
Comment valoriser les produits agricoles ?
Le secrétaire général de l’Association Nationale des Coopératives de Professionnels de la Filière Oignon (ANFO)au Niger, Moustapha Kadri, nous a adressé le compte rendu de cet atelier sur les productions agricoles
(14/04/08)
Rapport de l’atelier sur les mécanismes de valorisation des productions agricoles
Rédigé et présenté par Mr Issa Akaye
Les mercredi 2 et jeudi 3 Avril 2008 s’est tenu dans l’amphithéâtre C de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Niamey, un séminaire sur le thème : « Les mécanismes de la valorisation des productions agricoles du Niger ».
Etaient présents à cet atelier, des participants venus de l’intérieur du pays et des pays voisins. On notait la présence des représentants des associassions des producteurs, des chercheurs et des étudiants. Cet atelier a été organisé par le programme Biodivalloc/ Niger avec la collaboration du département de géographie de l’université Abdou Moumouni de Niamey.
Il faut tout d’abord souligner que le programme Biodivalloc centré sur les enjeux internationaux autour de la biodiversité. Les objectif assignés à un tel programme sont multiples, cependant, nous retiendrons les plus importants dont :
a) Le recueil d’un corpus d’indications géographiques relativement à des produits bien donnés,
b) La construction des indicateurs en vue de la comparaison et de l’évaluation de la durabilité des productions agricoles,
c) La protection à l’échelle internationale des produits agricoles.
Plusieurs thèmes ont été développés au dit atelier parmi lesquels :
1. La diversité des spécialités locales du Niger : Localisation et dynamique territoriale,
2. Comment la biodiversité est prise en compte dans les projets de valorisation : l’expérience de l’Ethiopie,
3. La question de la durabilité sociale,
4. La situation et les choix d’instruments de la part du Niger,
5. Discussions par produits : quels sont les instruments les mieux adaptés pour un développement durable ?
Les objectifs assignés au programme biodivalloc sont surtout centrés autour des questions liées à la biodiversité. En effet, les ressources biologiques relèvent de la souveraineté des états et il y a une nécessité impérieuse pour eux de réhabiliter les savoirs locaux.
Aussi, biodivalloc se donne pour objectif un inventaire des patrimoines locaux et de les valoriser et de créer ou adapter des instruments de protection et de valorisation des produits locaux à l’image des indications géographiques, qui sont des instruments contractuels pour protéger les produits locaux.
I. Thème 1 : Diversité des spécialités locales du Niger, localisation et dynamique territoriale
Ce thème a permis aux participants à l’atelier de prendre connaissances d’une série d’études menées sous la direction du programme biodivalloc/Niger sur un certain nombre de produits locaux, notamment le poivron, le souchet et l’oignon.
Malgré la multitudes des productions agricoles le choix porté sur ces produits a été guidé par le fait qu’ils constituent des productions localisées avec une réputation, une histoires et un savoir faire partagé que se transmettent les producteurs de génération en génération.
Aussi, ces produits ont de commun le fait qu’ils ont chacun une zone de production bien déterminée dont ils portent les noms (poivron de Diffa, souchet de Maradi, Oignon violet de Galmi).
Les études financées par biodivalloc ont été faites pour la plupart par des étudiants en année de maîtrise ou de DESS. Les résultats des études seront vérifiés à l’occasion des travaux de groupes sur les trois produits cibles.
II. La prise en compte de la biodiversité dans les projets de revalorisation
En Ethiopie : Cas du projet « jardins d’Ethiopie
L’Ethiopie, berceau de l’agriculture, dispose d’une diversité de végétation et de climat avec 18 zones agro écologiques. L’agriculture fournit des produits destinés à la consommation locale et régionale et jouit d’un savoir faire encré dans le quotidien des producteurs.
Là bas, il n’existe pas de champs et toutes les cultures se font dans les jardins qui constituent des aires de culture et d’habitation pour les hommes et le bétail et contribuent de ce fait à l’assurance de la sécurité alimentaire. Les femmes jouent un rôle important dans la commercialisation des produits.
Le projet « jardins d’Ethiopie » a été institué en 2006 et le jardin, au regard de la diversité des produits agricoles éthiopiens et d’une certaine dynamique territoriale a fini par devenir un véritable melting-pot de production rurales.
Ce thème a permis de poser le débat de savoir si les indications géographiques (IG) peuvent aider à conserver la diversité biologique.
Pour le cas de l’Ethiopie, dans le cadre de « jardins d’Ethiopie », une étude a permis d’identifier plus de 100 produits parmi lesquels 23 ont été sélectionnés pour ne retenir enfin que 12 dont 6 produits cibles et 6 pilotes qui font l’objet de travaux. Les critères de choix étaient l’originalité et la durabilité sociale et environnementale.
Concernant ces produits actuellement, la demande s’est accrue mais la qualité a pris un coup en raison du fait que les consommateurs cherchent la satisfaction immédiate. Ainsi la véritable leçon à tirer est qu’on ne peut pas tout protéger en même temps mais il faut prioriser et cibler les produits étape par étape.
