
La Côte d’Ivoire n’est pas compétitive
En cause : l’absence d’osmose entre le secteur privé et l’Etat
(24/04/08)
Le président directeur général de Sifcom, également président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire et Maire de Dabakala, Jean-Louis Billon, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence d’African Business Club à Paris le 23 avril sur l’Afrique face aux enjeux de la compétitivité internationale. «La Côte d’Ivoire n’est pas compétitive car il n’y a pas d’osmose entre le secteur privé et l’Etat».
Pour illustrer son propos, il se base sur l’expérience de son groupe agroindustriel diversifié Sifca. Cette entreprise, qui était le principal exportateur de cacao dans les années 70-90, s’est totalement désengagée de cette branche en 1998, en cédant l’ensemble de ses actifs au groupe ADM. Il a alors entrepris une diversification de ses activités dans le caoutchouc, l’huile de palme et le sucre. Une diversification qui a été douloureuse : «nous avons accusé d’énormes pertes de 1999 à 2003». Mais en 2007, le chiffre d’affaires s’établit à FCFA 231 milliards, avec un coup de pouce donné par la hausse des cours des matières premières.
Pour le cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, Jean-Louis Billon souligne que le coût de production d’une tonne de produit fini (masse de cacao) était de $350 en Côte d’Ivoire contre $ 150 en Europe où le cacao est exporté sous forme de fèves puis transformé. Un exemple de non compétitivité.
Le pays, bien placé dans les années 70-80 dans plusieurs filières, s’est rapidement fait rattrapé par d’autres pays, particulièrement asiatiques, qui ont développé de façon exponentielle leur capacité de production, alors qu’elles stagnaient voir régressaient en Côte d’Ivoire. C’est le cas bien sûr du Vietnam pour le café Robusta, où la Côte d’Ivoire a perdu depuis plusieurs années sa deuxième place mondiale.
C’est vrai aussi de l’huile de palme, où l’Indonésie et la Malaisie sont arrivées en quelques années à développer leur production pour atteindre aujourd’hui 16 millions de tonnes alors que la Côte d’Ivoire stagne à 300 000 tonnes. Des pays asiatiques qui pourraient venir directement menacer la production ivoirienne, « la distance ne nous protégeant plus de la Malaisie » précise Jean-Louis Billon. A la faveur de la hausse des cours de l’huile de palme – dont les cours ont que doublé en un an $500 en décembre 2006 – $ 1000 en décembre 2007- un ambitieux plan de relance de l’huile de palme a été initié dans le cadre d’un partenariat entre SIFCA et les entreprises basées à Singapour Olam International et Wilmar International.
La concurrence des pays asiatiques est visible aussi par exemple dans l’ananas usiné où la Côte d’Ivoire alors qu’elle se situait à la deuxième place mondiale derrière Hawaï, a vu disparaître en quatre ans son industrie ave la percée de la Thaïlande.
© CommodAfrica 2006. Reproduction interdite sans accord écrit.
Page mise à jour
le 24-04-2008.