
Mais qu’ont fait toutes ces années les organisations chargées de l’alimentation mondiale?
Energie vs. nourriture : le débat fait rage….
(15/04/08)
La hausse planétaire des prix des produits alimentaires, créant des conditions de vie très difficiles pour les plus pauvres, semble avoir pris le monde comme par surprise. Et, comme d’habitude, avant de réellement chercher des solutions au niveau global (puisqu’il s’agit bien d’une conséquence du système économique libéral lié à la globalisation) on cherche à désigner les coupables.
80% de hausses des prix en deux ans et demi
Quelques chiffres d’abord. Le 1er avril, dans une présentation au Comité du développement du Parlement européen, le président du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), Lennart Bage a rappelé que l’indice mondial des prix alimentaires avait augmenté de 9% en 2006 et à nouveau de 23% en 2007. C’est dire que la hausse des prix qui atteint jusqu’à 50% ces 6 derniers mois pour certains produits alimentaires de base comme le blé, le maïs ou encore le riz, est non seulement considérable, mais elle s’ajoute aux 32% de hausse des deux années précédentes.
Sur les marchés à terme mondiaux, les céréales ont fait un bond de 80% entre janvier 2007 et janvier 2008, selon les calculs de Lennart Bage. Et cela devrait durer puisque les stocks mondiaux sont à des plus bas historiques. Sur ces 50 dernières années, on n’a jamais vu d’aussi faibles stocks de blé : ils ne représentent que 5 semaines de consommation mondiale. ” Il existe des prévisions fiables selon lesquelles les prix des céréales vont continuer à augmenter d’au moins 10 à 20% d’ici 2015 ”, déclare-t-il.
Quid des résultats des agences de développement ?
A noter que le FIDA, institution spécialisée du système des Nations unies, a été fondée en décembre 1977 dans le sillage de la Conférence mondiale de l’alimentation de 1974. M. Lennart Bage lui-même a pu rappeler à diverses occasions que le FIDA a été créé avec pour mandat de donner la priorité à ”l’augmentation de la production alimentaire et à l’amélioration du niveau de nutrition des populations les plus pauvres des pays en déficit vivrier”. Visiblement, de tels organismes ont davantage une obligation de moyen que de résultat …
Sans parler de la Banque mondiale, de la FAO, etc. qui poursuivent, entre autres, depuis de nombreuses décennies cet objectif de réduction de la pauvreté à travers de coûteux projets, sans oublier les nombreux conseils, ou plutôt conditionnalités. Le résultat est là : : ”Les dépenses gouvernementales dans l’agriculture dans la plupart des pays pauvres ont sévèrement décliné jusqu’à récemment. En Afrique, moins de 5% des budgets gouvernementaux sont allés à l’agriculture et l’aide au développement agricole n’a pas tant baissé que chuté. De 18% de l’ensemble de l’aide en 1979, à 3,5% en 2004 et un misérable 2,9% en 2006”, a déclaré M. Bage à Bruxelles.
Certes, en temps de crise, il est facile de critiquer. Mais on peut toutefois s’interroger sur l’efficacité des modèles mis en oeuvre ces 40 dernières années par des organismes tel le FIDA au vu de la situation actuelle. Personne n’a mis le monde suffisamment en garde et suffisamment tôt pour que la situation actuelle soit évitée ou atténuée.
Trouver l’erreur ou les ereurs
Les raisons de cette hausse des prix sont, bien évidemment multiples. M. Lennert Bage les a résumées, à Bruxelles, en 4 points :
a) le facteur démographique et l’appétit des classes moyennes en Inde et en Chine qui veulent diversifier leur régime alimentaire
b) la hausse des coûts des intrants, qui non seulement renchérit le prix du produit final mais aussi réduit leur utilisation par les paysans plus pauvres. Les engrais à base de nitrate sont trois à quatre fois plus chers qu’en 1999. Les prix du pétrole ont touché $ 108 le baril, soit $ 35 de plus que son prix moyen sur l’année dernière. ” Le pétrole est important non seulement pour cultiver mais aussi pour transformer et transporter ”, rappelle le président du Fida. Le coût du fret a doublé entre 2006 et 2007.
c) la production de biocarburants a pris un essor considérable : 34% du maïs américain est allée à la production d’éthanol durant la campagne 2007/08 contre 17% en 2006/07. Mais, là, les positions divergent fortement entre pays du Sud eux-mêmes.
Les biocarburants, diable ou allié des paysans africains ?
A l’occasion de la conférence pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, la FAO a présenté hier à Brasilia un rapport soulignant la menace que constitue l’augmentation mondiale de la production de biocarburants sur l’accès aux denrées alimentaires pour les populations pauvres d’Amérique latine. Produire davantage de biocarburants va s’effectuer aux dépens des productions vivrières en puisant dans les réserves en eau, en détournant des terres mais aussi des capitaux, et, de ce fait, augmentera les prix des denrées alimentaires, a-t-il été souligné.
Pour les représentants du Venezuela, de Bolivie, du Nicaragua et Cuba, présents à la conférence, la donne est claire : ” Sans sécurité alimentaire (pour les pauvres), nous ne pouvons pas même envisager des biocarburants(...). Cela créerait d’énormes déficits alimentaires et des troubles sociaux ”, a déclaré devant la conférence le vice-ministre vénézuélien chargé du Développement rural, Gerardo Rojas.
Un avis qui n’est pas partagé par le Brésil. Et pour cause…. Ces critiques mettent à mal sa politique tendant à propager la production de biocarburants en Amérique latine et en Afrique en tant que moyen pour éliminer la pauvreté dans les campagnes. En visite à New York, le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega, a rejeté hier, lundi 14 avril, devant la presse, l’idée que la production de carburants verts poussait à la hausse les prix des denrées alimentaires dans le monde entier, rapporte Reuters. Selon lui, un tel problème est limité aux Etats-Unis.
”Cela met en péril la production alimentaire ici aux Etats-Unis, mais pas au Brésil, pas dans les pays d’Afrique, pas dans les pays d’Amérique latine, qui ont assez de terres pour produire les deux” (vivres et biocarburants), a-t-il assuré.
Une épée Damoclès encore moins maitrisable
Tout ce débat ne doit pas faire perdre le quatrième facteur explicatif de la hausse des prix des produits agricoles. Une hausse de ce fait qui s’inscrit dans la durée.
D’ici 2020, c’est-à-dire dans seulement une bonne dizaine d’année, le volume de production agricole mondiale devrait baisser de 16%, a encore rappelé le 1er avril au Comité de développement à Bruxelles Lennart Bage. Et ce n’était pas un poisson d’avril ! D’ici 2050, la pluviométrie à l’intérieur des terres d’Afrique sub-saharienne aura baissé de 10%. Or, 96% de l’agriculture africaine est pluviale…
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le 15-04-2008.