03 février 2017 - 09:30 |

La Chronique Matières du Jeudi (02/02/2017)

Alors que l'Asie festoye pour le Nouvel An, le dollar tombe à son plus bas en 12 semaines car, finalement, la Réserve fédérale ne donne aucune indication quant au moment où elle va relever ses taux, l'évènement si attendu depuis des mois. Quant Royaume Uni, la Bank of England a révisé à la hausse ses prévisions économiques pour 2017 mais hésite quant à s apolitique de taux, ce qui a fait glisser la livre sterling.

CACAO

Encore une semaine agitée et mitigée pour le cacao. Mardi, la tonne de fèves s'est quelque peu redressée après être tombée la veille à son plus faible niveau de prix en quatre ans, depuis mars 2013. Le cacao a terminé la période sous revue en baisse par rapport à vendredi dernier, à £ 1 686 la tonne à Londres contre £ 1 696, mais en hausse à New York, à $ 2 109 contre $ 2095.

Selon les analystes de Capital Economics, on s'attend à une légère reprise de la demande en 2017 mais les prix devraient demeurer sous tension cette année. "La saturation des marchés les plus importants, comme l'Union européenne et les Etats-Unis, signifie que la croissance de la demande a largement émané des pays émergents", soulignent-ils.

Côté offre, la baisse des exportations de fèves de Côte d'Ivoire, que ce soit en raison de la baisse de sa production ou du renforcement des critères de qualité des fèves exportables, est bel et bien là. Ainsi, d'octobre à décembre, soit sur les trois premiers mois de l'actuelle campagne 2016/17, les exportations de fèves du n°1 mondial ont chuté de 15%, à 305 125 t. Les exportations de produits dérivés du cacao -poudre, beurre, chocolat- ont, quant à eux, baissé de 3%, à 101 689 t sur ces mêmes trois premiers mois (lire nos informations). 

Cependant, le numéro 1 mondial aurait rattrapé son retard dernièrement, si l'on en croit les estimations des exportateurs. Selon ces derniers, du 1er octobre au 29 janvier, les exportations auraient été de 1 100 000 t, soit quasiment au même niveau que la campagne dernière sur la même période (1 101 000 t).

Mais, pour l'heure, là n'est pas le plus important. Tous les regards sont, plutôt, tournés vers  le Conseil du café cacao (CCC) ivoirien qui aurait commencé hier à annuler les contrats en défaut et qui revendrait les volumes impliqués,  a souligné des exportateurs hier à Reuters. Evidemment, il s'agirait, sans nul doute, d'une perte sèche pour le CCC car ces volumes ont été vendus aux enchères l'année dernière lorsque les cours du cacao étaient élevés et il devra les revendre maintenant alors que les prix du cacao ont chuté. Mais il entend faire supporter le coût aux exportateurs impliqués (lire nos informations). 

Au Ghana, sur les 16 premières semaines de la campagne 2016/17, soit au 19 janvier, les achats du Cocobod ont été de 611 763 t, en baisse par rapport aux 621 661 t sur la même période la campagne dernière, a indiqué lundi le Cocobod. On s'interroge, donc, sur la possibilité pour le Ghana d'atteindre ses objectifs de 850 000 à 900 000 t cette année, et ce d'autant plus que la production ralentit quelque peu en ce moment. Mais les pluies actuelles sont bonnes pour l'évolution de la récolte. Rappelons que la récolte 2015/16 avait été de 780 000 t.

En Indonésie, pour le sixième mois consécutif, il n'y a pas eu d'exportation de fèves de la province de Lampung sur l'île de Sumatra ; il n'y en avait, d'ailleurs, pas eu en janvier 2016.

Coté entreprises, une poignée d'acteurs, dont une maison suisse de trading et transformation, et un transformateur malaisien, aurait manifesté un intérêt à la reprise des activités du broyeur allemand Euromar Commodities, déclaré insolvable en décembre dernier (lire nos informations). Selon des estimations - le groupe n'ayant jamais donné ses propres chiffres -l'unité de Fehrbellin pourrait broyer 150 t de fèves par jour, soit 54 700 t par an sur la base de 365 jours d'activité. Rappelons que les broyages allemands, au plan national, est de l'ordre de 400 000 t annuellement.

