisent pas assez d’huiles végétales pour satisfaire leur consommation locale en plein essor.

 

Qu’elle pourrait être la conséquence de cette mesure européenne sur des projets huile de palme en Afrique de l’Ouest ?

Il y a un risque certain d’enrayer un mécanisme vertueux d’incitation aux bonnes pratiques agro- écologiques, au recyclage des effluents, au choix de matériel végétal amélioré. Le palmier n’est pas une plante annuelle dont on peut changer la variété au printemps suivant. Un petit planteur hérite souvent de la plantation de ses parents ou il plante pour ses enfants; il exploite sa palmeraie sur un cycle de 30 ans. Les progrès, lorsqu’ils sont liés au matériel végétal, peuvent être rapides : lors du renouvellement de plantation, on va changer de matériel végétal, de type de semence. Pour les pratiques, les évolutions sont plus graduelles dans le temps, car souvent liées aux moyens de l’exploitant et à sa capacité à investir. Une fois encore, si on supprime le marché européen de l’huile de palme, très normé, très exigeant en conditions de production tant sociales qu’environnementales, on va enlever toutes les incitations à faire évoluer les pratiques. Mais l’Afrique de l’Ouest produit essentiellement pour l’Afrique de l’Ouest. Ils interviennent un peu en circuit fermé... L’Afrique est souvent décrite comme le nouveau front pionnier du palmier à huile, les investisseurs étrangers y ont déjà démarré nombre de projets de plantation. Ces nouveaux projets sont autant d’opportunités de faire évoluer les pratiques. En Afrique, adopter des bonnes pratiques et choisir le bon matériel végétal, c’est passer de 2 à 4 t/ha d’huile de palme sur la même surface cultivée. Les jeunes agriculteurs et acteurs des filières huile de palme en Afrique de l’Ouest sont déjà sensibilisés à cette évolution de la demande vers des produits répondant à des critères stricts de durabilité et de traçabilité. En outre, les investisseurs industriels étrangers, traditionnellement français et belges, aujourd’hui malaisiens, indonésiens ou singapouriens, doivent répondre à des critères très stricts en matière d’investissement éthique, car les outils financiers sont désormais liés aux bonnes pratiques. Cette évolution ne va pas impacter directement les méthodes des petits planteurs dans un premier temps, mais si tout le marché, de la semence par exemple, est tiré vers le haut, personne ne refusera une semence de qualité. Donc même si l’Afrique de l’Ouest n’est pas un fournisseur majeur et qu’elle est quasi inexistante sur le marché de l’huile certifiée, ses acteurs s’alignent aussi sur cette évolution des bonnes pratiques.

L’Afrique de l’Ouest, en quête de productivité et de mécanisation, va-t-elle évoluer vers les grandes plantations, comme en Asie ?

