
CNUCED : la hausse des cours de produits alimentaires au cœur de la conférence
Soutien à l’agriculture et conclusion du volet agricole de l’OMC
(
21/04/08)
A l’ouverture de la XIIème Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), qui se tient du 20 au 25 avril 2008 à Accra au Ghana, l’attention s’est portée sur les conséquences de la hausse des prix alimentaires. Les organisations internationales s’accordent sur la nécessité de conclure au plus vite le volet agricole dans le cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Une aide accrue à l’agriculture et l’abolition des subventions agricoles dans les pays riches sont essentiels pour trouver une solution à long terme à la hausse des prix des produits alimentaires, a déclaré le 19 avril le président de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), Supachai Panitchpakdi. Il a estimé qu’un montant disproportionné d’aide avait été consacré à des projets de bonne gouvernance dans les pays en voie de développement au cours des dernières décennies alors que l’agriculture a été négligée, transformant des pays pauvres qui auparavant exportaient de la nourriture en pays dépendants d’importations coûteuses. ”Nous allons passer d’une crise à l’autre si la communauté internationale ne s’attaque pas au problème majeur de la restructuration de l’allocation de l’aide internationale” , a-t-il dit lors d’une conférence de presse à la veille d’un sommet de la Cnuced au Ghana.
Le secteur agricole négligé
Supachai Panitchpakdi a précisé qu’entre 2003 et 2005, $1,3 milliard d’aide au développement avaient servi à financer des projets de bonne gouvernance dans les pays les plus pauvres, contre $12 millions pour le développement agricole, ce qu’il a jugé ”plus que disproportionné”. Cette décennie sera la première au cours de laquelle les gens seront plus nombreux, au sein de la population économiquement active des pays les moins développés, à chercher du travail en-dehors du secteur agricole qu’en son sein, ce qui va aggraver le problème, a-t-il dit.
”Les gens quittent l’agriculture pour aller dans les zones urbaines, et la plupart d’entre eux ne trouvent pas de travail. La population agricole réduit son soutien et il y a plus de bouches à nourrir”, a-t-il ajouté. Une action urgente est nécessaire pour fournir une aide alimentaire à des parties du monde en situation de pénurie, mais pour trouver une solution à long terme il est nécessaire de prendre en compte l’existence de zones où existent des surplus alimentaires, a-t-il plaidé.
La crise alimentaire risque d’affecter la sécurité
De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a estimé, le 20 avril à l’ouverture de la conférence, que la hausse des cours des produits alimentaires risque d’anéantir les efforts de lutte contre la pauvreté dans le monde, et si la crise est mal gérée, elle pourrait porter atteinte à la croissance et à la sécurité.”Je vais immédiatement établir une puissante force d’intervention composée d’experts éminents et d’autorités reconnues pour faire face à ce problème”, a-t-il dit. Ban Ki-moon a souligné que la forte augmentation depuis l’an dernier des prix des produits alimentaires, notamment des céréales, risquait de réduire à néant les efforts entrepris dans le but de réduire la pauvreté mondiale de moitié pour 2015. ”Le problème des cours alimentaires mondiaux pourrait signifier une perte de sept années (...) dans les objectifs du millénaire pour le développement”, a-t-il affirmé. ”Nous risquons de revenir à la case départ.” La Banque mondiale estime que la hausse des prix alimentaires pourrait faire basculer dans la pauvreté environ 100 millions de personnes.
Un accord sur le volet agricole dans le cycle de Doha est vital
Tant du côté de la Cnuced que de l’ONU, la recherche d’un accord sur le volet agricole dans le cadre du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est nécessaire. ”Nous devons être en mesure d’arriver au plus tôt à une conclusion de l’agenda de Doha, notamment dans le domaine de l’agriculture”, a déclaré Supachai Panitchpakdi. ”On a beaucoup dit que l’élimination des distorsions pourrait entraîner des augmentations des prix des aliments. Mais le résultat au final sera que l’élimination des subventions et des distorsions dans l’agriculture permettra pour la première fois aux agriculteurs, dans les pays pauvres, de pouvoir espérer des prix réalistes qui leur permettront de continuer à augmenter leur production.”
Le secrétaire général de l’ONU, rappelant que plusieurs pays avaient entrepris d’interdire les exportations de blé et de riz et de faciliter les importations dans l’espoir d’atténuer les effets des pénuries sur leurs populations, a estimé que “Cela risque de déséquilibrer le commerce mondial et d’exacerber les pénuries. Si cette crise n’est pas correctement gérée, elle pourrait déclencher une avalanche d’autres crises (...) et devenir un problème complexe affectant la croissance économique, le progrès social et même la sécurité politique dans le monde entier”. Ban Ki-moon a exhorté les pays du monde à boucler les négociations du cycle de Doha.
Ces négociations lancées en 2001 ont souvent piétiné et ont manqué des dates butoirs successives, mais elles ont trouvé un nouvel élan ces deux derniers mois. ”Davantage et non moins de commerce nous sortira du trou où nous nous trouvons”, a affirmé Ban. ”Convenons que les bénéfices de la mondialisation peuvent et doivent être partagés plus équitablement”, a dit le secrétaire général de l’Onu.
Le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, a affirmé de son côté qu’une percée dans les discussions du cycle de Doha était ”faisable dans les prochaines semaines” tout en précisant que l’organisation pouvait s’attaquer aux distorsions systématiques des prix des denrées alimentaires sur le marché international liées aux taxes et aux subventions, mais qu’elle ne pouvait rien faire pour résoudre la crise actuelle.
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Page mise à jour
le 21-04-2008.