CAFÉ

Les investisseurs ont renforcé leur positions sur le café Robusta, faisant flamber hier le prix de ce dernier à des niveaux qui n'avaient plus été enregistrés depuis 5 ans et demi. Il a clôturé hier soir, sur le marché à terme de Londres, à $ 2 257 la tonne, après avoir touché en cours de séance les $ 2 279, soit un niveau qu'il n'avait plus enregistré depuis septembre 2011 ; vendredi dernier, la tonne était à $ 2 238.

Un mouvement haussier renforcé par le manque de ventes de couverture et par la quasi absence à la vente du Vietnam, premier producteur et exportateur mondial de Robusta, qui est en pleine célébration du Tet, le nouvel an.  A noter que le pays aurait exporté 140 000 t (2,3 millions de sacs de 60 kg) de café en janvier, bien en-dessous des attentes du marché qui étaient de 180 000 t, et 20% de moins qu'en janvier 2016. L'Indonésie, quant à lui, n'est quasiment plus dans le marché pour de nouveaux contrats par manque de marchandise.

A noter que les exportations de Côte d'Ivoire ont, quant à elle, progressé de 18% sur l'année calendaire 2016, à 74 609 t (lire nos informations). 

Côté Brésil, le ministre de l'Agriculture Blairo Maggi a confié à Reuters que le Brésil devrait autoriser son industrie caféière à importer du Robusta. Mais, il a déclaré être conscient de l'importance politique que cette décision aurait.

Le marché de l'Arabica, pour sa part, demeure sur la défensive car le temps est plutôt favorable actuellement au Brésil, avec de bonnes pluies. contre $ 1,524 la livre vendredi dernier.

Au Honduras, les exportations d'Arabica ont bondi de 41,6% en janvier par rapport à il y a un an, à 821 699 sacs de 60 kg. Les expéditions d'octobre à janvier ont fait un bond similaire, de 40,6%, par rapport à la même période l'année dernière, à 1 410 667 sacs. Rappelons que l'Amérique centrale et le Mexique fournissent environ un cinquième de l'Arabica au niveau mondial.

Au plan mondial, les exportations de café en 2016 ont augmenté de 5,3%, à 118,42 Ms contre 112,47 Ms en 2015, selon l'Organisation internationale du café. De cela, les Arabica ont représenté 73,26 Ms, en hausse de 3,6% sur 2015, et le Robusta  45,16 Ms, soit +4,5%. Sur les trois premiers mois de la campagne 2016/17, qui a démarré en octobre, la hausse est de 8,3%, à 29,77 Ms, toutes variétés confondues.

Côté entreprises, Starbucks est en train d'essayer de tuer dans l'œuf une campagne citoyenne au Mexique appelant (#AdiosStarbucks) à boycotter les produits américains, dont les coffee shops du géant américain, en riposte à la politique du président Donald Trump d'ériger un mur à ses frontières. Pour plaider sa cause et appeler à éviter les amalgames, Starbucks a souligné que Starbucks Mexico était une entreprise mexicaine, ayant créé plus de 7000 emplois avec 560 magasins à travers le pays qui vend notamment du café provenant de l'Etat de Chiapas, au Sud du Mexique.

CAOUTCHOUC

Début de semaine sur les chapeaux de roue pour le caoutchouc qui a bondit de 6,1%  lundi atteignant son plus haut niveau depuis septembre 2011. Sur les cinq dernières séances, le caoutchouc a progressé de 23% sur le Tokyo Commodity Exchange (Tocom).

Alors que les marchés en Chine et à Singapour étaient fermés pour le Nouvel An Lunaire, le contrat de juin a clôturé lundi  à 351,4 yens ($3,07) le kilo, gagnant 21,1 yens, avec toujours en toile de fonds des inquiétudes sur l’offre thaïlandaise suite aux inondations et de faibles stocks au Japon. Toutefois, le Tocom a demandé lundi à ses courtiers membres de lui soumettre les rapports détaillant les positions de leurs clients sur les contrats à terme suite à l’envolée des prix. Les courtiers avaient jusqu’à mercredi pour remettre leur rapport. Dans le prolongement de cet avis et l’indication des exportateurs thaïlandais affirmant qu’ils avaient suffisamment de stocks de caoutchouc pour combler les perturbations dans les embarquements suite aux inondations, les cours ont plongé de 5,7% mardi, effaçant les grains de lundi. Les cours ont continué à glisser, enregistrant jeudi une troisième séance consécutive de baisse. Ils ont clôturé jeudi à 310,1 yens ($2,75) le kilo avec un yen qui s’est apprécié face au dollar et la pression de la future vente aux enchère du gouvernement thaïlandais d’environ 100 000 tonnes de caoutchouc issues des stocks de l’État le 14 février, selon une déclaration de Luckchai Kittipol, président honoraire de l'Association thaïlandaise du caoutchouc.