Non, je ne crois pas et je ne pense pas que cette évolution soit souhaitable : chaque continent, chaque pays a son histoire rurale et agricole et doit inventer son système d’exploitation durable : biologiquement, le palmier à huile est une plante robuste qui va répondre favorablement à des types d’exploitation très divers. En outre, les « petits » planteurs constituent une famille d’acteurs très hétérogènes. On voit plutôt se dessiner une tendance vers des projets qui associeraient grandes plantations et petits planteurs. Si les petits planteurs sont correctement encadrés, s’ils suivent ces bonnes pratiques, ils parviennent souvent à des performances supérieures en termes de productivité à celles des grandes plantations. Les Etats sont de plus en plus enclins à mettre en place des projets dans lesquels la partie centrale du bassin de récolte est gérée par une plantation industrielle avec, autour, une population de petits planteurs qui sont associés - directement ou non - à cette industrie qui est le noyau de la plantation. En Afrique de l’Ouest, ce qui vient compliquer le schéma, c’est la production d’huile rouge et la capacité d’auto-extraction qu’ont les petits planteurs, qui n’existe nulle part ailleurs. En effet, les petits planteurs sous contrat avec une usine d’extraction, peuvent aussi garder leurs fruits, extraire l’huile de manière artisanale et mettre sur le marché un autre produit qui est l’huile rouge et qui -rappelons-le- est de plus en plus demandé par les élites urbaines. Par conséquent, le même régime de fruits de palme a deux débouchés en compétition directe durant une partie de l’année: si le prix d’achat des régimes par l’usine n’est pas assez élevé, le petit producteur ouest- africain peut faire sa propre extraction d’huile. Cette concurrence vient brouiller les accords de confiance et commerciaux entre les coopératives de producteurs de fruits et les usiniers. Il sera difficile de persuader un usinier de s’attacher à un bassin de petits planteurs quand il sait qu’en pic de production, lorsqu’il y a abondance de régimes et que les prix, mécaniquement, baissent, le planteur villageois n’apportera pas son régime à l’usine mais extraira lui-même son huile rouge. Du côté des petits planteurs, cette alternative est une force car l’exploitant n’est plus lié directement à un acheteur unique (et souvent à deux ou trois intermédiaires). A certaines périodes de l’année, il gagnera plus d’argent s’il extrait et s’il commercialise lui même son huile rouge sur le marché de la ville voisine.

En Afrique de l’Ouest, est-ce plus rentable de faire de l’huile de palme, du cacao, de l’hévéa ?

Entre hévéa et palmier, la rentabilité à l’hectare peut être du même ordre dans certains contextes, mais dans l’immense majorité des cas, le palmier va apporter plus de revenus car son rendement à l’hectare est exceptionnel et son exigence en travail faible. En Asie du sud-est, là où on passe deux jours en plantations de palmiers, on passe 30 jours en plantations de riz pour dégager le même revenu. Le temps gagné est utilisé pour d’autres cultures ou d’autres activités économiques comme le commerce de détail en milieu rural. En outre, c’est une culture qui ne subit pas de maladies endémiques à contrôler à l’aide d’épandages massifs de pesticides.

De nouvelles technologies émergent-elles ?

Les progrès en mécanisation restent encore marginaux : il faut rappeler que le palmier est une herbe. On ne peut guère faire passer de machines agricoles lourdes entre les palmiers qui ont un tissu racinaire très sensible à la compaction des sols. Jusqu’à présent, on a déplacé le problème en important de la main d’œuvre agricole des pays voisins qui se satisfait encore - mais pour combien de temps ?- des salaires offerts par les plantations agroindustrielles. Les recherches engagées par le Cirad et les organismes de recherches nationaux des principaux pays producteurs s’intéressent à faire évoluer ce système de plantation mono-spécifique vers l’agro-écologie. On dispose encore de très peu de données sur des systèmes de type agroforestier, qui associeraient le palmier aux cultures vivrières, par exemple. Les phases précoces de la plantation durant lesquelles, pendant 3 ans, le petit planteur ne récolte rien, doivent faire l’objet de recherches précises, associant agronomie et sciences sociales.

Propos recueillis par Bénédicte Châtel

*Résolution du Parlement européen du 4 avril 2017 sur l’huile de palme et la déforestation des forêts tropicales humides : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P8-T...

En savoir plus : Alain Rival & Patrice Levang (2013), La palme des controverses, Palmier à huile et enjeux de développement, Quae Editions Isbn : 9782759220496 http://www.quae.com/fr/r3097-la-palme-des-controverses.html

Le marché - l’huile de palme en un coup d’œil

Le marché

L’huile de palme est l’huile la plus produite et consommée au monde.

PRODUCTION

La production mondiale d’huile de palme est dominée par l’Indonésie et la Malaisie. Toutefois, la production en Amérique latine et centrale et dans une moindre mesure en Afrique progresse notablement depuis une dizaine d’année. Globalement, si le rythme de croissance de la production mondiale est moins rapide que lors des décennies précédentes, elle a augmenté de 43% entre 2010/11 et 2017/18.