III. L’économie des spécialités locales : De la réalité des échanges à la mise en place des dispositifs de protection
La production même locale, peut devenir internationale en raison de sa qualité, de son conditionnement et de sa durabilité. La protection des productions locales aide à lutter contre la concurrence et à la contrefaçon.
Pour protéger un produit, il faut faire un étude détaillée du produit, de la filière, et des marchés, se poser un certain nombre de questions : quel est le marché que nous visons ? La demande est-elle solvable ? Quels sont les coûts et les avantages ?
En effet, la production doit être fondée sur le type de marché visé.
Aussi, une évaluation de la faisabilité et des outils de mise en œuvre doit assurer que le produit a un marché, une bonne information des consommateurs et des acheteurs potentiels puis un demande solvable. Le produit, sans être générique doit être capable de démontrer sa spécificité. S’il est destiné à la transformation, la protection d’un produit ne doit pas forcément passer par l’IG.
La mise en place d’un label ou une IG ne suffit pas pour assurer la qualité d’un produit. Un travail doit être fait en amont et à tous les échelons de la chaîne de production (production, récolte, conditionnement, emballage, labellisation….).
Même si L’IG lutte contre la contrefaçon, elle ne suffit pas à elle seule. Il faut se donner les moyens d’y parvenir. Un produit ne peut pas être protégé par une IG s’il a déjà une marque qui elle-même ne garantit que le nom du produit, mais pas le procédé de sa production, son origine, le savoir faire dans la production. Si l’on prend en compte tous ces aspects, mieux vaux passer par la certification. Quel que soit l’outil de protection choisi, il y’a toujours un coût à supporter.
Le détenteur de la marque (Etat, autorité publique, groupement de producteurs) doit faire une étude prospective des impacts des moyens de production, évaluer les possibilités de l’élargissement de l’aire de production et ses impacts sur le territoire et l’organisation sociale.
IV. Discussion par produit : quels instruments de valorisation les mieux adaptés pour un développement durable ?
A propos de ce thème trois groupes (oignon, poivron, souchet.) ont été faits en vue de procéder à des discussions sur les points suivants :
a) Délimitation de la zone géographique,
b) Savoir faire traditionnel ou moderne,
c) Durabilité environnementale et sociale,
d) Organisation de la filière,
e) Normes et qualité.
Les discussions ont permis de parvenir aux conclusions suivantes :
1. De la délimitation de la zone géographique :
Sur ce point il faut retenir que l’oignon est cultivé partout au Niger et le produit comporte plusieurs catégories. Seul le « violet de Galmi » est typique à une zone géographique (vallée de la maggia, Ader doutchi) qui lui confèrent des qualités organoleptiques qu’il ne peut avoir dans aucune autre zone de culture.
2. Du Savoir faire traditionnel ou moderne :
La culture de l’oignon jouit d’un savoir faire légendaire que se transmettent les producteurs de génération en génération. Ce savoir faire est traditionnel au même titre que la production qui n’a pour seul moyens modernes que la motopompe et les intrants agricoles.
3. De la Durabilité environnementale et sociale :
La production de l’oignon, selon les producteurs n’a aucun impact sur le territoire car elle n’occupe qu’une infime partie des terres cultivables.
Les contraintes sont surtout d’ordre matériel et dues à la pauvreté des paysans qui leur rend difficile l’accès aux intrants agricoles.
Aussi ; la nappe phréatique devient de plus en plus profonde .Son niveau passe de 3m à 10m dans certaines zones de production.
4. De l’Organisation de la filière:
La filière oignon, bien que porteuse souffre d’un manque d’organisation à l’image des autres filières. En effet, une association existe (ANFO) mais elle n’a pas les moyens de sa politique et ne dispose pas d’autorité nécessaire notamment dans le domaine de la fixation des prix de l’oignon. Les interventions de Elh Idrissa Bagnou ont donné aux yeux des participants la preuve éclatante que des problèmes existent au sein de l’association.
Aussi, l’Etat qui a la lourde et exaltante missions de protéger le monde rural dans le souci de lui faire profiter des fruits de son travail se dérobe de cette mission. Ce manque de protection explique en partie la chute vertigineuse qu’a connue le prix de l’oignon actuellement.
5. Des normes et qualité :
Au Niger, l’oignon est l’un des rares produits qui possède officiellement une norme. Cependant, les principaux intéressés que sont les producteurs n’ont pas les moyens techniques nécessaires pour veiller aux prescriptions strictes de cette norme. En, il ne suffit pas d’exiger des résultats mais il faut surtout donner des moyens et procédés pouvant permettre de l’atteindre
Conclusion :
Au bout des deux jours qu’a duré l’atelier sur la valorisation des productions agricoles, la qualité des participants et de leurs interventions aura permis de faire des échanges fructueux de points de vue entre producteurs, chercheurs et techniciens .
Cependant, dans les débats de groupes, le groupe oignon a regretté l’absence des commerçants exportateurs et des transporteurs qui pourraient par leur présence édifier les participants à bien des égards.
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le 14-04-2008.