Avec la hausse des prix du caoutchouc, les agriculteurs en Inde ont recommencé à exploiter les hévéas qu’ils avaient abandonnés pendant près de trois ans. Ainsi la production indienne de caoutchouc devrait grimper de 15% en 2017/18  à 750 000 tonnes, soit son niveau le plus élevé en quatre ans. Au cours des deux derniers mois, les prix intérieurs ont bondi de 24%  à 16 000 roupies ($235,85) pour 100 kilos, atteignant un pic de trois ans lundi. En février 2016, les 100 kilos de caoutchouc cotaient 9 100 roupies, soit son plus bas niveau de près de 7 ans. La hausse de la production pourrait réduire les importations du deuxième consommateur mondial de caoutchouc et freiner la hausse des prix internationaux. Toutefois, en dépit de la hausse de la production locale, les fabricants de pneumatiques devront encore importer du caoutchouc, l’écart entre la demande et l’offre locale se situant à environ 40%, selon Raghupati Singhania, directeur général de JK Tire & Industries Ltd. Si au cours des dernières années le prix du caoutchouc indien était supérieur au cours international, incitant les fabricants de pneumatiques à se tourner vers les importations, ce n’est plus le cas aujourd’hui,  le différentiel de prix étant en faveur du caoutchouc indien avec un rabais de près de 20%.

La Côte d'Ivoire a exporté 533 913 tonnes de caoutchouc naturel en 2016, en hausse de près de 22% par rapport 2015, selon des données portuaires provisoires (cf. nos informations).

La Chine a importé 5,81 millions de tonnes (Mt) de caoutchouc naturel et synthétique en 2016, en progression de  23,1% par rapport à 2015, selon les données des douanes chinoises. En valeur, les importations de caoutchouc naturel et synthétique se sont élevées à  57,7 milliards de yuans (environ $8,4 milliards) en 2016, en hausse de 18,8% par rapport à 2015.

COTON

Les cours du coton étaient sur une tendance haussière cette semaine avant la fixation de la date d’échéance du contrat de mars. Le marché a été aussi soutenu par la campagne de démonétisation de l’Inde, les producteurs n’ayant pas été en mesure de vendre leur récolte en raison d’une pénurie d’espèce. Le contrat de mars a clôturé à 76,85 cents le livre mercredi, son plus haut niveau depuis le 5 août.

Cette semaine la Chine est en vacances mais jusqu’à présent la demande chinoise a été présente et a bénéficié au coton américain. Les exportations de coton des Etats-Unis ont augmenté de 4,1 millions de balle depuis un an.

Pour sa première estimation de la récolte de coton 2017/18, le Comité consultatif international du coton (CCIC) table sur une production en hausse de 2% à 23,4 millions de tonnes (Mt). Une progression consécutive à une expansion  de 5% des superficies cultivées à 30,6 millions d’hectares après deux campagnes de contraction. Toutefois, le rendement sera moins élevé  à 764 kg/ha contre 781 kg/ha en 2016 /17.  La consommation devrait également légèrement progresser à 24,3 Mt (contre 24,1 Mt en 2016/17) avec une utilisation inchangée  chez les principaux consommateurs -Chine, Inde et au Pakistan - tandis qu’elle progresserait en Turquie, au Bangladesh et au Vietnam. Au niveau du commerce, il devrait augmenter de 5% à 8,2 Mt en 2017/18, avec le Bangladesh qui maintiendrait sa position de premier  importateur mondial de coton. Les stocks mondiaux devraient décliner de 6% à la fin de 2016/17 à 18,1 Mt, la Chine ayant réduit ses stocks de 17% à 19,3 Mt. Cependant, les stocks en  dehors de la Chine devraient croître de 8% à 8,8 Mt soit 36% de la consommation en 2016/17. En 2017/18, les stocks sont attendus une nouvelle fois en baisse à 17,13 Mt.