Quelques pays africains ont mis en œuvre des programmes pour développer la culture du palmier à l’huile. Par exemple, la Côte d’Ivoire a lancé son troisième plan palmier à huile sur la période 2015-25 avec l’objectif de planter ou replanter 200 000 hectares. Plusieurs pays du continent ont aussi attiré des investisseurs étrangers. Le cas du Gabon avec le singapourien Olam est emblématique : la production d’huile de palme a presque doublé en deux ans.

LA CONSOMMATION

Croissance démographique, élévation du niveau de vie, urbanisation sont autant de facteurs qui portent la demande croissante en huile végétale. L’huile de palme est la grande bénéficiaire compte tenu de son avantage prix, elle est suivie par l’huile de soja. La consommation est tirée par les pays émergents. Dans les pays développés, elle devrait être stable mais les campagnes contre l’huile de palme pourraient altérer la demande. D’un autre côté, l’interdiction progressive des huiles végétales partiellement hydrogénées, source d’acides gras trans, dans l’industrie agroalimentaire pourrait apporter un support. De nombreux industriels, mais aussi les négociants, se sont fixés des objectifs de s’approvisionner en huile de palme durable (RSPO) à court terme. Aujourd’hui , 19% de l’huile de palme produite est certifiée RSPO.

Anne Guillaume-Gentil

Nigéria - Le politique met le cap sur l’huile de palme

Nigéria

Le Nigeria, qui représentait 43% de la production mondiale jusqu’à l’indépendance en 1960, est aujourd’hui un importateur net d’huile de palme. Les autorités promettent de ressusciter la filière d’ici peu. Un des grands défis est la prépondérance des petits producteurs.

Avec une population de près de 180 millions d’habitants, la demande du Nigeria en huile de palme totalise 2,86 millions de tonnes (Mt), dont 1,56 Mt pour la consommation des particuliers et 1,3 Mt pour l’industrie, selon le bureau nigérian des statistiques dans sa publication de novembre 2017. Face à cela, la production nationale n’est que de 990 000 t (970 000 t selon le Département américain de l’agriculture-USDA).

Du premier rang des producteurs et exportateurs mondiaux dans les années 60, contrôlant plus de 43% du marché international et générant 82% de ses revenus extérieurs, le géant d’Afrique se classe aujourd’hui au 5ème rang, représentant moins de 2% de la production mondiale ; en 1965, le Nigeria produisait 156 000 t, la Malaisie 138 000 t et l’Indonésie 123 000 t. Puis vint le boom pétrolier. Les autorités se concentrant sur l’or noir, la production d’huile de palme a amorcé son déclin alors que la population augmentait. Dans les années 1990, ce déclin s’accentue, la contribution du Nigeria à la production mondiale passant de 43% à 7%. Actuellement, le pays ne compte que pour 1,57% de la production globale et importe massivement.

C’est auprès de la Malaisie et de l’Indonésie que le géant africain s’approvisionne aujourd’hui pour combler son déficit. Récemment, le ministre de l’Agriculture et du développement rural, Chief Audu Ogbeh, a tiré la sonnette d’alarme : en 2017, le pays a dépensé 116,3 milliards de nairas (€ 262,8 millions) pour importer l’huile de palme. « Avec une population qui croit constamment et une forte demande d’huile de palme et de ses dérivés couplés avec le déclin de la production du pays, le Nigeria va dépenser davantage encore cette année pour importer le produit » s’inquiète le ministre.

Une situation que l’économiste nigérian Bismark Ridwan estime honteuse, une véritable tragédie économique. Car la deuxième économie d’Afrique dispose de tous les atouts pour être auto-suffisante puisqu’il y a quelques années encore, elle était leader.

