12 avril 2012 - 12:24 |

A l'occasion du prochain Rio+20, où en est la situation du lac Tchad ?

Une catastrophe vécue au quotidien

(12/04/2012)

A l’occasion de la prochaine conférence Rio+20 qui se tiendra en juin 2012, un dossier spécial d’Afrique renouveau est sorti (numéro d’avril) dans lequel sotn examinées des questions clefs qui détermineront l’avenir des Africains. Le Nigérian Ahmad Salkida a rédigé un article sur la préoccupante situation du lac Tchad don’t nous publions ci-dessous une synthèse et des extraits.

L’eau et la végétation, éléments de subsistance traditionnels pour les habitants des communautés du lac Tchad, disparaissent, la FAO qualifiant la situation de « catastrophe écologique » : ce siècle pourrait voir le lac disparaître, estime l’agence onusienne.

Selon le directeur de la Division des terres et des eaux de la FAO, Parviz Koohafkan, le bassin du lac Tchad est l’un des plus importants sites du patrimoine agricole mondial, qui assure la survie de quelque 30 millions de personnes réparties dans quatre pays car le lac se situe à l’extrémité ouest du Tchad et dans le nord-est du Nigeria et s’étend également au Niger et au Cameroun. Il est principalement alimenté par le fleuve Chari et son affluent le Logone, qui autrefois représentait 90 % de son apport en eau. C’était auparavant en Afrique la plus grande réserve d’eau de la région du Sahel, qui occupait environ 26 000 km2, soit à peu près la taille de l’État américain du Maryland et une superficie plus grande que l’État d’Israël ou du Koweït.

En 2001, le lac ne couvrait plus qu’un cinquième de cette surface, voire moins. « C’est peut-être pire encore aujourd’hui », déclare Abbas Mohammed, climatologue à l’Université de Maiduguri (Nigeria).

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), une structure régionale qui régule l’utilisation des eaux du bassin et d’autres ressources naturelles, estiment que les méthodes de retenue d’eau et d’irrigation inopérantes des pays riverains du lac sont en partie responsables de son assèchement. Emmanuel Asuquo-Obot du WWF dénonce, pour sa part, le détournement des eaux du fleuve Chari pour les projets d’irrigation et de barrages le long des fleuves Hama’are et Hadeja dans le nord-est du Nigeria.

A la suite de l’assèchement partiel du lac, la plupart des agriculteurs et des éleveurs se sont déplacés vers des zones moins arides, où ils se disputent les ressources foncières avec les communautés hôtes.D’autres sont allés vivre à Kano, Abuja, Lagos ou dans d’autres grandes villes et y occupent des emplois de subsistance ou mendient dans les rues. Le village de Doran Baga, autrefois situé sur la rive, se trouve actuellement à 20 kilomètres du lac.

Le marché de Maiduguri, autrefois très animé, où l’on traitait les cargaisons de poissons en provenance du lac avant de les expédier vers d’autres régions du pays, est désormais très calme. Les villageois sont dorénavant obligés de voyager en pirogue ou à pied des jours durant pour se rendre de Doran Baga à Dabban Masara, puis à Darak en quête de nourriture.

L’assèchement du lac Tchad créé des tensions entre communautés riveraines. Par exemple, les Camerounais et les Nigérians du village de Darak se querellent, les Nigérians affirmant être les premiers colons du village, alors que les Camerounais invoquent le sentiment d’appartenance nationale, étant donné que le village se trouve sur le territoire camerounais. Les pêcheurs exigent en outre des agriculteurs et des éleveurs qu’ils cessent de détourner les eaux du lac pour leurs terres et leur bétail.

La Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), fondée en 1964 par les dirigeants du Tchad, du Nigeria, du Cameroun et du Niger, auxquels s’est jointe la République centrafricaine en 1994, et ses partenaires continuent leurs efforts pour sauver le lac ou tout au moins pour atténuer les effets de son assèchement sur la vie des populations. Dans son livre Une vérité qui dérange, l’ancien Vice-Président des États-Unis, Al Gore, a montré plusieurs images du lac, passant de 25 000 km2 en 1963 à seulement 1 500 km2 en 2001.

Si une image satellite de 2007 fait apparaître une amélioration par rapport aux années précédentes, la récente sécheresse pourrait avoir une nouvelle fois aggravé la situation, déclare M. Mohammed de l’Université de Maiduguri.

Les pays membres de la CBLT ont élaboré des plans de remise en eau du lac au moyen d’un barrage et d’une centaine de kilomètres de canaux qui permettront de pomper l’eau en amont du fleuve Congo pour l’acheminer vers le fleuve Chari, puis vers le lac Tchad. Le plan de remise en eau « sera le premier de cette nature en Afrique », déclare Martin Gbafolo, directeur des ressources en eaux et de l’environnement de la CBLT. La commission a réuni plus de 3,7 millions d’euros pour une étude de faisabilité. Même si le coût total du plan ne sera pas connu avant la fin de l’étude, les experts, parmi lesquels M. Mohammed, estiment qu’une injection de fonds considérable sera nécessaire pour sauver le lac.

La Banque mondiale a déjà alloué 8 millions d’euros à un projet destiné à enrayer la dégradation des terres et des eaux dans certaines parties du lac. En outre, la CBLT explique aux éleveurs comment accéder aux pâturages et aux points d’eau. On enseigne aux usagers des méthodes d’utilisation plus efficaces de l’eau et aux pêcheurs des techniques de pêche mieux adaptées.

En octobre 2011, lors de l’ouverture de la session Afrique du Forum mondial du développement durable à N’Djamena (Tchad), le Président nigérian Goodluck Jonathan a souligné la détermination collective des dirigeants des pays membres de la CBLT à sauver le lac. Mais parmi les 30 millions de personnes qui en dépendent, beaucoup se demandent combien de temps encore le lac sera là et quand ils pourront enfin pousser un soupir de soulagement.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +