05 juin 2008 - 23:50 |

Le Sommet de Rome achoppe sur les biocarburants

Le sommet s’achève sur un accord a minima

(05/06/08)

Un accord a minima a pu être atteint alors que le Sommet de Rome sur la crise alimentaire s’achevait, la question des biocarburants étant un gros point d’achoppement entre les délégués de 183 pays réunis depuis mardi sous l’égide de la FAO. Finalement, la déclaration adoptée ce soir les engage ”à éliminer la faim et garantir la sécurité alimentaire pour tous, aujourd’hui et demain”.
Les discussions ont dû se poursuivre jusqu’en début de soirée pour surmonter les objections distinctes émanant de l’Argentine et de Cuba, rapporte Reuters. Les Argentins s’opposaient à toute critique des limitations de leurs exportations de viande bovine et céréalières; les Cubains souhaitaient eux que les sanctions américaines soient évoquées même indirectement.
Toutefois, nombre de participants estiment qu’on ne peut pas parler d’échec du sommet puisqu’il a permis de placer la question de la flambée des prix alimentaires en tête des priorités de la communauté internationale. ”A défaut d’autre chose, des nations se sont rassemblées pour reconnaître l’existence de ce problème”, a déclaré le secrétaire américain à l’Agriculture, Ed Schafer. Une opinion non partagée par le président sénégalais Abdoulaye Wade qui a qualifié ce sommet de ”perte de temps”.
Seul le prochain sommet, qui se tiendra en juillet au Japon, permettra de le dire car c’est alors que devront être annoncées des engagements financiers.

Mais c’est autour des biocarburants, accusés de détourner des surfaces agricoles de la production alimentaire, que les débats ont été les plus houleux. Sous la pression des Etats-Unis, qui sont avec le Brésil en pointe dans la production de biocarburants, la déclaration de Rome se contente de relever que ces combustibles présentent ”des défis et des opportunités”. ”Nous sommes convaincus que des études en profondeur sont nécessaires pour nous assurer que la production et l’utilisation des biocarburants est viable”, peut-on lire.
La déclaration finale ne dit qu’une seule chose: nous devons mener un dialogue international continu sur ce sujet. D’une certaine manière, c’est important. Cela démontre que les agrocarburants s’inscrivent aujourd’hui sur l’agenda international et que les Etats ne devraient pas agir unilatéralement dans ce domaine”, a dit à Reuters Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’Onu pour le droit à l’alimentation.
Son prédécesseur, Jean Ziegler, avait déclenché une intense polémique en affirmant en avril que l’utilisation de terres arables pour produire des biocarburants jetait ”les bases d’un crime contre l’humanité”.
Pendant les trois jours du sommet de Rome, De Schutter a tenté d’infléchir les politiques américaines et européennes d’incitations à la production et à la consommation d’agrocarburants et n’entend pas relâcher la pression. ”Je pense que nous devons progresser vers un code de conduite qui exigerait au moins que des terres propices aux cultures vivrières ne soient pas détournées au profit des carburants au-delà des superficies actuelles”, a-t-il ajouté.

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