Le Parlement à la rescousse

Face à cette évolution, le Sénat nigérian est monté en première ligne en février 2018 pour que le Nigeria regagne sa position d’antan. Il a adopté la motion intitulée « Besoin urgent de freiner l’importation d’huile de palme et ses dérivés en vue de protéger la filière huile de palme au Nigeria ». L’auteur du projet de loi, le sénateur Francis Alimikhena issu du Congrès progressiste, parti au pouvoir, estime que 70% de la population nigériane consomme l’huile de palme et que son importation dans le pays remet en cause la politique de diversification économique du gouvernement fédéral tournée vers l’augmentation de la production agricole et l’exportation des produits non pétroliers. Abondant dans le même sens, le sénateur Theodore Orji du parti Démocratique populaire, issu de l’opposition, préconise la mise en place d’un fond spécial pour encourager la production, tandis que le vice président de la Haute chambre du Parlement, Ike Ekweremadu, a promis que le Sénat adoptera des lois cette année en vue de ressusciter la filière huile de palme.

Une production dispersée

En attendant la résurrection de la filière, l’Institut nigérian pour la recherche d’huile de palme (NIFOR) estime que l’un des plus grands défis auxquels est confrontée la filière au Nigeria est la dispersion des plantations : plus de 80% de la production nationale répartie sur 1,6 million d’hectares émane de petites exploitations d’agriculteurs. Ces petits exploitants, en raison de fonds limités, n’ont pas accès à de bonnes semences et à des méthodes de traitement technologiquement avancées. Les plantations, quant à elles, n’occupent qu’environ 300 000 ha. Cependant, selon NIFOR, les autorités sont en train d’élaborer des stratégies pour que le pays redevienne un grand fournisseur d’huile de palme en Afrique subsaharienne afin de satisfaire les besoins de sa population et de réduire les importations à court et à moyen terme. Ainsi, le gouvernement fédéral avec le ministère de l’Agriculture et du développement rural veut collaborer avec les deux principales sociétés de la filière, Okomu Oil Palm et Presco. Okomu Oil a démarré en 1976 comme projet pilote du gouvernement fédéral pour relancer la production. Puis en 1990, elle a été privatisée et en 1997 est devenue une société anonyme. En une vingtaine d’année, la société a connu une croissance significative avec aujourd’hui 8 800 ha de palmiers et un moulin à huile d’une capacité de 30 t/heure. De son côté Presco détient 11 760 ha de plantations, dont 8 347 ha sont matures, avec une huilerie d’une capacité de 60t/h et une raffinerie pouvant traiter 100 t/ jour. Enfin, le gouvernement veut qu’à terme 24 des 36 Etats du Nigeria produisent de l’huile de palme, chaque Etat ayant un objectif annuel de 500 000 t. Un défi de taille ....

Daouda Aliyou

Côte d'ivoire - L’huile rouge insuffisamment consommée

Côte d'ivoire

En Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest, on consomme quasiment que de l’huile de palme. Néanmoins, la filière est confrontée aux impératifs de la durabilité et de la certification car les multinationales de l’alimentaire n’achèteront plus que ça d’ici 2020-2025.

La Côte d’Ivoire récolterait cette année environ 2,3 millions de tonnes (Mt) de régimes de palmistes à partir desquels elle produirait plus de 500 000 t d’huile de palme brute, estime Abdoulaye Berte, secrétaire exécutif de l’Association interprofessionnelle de la filière palmier à huile de Côte d’Ivoire (AIPH). Deuxième producteur africain de cette huile derrière le Nigeria, il connaît une différence de taille par rapport à ses confrères asiatiques: 60 à 65% de sa production provient de petits planteurs qui exploitent 175 000 ha de palmeraies. En Côte d’Ivoire, on ne connaît pas les plantations de palmiers à perte de vue comme on peut les voir en Malaisie ou ailleurs en Asie.

Promouvoir l’huile rouge

Les deux tiers de la production ivoirienne sont utilisés localement sous forme d’huile et de margarine, mais aussi de savon et produits cosmétiques, un tiers étant exporté vers les autres pays d’Afrique de l’Ouest : au Sénégal - car l’huile de palme est moins chère que celle d’arachide -, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Togo, et jusqu’au Nigeria. L’huile commercialisée, tant sur le marché ivoirien que régional, est raffinée. “Malheureusement, l’huile de palme rouge, non- raffinée, qui est riche en antioxydants, en nutriments, etc. se consomme essentiellement en milieu traditionnel ou pour les repas traditionnels. Il est donc difficile de chiffrer sa consommation.” Abdoulaye Berte poursuivant : “Mais, nous devons absolument communiquer sur les qualités de cette huile non- raffinée car l’ironie veut qu’on doit ré-enrichir l’huile de palme raffinée en vitamine, par exemple, alors que nous ne serions pas obligés de le faire si nous consommions l’huile rouge.” Produite et consommée localement et régionalement, l’huile de palme ivoirienne serait-elle à l’abri des polémiques mondiales liées à l’environnement et à la santé ? Nullement, rétorque le secrétaire exécutif. Tout d’abord, la filière ivoirienne est, comme tout un chacun, concerné par les questions environnementales planétaires. D’autre part, si, pour l’instant, l’huile ivoirienne s’écoule localement, il faut viser les moyen et long termes et pouvoir se positionner.

Troisièmement, parce que les multinationales agro- alimentaires implantées localement -Nestlé, Unilever, etc.- demandent de l’huile de palme certifiée ; à l’horizon 2020-2025, elles n’utiliseront que celle- ci. Si la Côte d’Ivoire ne veut pas se faire damner le pion sur son propre marché, sa filière doit devenir totalement durable. “Non seulement elles exigent de l’huile de palme certifiée mais elles sont prêtes à nous accompagner dans nos projets de production d’huile de palme responsable.”

Dans ce contexte, la guerre que le Parlement européen livre contre l’huile de palme (lire l’interview d’Alain Rival dans ce dossier) est une “mauvaise initiative”, selon le responsable. “Il est vrai que la production de notre huile ne touche que notre marché régional mais, pour le long terme, nous avons besoin de défendre l’image de cette huile qui bénéficie de publicités qui ne sont pas toutes fondées. On peut comprendre qu’on attaque les méthodes de production de l’huile de palme dans certains pays, mis il ne faut pas pour autant attaquer l’huile elle-même."

Pour sa part, la Côte d’Ivoire est inscrite dans les démarches RSPO, REDD+, Tropical Forest Alliance (TFA) 2020. “Nous sommes résolument inscrits dans toutes ces démarches contre la déforestation, le changement climatique, etc. pour que nos partenaires comprennent qu’on doit plutôt encourager la production d’huile de palme responsable plutôt que de tenter de chercher à l’interdire” ou la décrier. “Nous avons des programmes qui ont besoin d’être soutenus par des partenaires et ces partenaires seront rassurés s’ils savent que nous sommes engagés dans la production responsable d’huile de palme.”

Bénédicte Châtel

BURKINA FASO

Le marché de l’huile de palme a subi une baisse considérable durant l’année 2017 par rapport à 2016. Selon la Direction des douanes, 31 567 276 litres d’huile de palme pour une valeur douanière de FCFA 23 592 092 895 (€ 35,8 millions) ont été importés en 2016 contre 10 501 778 litres pour une valeur de FCFA 16 706 315 770 (€ 25,4 millions) en 2017, soit 33% de moins. Pourtant, entre 2015 et 2016, le pays avait enregistré une hausse majeure, de l’ordre de 109%, de ses importations d’huile de palme, la quantité importée en 2015 étant de 28 934 913 litres pour une valeur douanière de FCFA 14 819 573 228 (€ 22,5 millions).

