
La Chronique Matières du Jeudi
Les marchés dégringolent avec la hausse du dollar
(05/02/10)
Les bonnes nouvelles macroéconomiques provenant des Etats-Unis, notamment la baisse du nombre de chômeurs, et l’annonce de la fragilité financière d’un certain nombre de pays de la zone euro, ont provoqué une hausse du dollar qui, mécaniquement, provoque une baisse des cours des matières premières. De nombreux fonds ont vendu leur position. Ainsi, les marchés de matières premières ont enregistré une forte correction hier et aujourd’hui, l’indice Reuters-Jefferies CRB touchant en clôture du 5 février son plus bas en quatre mois.
Bois. Fin janvier, le prix des grumes de plusieurs essences comme l’azobé, le bubinga, l’okoumé, l’okan ou encore le padouk se sont inscrits à la hausse, sans doute suite à la mise en œuvre par le Gabon de son interdiction d’exporter des grumes. En effet, il semblerait qu’à compter du 1er janvier, tous les navires transportant des grumes ont cessé de le faire, y compris les ceux de la SNBG. Les opérateurs détenant des grumes et voulant les exporter sont dirigés vers le ministère des Forêts afin d’enregistrer leurs demandes.
Malgré la forte demande en grumes d’okoumé, cette décision n’a guère eu d’impact sur son prix à l’export qui n’aurait augmenté que de 5 à 10 euros par mètre cube. Ceci peut éventuellement être attribué au fait que le Cameroun aurait, de son côté, relaxé ses contrôles à l’exportation. Le Congo Brazzaville dispose également de grumes d’okoumé, ce qui permet de rassurer le marché.
Quant aux sciages, les prix sont stables à l’exception de l’okan qui a augmenté de 45 à 50 euros le mètre cube et devrait continuer sa progression. Les acheteurs italiens sont actifs mais aussi les français qui sembleraient revenir à l’achat. Le marché globalement semble se teinter d’une note un peu plus optimiste.
Cacao. La chute des cours du cacao à New York, hier et aujourd’hui, 4 et 5 février, suivant en cela le mouvement général des matières premières, a de suite suscité les achats d’arbitrages et des industriels dont les stocks sont au plus bas.
En Côte d’Ivoire, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick en visite, a vivement conseillé aux autorités de profiter d’un climat politique plus stable pour réformer son secteur de la production de cacao, qui connaît des difficultés. ”Nous travaillons (...) pour améliorer les performances du système de production de cacao”, a-t-il ajouté, priant le gouvernement de baisser les impôts pesant sur les cultivateurs, qui freinent leur capacité d’investissement. ”Le secteur du cacao (...) emploie déjà quatre millions de personnes dans ce pays. Nous pensons que nous pouvons faire mieux”, a dit Robert Zoellick, qui a rencontré le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro.
Mais nous n’en sommes pas là. Dans la région de Man, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, vers la région du Liberia, des milliers de personnes ont manifesté aujourd’hui contre la façon dont étaient établies les listes électorales. Nombreux observateurs craignent de fortes perturbations à l’approche des élections, quand elles se tiendront.
En attendant, les arrivages aux ports d’Abidjan et de San Pedro ont atteint 782 055 t du début de la campagne au 31 janvier contre 705 900 t sur la même période l’année dernière.
Au Ghana, numéro deux mondial du cacao, les achats déclarés par les acheteurs privés au Cocobod se sont établis à 458 200 t du début de la campagne au 21 janvier, soit en baisse par rapport aux 479 903 t déclarées à pareille époque l’année dernière. Une baisse attribuée en tout ou partie au cacao qui est exporté frauduleusement vers la Côte d’Ivoire où les prix versés au planteur sont plus élevés qu’au Ghana.
Café. Les marchés du café se sont inscrits comme les autres matières premières à la baisse. Sur le marché du physique du Robusta, les cafés vietnamiens sont présents mais toujours à des différentiels supérieurs au café spot Europe.Toutefois, l’écart se réduit un peu et on constate une bonne demande de la part des acheteurs.
