05 juin 2008 - 12:59 |

Les conséquences de l’envolée des prix des matières premières alimentaires pour les pays émergents

Regain d’inflation, troubles sociaux, effet sur le risque pays … selon une étude de la BNP-Paribas

(05/06/08) La dernière lettre Eco Week de la Direction des Etudes Economiques de BNP-Paribas fait un focus sur les conséquences de l’envolée des prix des matières premières alimentaires pour les pays émergents. Elle en tire trois enseignements :

• “Depuis 2005, les prix des principales matières premières agricoles alimentaires ont été multipliés par près de 2,5 avec une très forte accélération depuis 2007. Ce mouvement traduit à la fois un effet de rattrapage après des décennies de baisse des prix en termes réels et, ceci expliquant cela, un déséquilibre structurel entre offre et la demande ayant conduit à une forte réduction des stocks.
• L’envolée des prix alimentaires a conduit, depuis la mi-2007, à un regain d’inflation général dans les pays émergents et une montée consécutive des troubles sociaux, ce que n’avait pas provoqué l’accélération des es prix de l’énergie entre 2003 et 2006.
• L’effet sur le risque pays peut être d’autant plus sensible que cette hausse des prix alimentaires intervient à un moment délicat du cycle économique mondial pour les pays émergents. Les pays les plus vulnérables ont comme caractéristiques d’être non seulement importateurs nets de céréales et dans l’incapacité d’augmenter leur production agricole locale à court terme, mais aussi de ne pas bénéficier en général de la hausse de prix des autres matières premières (énergie, métaux), d’avoir peu de marges de manœuvre budgétaires pour amortir le coût budgétaire des subventions/réductions des droits d’importation et de connaître un climat politique social tendu”.

En conclusion, elle donne une typologie des pays émergents les plus vulnérable à la hausse des produits alimentaires :

« Les pays les plus vulnérables à la hausse des prix des produits alimentaires se situent bien évidemment en Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Egypte, Guinée Conakry, Sénégal) mais aussi en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Certains pays d’Asie sont également concernés (Bengladesh, Pakistan, Sri Lanka). Importateurs nets de céréales dans l’incapacité d’augmenter leur production agricole locale à court terme, ces pays ont connu pour la plupart des émeutes, l’envolée des prix alimentaires et/ou les pénuries venant s’ajouter à un climat politique souvent tendu. Les mesures gouvernementales prises pour atténuer la ponction sur le pouvoir d’achat des populations vont grever des budgets publics déjà déficitaires ou fragiles. Enfin, la plupart de ces pays ne bénéficient pas ou de façon très marginale de la manne pétrolière et/ou des prix élevés des métaux et présentent de ce fait également d’importants déficits des comptes courants.
En dehors de cette liste relativement homogène, on peut dresser une deuxième liste de pays « sensibles » pour différentes raisons : une situation alimentaire difficile n’ayant pas jusqu’à présent entraîner d’émeutes ou de manifestations violentes (Mali, Maroc, Niger), un coût pour les finances publiques des subventions et réductions des droits d’importation qui s’ajoute à celui parfois massif des subventions sur les prix de l’énergie (Inde, Indonésie, Maroc), un contexte fortement inflationniste qui laissait déjà craindre une montée du mécontentement social (Argentine, Iran, Ukraine, Venezuela, et, dans une moindre mesure Bolivie, Bulgarie, Géorgie, Kazakhstan, Kirghizistan, Vietnam), enfin une situation sociopolitique se dégradant avant même que la flambée des prix alimentaires n’apparaisse (Afrique du Sud, Mauritanie”.

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