Cette baisse des importations d’huile de palme s’expliquerait, en partie, par l’engagement du gouvernement à soutenir l’écoulement de l’huile en se ravitaillant auprès de la Sonagess (Société nationale de gestion des stocks de sécurité) pour des boutiques témoins et les cantines scolaires, et le positionnement favorable de l’huile de soja produite par Siatol (Société industrielle de l’agroalimentaire pour la transformation des oléagineux). La Côte d’Ivoire reste de loin le premier fournisseur du Burkina, suivie du Togo puis de la Malaisie

Les plus importantes entreprises importatrices, selon leur déclaration d’importations à la Direction des Guichets uniques du commerce et de l’investissement, figurent dans le tableau ci-après.

Dieudonné Edouard Sango

 

Ghana - $750 millions pour que le Ghana soit auto-suffisant en huile de palme

Ghana

Le Ghana fait face à des défis majeurs pour atteindre l’autosuffisance en huile de palme, avec les petits planteurs qui représentent 80% de la production. Mais une filière renforcée signifierait des emplois, moins d’importations et de la création de valeur.

Malgré son importance croissante parmi les cultures commerciales, la filière de l’huile de palme au Ghana a encore besoin de faire des efforts importants pour combler son déficit croissant, selon l’Oil Palm Development Association of Ghana (OPDAG).

La production nationale annuelle est d’environ 244 000 tonnes (t), soit 30 000 t de moins que la consommation. En janvier, dans sa revue annuelle du secteur de l’huile de palme au Ghana, l’OPDAG avait souligné : «Si la production actuelle n’augmente pas, le déficit au Ghana atteindra 127 000 t d’ici 2024.»

«La forte demande en huile de palme découle de la présence d’industries dont Wilmar Africa, producteur des huiles à consommer de la marque Frytol ; Unilever qui fabrique un grand nombre de détergents ; Delta Agro ; Appiah Menkah Complex, producteur de lessives et huiles végétales ; PZ Company qui, jusqu’en 2015, fabriquait des lessives au Ghana ; Avnash Industries qui produit l’huile végétale Golden Drop», a expliqué Samuel Avaala Awonnea, président d’OPDAG dans une interview.

L’importance des producteurs contractuels

Le Ghana est un importateur net d’huile de palme. Les petits producteurs représentent 93% des superficies dédiées aux palmiers à huile et réalisent 80% de la production annuelle, le solde venant des grandes plantations.

Avant l’indépendance, la production d’huile de palme était une des sources majeures de devises. L’exportation de fruits du palmier à huile a démarré en 1820 avec une production qui a rapidement progressé, le produit représentant 75% des exportations totales du pays dans les années 1880 après que les premières plantations aient été créées en 1850.

Cependant, il n’y a pas eu de réelle politique de développement de l’industrie avant les années 1960 avec la mise en place, entre autres, de politiques ainsi que des fermes de démonstration, ce qui a fait grimper à 330 000 hectares (ha) les superficies cultivées en palmiers à huile au Ghana, soit 1,5% de la superficie totale des terres agricoles.

Parmi les plantations les plus importantes, on note Ghana Oil Palm Development Company (GOPDC) avec des plantations à Kwae, Twifo Oil Palm Plantation (TOPP) à Twifo, Ntafrewaso près de Twifo Praso, Benso Oil Palm Plantation (BOPP) à Adu Bamso près de Takoradi, Norpalm Ghana et Ayiem OIl Mills, toutes deux à Takoradi, Juaben

Oil Mills à Kumasi et la société minière Golden Star qui a créé la Golden Star Oil Palm Plantation (GSOPP) qui est sur plusieurs sites dont Wasa et Bogoso, près de Takoradi.

Tous ces acteurs ont leur propre plantation mais achètent également auprès de producteurs contractuels. Ils disposent également de leurs propres usines pour extraire l’huile. Par exemple, la GOPDC, la plus importante société au Ghana, exploite directement 8 000 ha et traite avec des agriculteurs qui, eux, cultivent 14 352 ha ; elle a une usine d’extraction d’huile d’une capacité de 60 t/heure. Pour sa part, BOPP gère directement 4 738 ha avec une usine d’extraction de 30t/heure, et achète la production auprès d’agriculteurs contractuels qui cultivent 1 650 ha.