La Côte d'Ivoire a exporté 344 950 tonnes de coton en 2016, en baisse de près de 17 % par rapport à 2015,  selon les données portuaires provisoires (cf. nos informations ). 

RIZ

Nouvelle hausse des prix du riz en Inde cette semaine avec une demande  soutenue des acheteurs africains alors que les prix au Vietnam seraient plutôt sur une  tendance baissière avec la perspective d’un accroissement de l’offre tandis que les prix sont stables en Thaïlande. 

En Inde, le prix du riz 5% étuvé et brisé a gagné  $17 la tonne cette semaine à $ 371 -$ 376  la tonne, porté par la forte demande des exportations. « Les acheteurs africains ont augmenté leurs achats au cours des dernières semaines" » a déclaré un exportateur basé à Kakinada, dans l'État de l'Andhra Pradesh, dans le sud de l'Inde.  Il a ajouté « Ils sont prêts à payer une prime sur le riz thaïlandais en raison d'une meilleure qualité »

En Thaïlande, les marchés sont restés calmes avec des prix inchangés par rapport à la semaine passée à $355- $360 la tonne pour le Thaï 5%.

Au Vietnam, les prix  Viet 5% se sont aussi maintenus à $335-$340 la tonne après la fête du Têt. Cependant, les prix devraient bientôt s’abaisser avec le début vers la fin du mois de la récolte hiver-printemps  du riz paddy. Les exportations vietnamiennes de riz ont diminué de 26,5% l'an dernier, la demande de la Chine et des pays de l'Asie du Sud-Est, notamment les Philippines et l'Indonésie, ayant fortement diminué en raison de l'augmentation des approvisionnements de la Thaïlande et de l'Inde. Les expéditions devraient tomber à 325 000 tonnes en janvier, en baisse de 32,3% par rapport à l'année précédente, selon des données du gouvernement vietnamien.  Le Ghana a été le deuxième plus grand acheteur de riz vietnamien l'an dernier après la Chine, mais les commerçants vietnamiens sont toujours confrontés à une forte concurrence de l'Inde sur les marchés africains, a déclaré un commerçant basé à Ho Chi Minh.

SUCRE

La hausse hier du prix du sucre roux sur le marché à terme de New York a davantage répondu à des opérations techniques qu'à ses fondamentaux, les volumes d'achat étant importants sur les échéances mars/mai. Il a terminé hier soir à 20,84 cents la livre contre  20,33 cents  vendredi soir ; pour sa part, le sucre blanc a clôturé hier soir à $ 550,30 la tonne contre $ 537,50 vendredi dernier.

La sécheresse en Inde continue de sévir, nombre de raffineries ayant dû fermer prématurément par manque d'approvisionnement de canne : à Maharashtra, sur les 149 raffineries, 91 avaient fermé au 31 janvier. Ce qui fait dire aux opérateurs et analystes que les taxes à l'importation de sucre devront bientôt être levées. Les raffineries indiennes ont produit 12,85 Mt de sucre entre le 1er octobre et le 31 janvier, soit 10% de moins que la campagne précédente.

Au Brésil, la production de sucre en 2017/18 devrait atteindre 36,8 Mt, estime Datagro, contre 35,62 Mt la campagne dernière.

Au plan mondial, le spécialiste S&P Global Platts a fortement  révisé à la hausse ses prévisions d'excédent sucrier pour 2017/18 à 2,7 Mt contre 1,2 Mt avancé précédemment ; rappelons qu'en 2016/17, on était dans une situation mondiale déficitaire de l'ordre de 5,7 Mt.  Cette révision à la hausse de l'excédent à venir reflèterait une plus forte production que prévue en Europe et au Brésil, ainsi qu'un redressement significatif en Inde et Thaïlande. La croissance de la consommation serait de l'ordre de 1% contre une hausse annuelle moyenne de 1,8% sur ces dix dernières années.  Une baisse liée au renchérissement du prix du sucre et à la concurrence des isoglucoses, moins chers.

 

 

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