La situation sur les marchés d’Arabica lavé d’Amérique centrale est quelque peu confuse : soit les origines sont survendues, soit leur marché intérieur flambe, ce qui entraine des défauts des exportateurs. Le café de Colombie reste à des prix très élevés mais suscite moins d’intérêt, les acheteurs préférant se reporter sur d’autres cafés, notamment les Amérique centrale. D’où la confusion sur ces derniers.
Riz. En janvier, les cours mondiaux ont connu une baisse moyenne de 3%, souligne Patricio Mendez del Villar dans sa note de conjoncture mensuelle Oziriz. Les principaux marchés asiatiques ont retrouvé une relative accalmie, après l’épisode philippin, confirmant ainsi la tendance observée dès fin décembre. Cette accalmie pourrait cependant être de courte durée si les prévisions de nouvelles sécheresses, liées au phénomène climatique El Niño, dans le Sud Est asiatiques devaient se confirmer. Des nouvelles demandes d’importation ou une réduction de l’offre exportable peuvent apporter des nouvelles tensions sur les prix mondiaux compte tenu de la structure marginale et résiduelle du marché mondial du riz. En janvier, l’indice OSIRIZ/InfoArroz (IPO) a reculé de 9,1 points à 253,6 points (base 100=janvier 2000) contre 262,7 points en décembre.
En 2009, la production mondiale aurait finalement connu un recul de 1,4% à 678 millions de tonnes(453 Mt en équivalent blanchi) contre 687 Mt en 2008. L’essentiel de cette baisse concerne l’Inde où la sécheresse a fait chuter la production de 15%. Tandis que dans la plupart des régions au monde, la production a plutôt progressé.
Face au déficit de certains pays asiatiques, on prévoit une nouvelle fois progression du commerce mondial en 2010 à 31,2 Mt contre 30,4 Mt en 2009. L’absence prolongée de l’Inde sur le marché d’exportation devrait une nouvelle fois être comblée par les exportations thaïlandaises et vietnamiennes. Au Pakistan, les exportations seraient aussi en progression. En revanche, aux Etats-Unis et en Chine, les exportations devraient rester stables.
Les stocks mondiaux se finissant en 2009 ont progressé, grâce au bond de la production en 2008, à 124 Mt contre 110,8Mt en 2008, soit une progression de 5%. Ces réserves représentent près de 28% des besoins mondiaux. En 2010, on prévoit des stocks mondiaux autour de 121Mt.
En Afrique, la production 2009/10 serait en progression de 5% par rapport à la compagne précédente. C’est un peu moins bien qu’en 2008/09 lorsque que les prix à la production avaient été revalorisés suite à l’envolée des prix mondiaux. Les importations en 2010 devraient se maintenir stables grâce à des stocks suffisants.
Sucre. Cette semaine, le sucre a chuté de 12%, suivant de nombreuses autres matières à la baisse. A 26,17 cents la livre, le sucre roux à New York a connu sa plus faible clôture depuis avant Noël. Une baisse qui pourrait susciter des achats physiques, ce qui ferait repartir à la hausse les cours, une évolution quasi inévitable, estiment les analystes, étant donné l’étroitesse du marché du sucre.
Selon Hussein Allidina, chef du département des commodities chez Morgan Stanley, le sucre devrait rester ferme à New York ces prochaines semaines et probablement refranchira la barre des 30 cents la livre, devrait cependant chuter vers les 20 cents d’ici la fin de l’année. Notons que lundi, le sucre roux à New York a touché 30,40 cents, son plus haut en 29 ans de cotation. La baisse des cours en fin d’année serait liée à un excédent de quelque 3 à 5 millions de tonnes (Mt) qui devrait se dégager, selon lui, durant la campagne 2010/11 (octobre à septembre). Un chiffre à prendre avec précaution, a-t-il précisé, car cela dépend de la météo bien sur mais aussi de la capacité pour l’Inde de parvenir à une production de 22 Mt (value roux).
Une baisse du prix du sucre avec l’ensemble du complexe des matières premières qui a fait chuter de 5,41% le cours de l’action du groupe sucrier mauricien Harel Freres aujourd’hui 5 février à la Bourse financière de Maurice.
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Page mise à jour
le 06-02-2010.