Des importations de Malaisie et d’Indonésie

Le déficit de production est comblé par des importations de Malaisie et d’Indonésie.

Les importations d’huile de palme de Malaisie ont augmenté de plus de 23% en 2016, passant de 163 000 t en 2015 à 203 000 t l’année suivante. Sur les seuls trois premiers trimestres de 2017, le Ghana a importé 213 000 t pour $ 149,1 millions, soit 70% de ses importations totales d’huile de palme.

La croissance des exportations

Quant aux exportations, le Ghana vend de l’huile non raffinée à l’Union européenne, souligne Samuel Avaala Awonnea, ainsi que des produits finis vers le reste de l’Afrique de l’Ouest, notamment au Mali et Niger, alors que les savons et détergents produits à partir de l’huile de palme sont vendus localement. Selon la Banque centrale, en 2013, l’huile de palme représentait 5,92% des exportations totales du Ghana, générant $ 45,63 millions, alors qu’en 2017, elle comptait pour 19,32% des exportations totales, pour une valeur de $ 173,74 millions ; au premier trimestre 2018, elle constituait 10,63% des exportations totales et $ 36,63 millions.

Parmi les défis auxquels la filière est confrontée, on note le faible rendement des grappes de fruits chez les petits producteurs, les questions de droits fonciers, le manque d’accès de certaines plantations enclavées.

Le pays ne compte qu’un seul producteur de plants, «et quelques producteurs ont eu des plants de sources douteuses qui ont donné de faibles rendements. Le transport des semences est également un problème auquel font face certains producteurs dans certaines régions», indique le responsable de l’OPDAG.

La culture du palmier à huile requiert une main d’œuvre nombreuse car la plupart des plantations utilisant encore la houe, ce qui n’attire guère les jeunes dans ce pays de l’or, du cacao et du pétrole, et renchérit les coûts. La pauvreté du sol dans la ceinture de production et les déficiences dans la gestion des fermes sont aussi, entre autres, des freins.

A ces difficultés agronomiques, l’huile de palme brute du Ghana a eu également mauvaise presse après que le Food and Drugs Authority (FDA) ait identifié en 2015 le colorant Soudan IV dans des produits sur le marché local.

Et maintenant

En 2012, avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD), le gouvernement a lancé un schéma directeur pour l’huile de palme afin de booster la compétitivité du pays sur les marchés locaux et étrangers. L’ONG Solidaridad intervient également dans la filière. «Un des récents investissements dans l’industrie est venue de la Plantation Socfinaf Ghana située dans la Western Region. Ils viennent de construire leur propre moulin et dans 10 mois, il sera prêt», a annoncé Samuel Avaala Awonnea.

Le déficit national atteindrait 19 600 t d’ici 2030 et 272 000 t d’ici 2050. Pour le combler, il faudrait consacrer 49 400 ha et 68 000 ha de nouvelles plantations. «Mais le déficit réel atteindrait plutôt 309 600 t en 2030 et 514 400 t en 2050, ce qui nécessiterait de consacrer 77 400 ha et 128 600 ha respectivement pour y faire face», selon le rapport. Ceci permettrait de créer 15 480 emplois directs d’ici 2030 et 25 720 emplois d’ici 2050, ainsi que 77 400 emplois indirects d’ici 2030 et 128 600 d’ici 2050. $ 750 millions en investissements nouveaux seraient alors nécessaires pour assurer l’autosuffisance du pays.

A long terme, mettent en garde les acteurs, l’accroissement de la demande ne devrait pas être satisfait par les seules importations. Les économies locales devront se saisir des questions agricoles et de l’huile de palme pour générer de la croissance. Des opportunités existent clairement pour les entreprises étrangères et locales. 

Justice Lee Adoboe

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +